Entretien avec quelques journalistes de l'association de journalistes indépendants Extra-Muros.
Un financement participatif permet de concrétiser une enquête audiovisuelle inédite portant sur le mésusage d'au moins 2 milliards d'euros d'argent public miné de conflits d'intérêt. Ces journalistes ont l'habitude de bosser sur les marchés publics (notamment en matière de sécurité routière) et sur la corruption, donc ça me semble sérieux.
Mes notes :
La crise de confiance envers les journalistes.
Les journalistes détenteurs d'une carte de presse, qui acte seulement que 50 % de leurs revenus viennent d'un organe de presse (Denis Robert n'est ainsi plus journaliste depuis longtemps car les droits d'auteurs de ses livres d'enquête constituent l'essentiel de ses revenus…), bénéficient d'une niche fiscale de 7 500 €. Elle est justifiable pour les journalistes indépendants qui ont des frais professionnels que les journaux qui achètent leurs articles ne veulent (ou ne peuvent) plus prendre en charge (déplacement pour rencontrer une source, etc.). De même, les frais de la préparation d'un sujet d'investigation, avant qu'il soit présenté à une quelconque rédaction ne sont pas remboursés par les journaux ;
La Charte de déontologie de Munich prévoit l'absence de déloyauté dans une enquête. Cette notion est un peu dépassée de nos jours à cause de l'asymétrie entre un journaliste et des sociétés commerciales / des politiciens / des services de renseignement qui ont des plans com' chèrement payés et des moyens de pression (vol d'ordinateurs dans les rédactions par les services de renseignement, par exemple). Les services de presse des institutions publiques ou du privé, dont le boulot est de répondre aux journalistes, répondent de moins en moins. Donc il ne faut pas se fermer des voies et il faut être rentre-dedans, procéder à de l'infiltration, utiliser des caméras cachées si c'est nécessaire. Des sujets ne peuvent pas être traités sans être déloyal : enquête dans un EHPAD (personne va avouer la maltraitance), enquête au Milipol (aucun vendeur d'arme va avouer l'usage de ses joujous).
Pendant que l'on endort le grand public avec l'OpenData, il devient de plus en plus difficile d'obtenir des documents publics de la part des administrations. Il y a une obstruction / opacité organisée basée sur un principe de précaution ("qu'est-ce qu'il va bien pouvoir dénicher si on lui fournit ce document ?!"). Les administrations ne répondent pas aux requêtes, un recours devant la CADA ne suffit plus à les faire plier, il faut aller au tribunal administratif, ce qui prend plusieurs années… De même, les bordereaux de prix unitaire, c'est-à-dire le détail d'une prestation (coût d'un radar, coût de sa pose, coût de son entretien) ne sont plus disponibles suite à une jurisprudence, seul le prix global de la prestation est fourni… Comment savoir quel prestataire a graissé la patte et sur quelle prestation ?
Enquêtes sur des faits hallucinants.