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  • Les graves errances de WikiLeaks | L'Hebdo

    Quand Wikileaks publie des données persos de citoyen-ne-s qui n'ont pas de mandat électoral. Moche.

    L’acte II intervient quelques jours plus tard aux Etats-Unis. Nous sommes le 22 juillet, soit trois jours avant l’ouverture de la convention d’investiture du Parti démocrate, à Philadelphie. Cette grand-messe a pour objectif de fédérer les troupes démocrates derrière la candidature de Hillary Clinton à la présidentielle américaine. Un événement symbolique choisi par WikiLeaks pour publier plus de 20 000 courriels internes du Parti démocrate: les DNC Leaks (fuites du Comité national démocrate).

    Certains documents – de loin pas tous – révèlent que des hauts responsables du parti, en majorité favorables à Hillary Clinton, ont tenté de saboter la campagne de Bernie Sanders, son rival lors des primaires. Le 24 juillet, veille de la convention, la présidente du Comité national démocrate, Debbie Wasserman Schultz, démissionne. Trois jours plus tard, alors que le raout démocrate bat son plein, WikiLeaks court-circuite le discours très attendu de Barack Obama pour annoncer sur Twitter une nouvelle salve de révélations: les DNC Recordings, soit 29 enregistrements audio du Comité national démocrate.

    L’onde de choc tant attendue par les partisans de WikiLeaks n’aura pas lieu. Les 29 fichiers MP3 mis en ligne se révèlent être des messages laissés sur la boîte vocale du parti. On y entend des militants favorables à Hillary Clinton se plaindre de la campagne de Bernie Sanders. Il y a aussi des messages plus personnels, mais pas l’ombre d’un scandale. Raillés par les médias américains, les DNC Recordings suscitent l’ire de plusieurs voix influentes dans le domaine de la sécurité informatique, car WikiLeaks n’a pas pris la peine d’expurger les données personnelles (coordonnées, numéros de passeport) des donateurs du Parti démocrate et d’anonymes cités dans les documents.

    [...]

    WikiLeaks publie hâtivement, le 19 juillet, 300 000 messages électroniques piratés sur les serveurs informatiques du Parti de la justice et du développement (AKP), le parti au pouvoir en Turquie. L’organisation de Julian Assange explique avoir anticipé la publication à la suite du coup d’Etat manqué du 15 juillet. Quant aux documents, ils ne contiennent aucune révélation importante. Il s’agit d’abord de discussions de groupe banales et de messages envoyés par des citoyens au parti au pouvoir.



    https://www.arretsurimages.net/breves/2016-07-29/Parti-democrate-Turquie-Nice-pluie-de-critiques-sur-Wikileaks-id20068 :

    Seulement voilà : selon Rue89 qui cite l’universitaire Zeynep Tufekci, une Américaine d’origine turque, la publication par WikiLeaks est "irresponsable, sans intérêt public et potentiellement dangereuse pour des millions de gens". Visiblement, les messages épluchés par des journalistes turcs et des militants anti-censure n’apportent pas d’indices accablants. La chercheuse regrette également l’utilisation de ces données par certains journalistes : l’un d’entre eux aurait "écrit ainsi que 1 400 des mails sont liés à Fethullah Gulen, l’opposant exilé aux Etats-Unis et accusé par le régime turc d’être l’inspirateur de la tentative de coup d’Etat. Or Gulen signifie aussi «sourire» (le verbe et le nom), et une partie des mails en cause sont des publicités du genre «vacances souriantes en Méditerranée»" raconte Rue89.

    Mais il y a pire : "WikiLeaks a posté sur les réseaux sociaux des liens vers des bases de données massives, «contenant des informations sensibles et privées sur des millions de gens ordinaires, dont une base particulière de presque toutes les femmes adultes en Turquie», électrices de 79 des 81 provinces du pays. Cette base de données contiendrait les adresses personnelles et d’autres données, y compris parfois les numéros de téléphone mobile, ainsi que le numéro d’identification nationale qui sert à accéder à divers services."

    Suite aux accusations de l’universitaire et après des échanges tendus, le compte Twitter de cette dernière a été bloqué par Wikileaks qui assure ne pas avoir publié les bases de données mais seulement un lien "vers la source complète" des données. De fait, comme le raconte Le Monde, "cette source complète, publiée sur Archive.org par le chercheur en sécurité Michael Best, qui a depuis reconnu avoir fait une erreur, contenait en effet une base de données électorale quasi complète, incluant des données personnelles et les adresses postales de citoyens turcs. Archive.org a supprimé l’accès à ces documents". Une boulette donc.

    October 28, 2016 at 3:23:07 PM UTC - permalink - http://www.hebdo.ch/hebdo/cadrages/detail/les-graves-errances-de-wikileaks
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