Suite de faire mumuse dans le détroit d’Ormuz. Cette fois-ci, l'Arabie Saoudite s'est fait poignarder deux sites de production de pétrole par on ne sait trop qui. On notera que, contrairement à ce qu'en dit la croyance populaire, les attaques prétendument anonymes ne se déroulent pas exclusivement sur Internet. ;) Le système pétrolier de l'Arabie Saoudite est aussi sensible et exposé que nos centrales nucléaires françaises, pas de jaloux. Trump, à défaut d'être contraint de la boucler est contraint à la modération dans son expression, et ça, c'est pas mal.
Le jour J, l'info en continu (on devrait plutôt dire l'intox en continu) annonçait la paralysie de l'économie mondiale à cause du manque d'énergie fossile… alors que des réserves de pétrole brut déjà extrait existent, que le Canada et les USA disposent eux-aussi de pétrole et auraient été ravis d'en distribuer au prix fort et que l'Arabie Saoudite a mis tout le monde sur le pont pour tout réparer en moins de deux semaines. Le cours du pétrole est revenu à la normale, pas de fin du monde, merci.
Un nuage de drones ou une dizaine de missiles de croisière ? Tirés depuis le nord du Yémen par les rebelles houthis, soutenus par Téhéran, ou par une milice chiite pro-iranienne depuis le sud de l’Irak, peut-être en représailles indirectes à un bombardement israélien ? Difficile de faire la lumière sur la mystérieuse attaque-éclair qui a frappé, le 14 septembre, l’Arabie saoudite au cœur et au coffre, paralysant deux sites clés du système d’exploitation pétrolier saoudien, qui s’est révélé très fragile. La production quotidienne de barils du royaume a baissé de moitié (soit 5 % de la production mondiale) et a provoqué une flambée de 10 à 15 % des cours du brut…
C’est une humiliation pour le royaume saoudien, dont la défense aérienne a été percée comme du gruyère, alors qu’il est le premier acheteur d’armes — notamment en provenance des Etats-Unis — du monde. Et un choc en retour au visage de Trump, dont les rodomontades guerrières vis-à-vis de l’Iran semblent avoir attisé le feu. Renaud Girard, dans « Le Figaro » (17/9), souligne le paradoxe d’« une guerre asymétrique » menée de façon anonyme et intraçable : tout indique que l’Iran, via ses conseillers militaires, est derrière cette attaque sans doute partie d’un autre territoire. Mais, comme il est difficile de l’établir formellement, il est risqué pour Trump de décider de sanctions ou de représailles devant l’opinion américaine, échaudée par les fausses preuves présentées à l’ONU en 2003 pour déclencher la guerre en Irak. D’autant que le président américain a envie de tout sauf d’ouvrir un nouveau front au Moyen-Orient.
Malgré cet acte de guerre délibéré, Trump se retrouve donc en position de faiblesse, comme pris dans un piège où il se débat. Et il tweete des messages toujours plus contradictoires. Le 15 septembre, au lendemain de l’attaque : « Nos armes sont chargées et prêtes à tirer, mais nous attendons que le royaume nous dise qui, selon eux, est derrière cette attaque. » Et de se défausser de la décision sur les Saoudiens, eux-mêmes affaiblis ! Puis il se déclare toujours prêt à rencontrer le président iranien, Rohani, qui, lui, refuse. Le 16, il rappelle dans un tweet que l’Iran, en juillet, avait menti sur le drone américain abattu « soi-disant dans leur espace aérien » : « A présent, ils disent qu’ils n’ont rien à voir avec l’attaque en Arabie saoudite. On verra ? » Voilà qui sonne comme un aveu d’indécision.
Résumé de Ben Rhodes, ex-conseiller adjoint à la Sécurité nationale d’Obama, sur Twitter : « La politique catastrophique de Trump nous a placés, de manière prévisible, au bord d’une guerre encore plus vaste. »
Les indécisions de Trump c’est un peu comme le pétrole : c’est volatil, mais ça peut aussi se révéler inflammable !
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.