Vous avez sûrement entendu parler de ces haricots verts surgelés contaminés par le datura. Des enseignes comme Leclerc et Carrefour ont dû rappeler en catastrophe des milliers de boîtes soupçonnées de contenir cette herbe toxique qui provoque des troubles neurologiques. Pour la petite histoire, le conditionneur des « haricots qui rendent fous » est l’un des plus gros transformateurs de fruits et légumes au monde, le groupe belge Greenyard déjà impliqué, l'été dernier, dans l'affaire des légumes surgelés contaminés a la listeria, qui a ait neuf morts en Europe (« Conflit », 12/9/18).
Depuis quelques années, c'est le branle-bas dans les conserveries pour détecter la mauvaise herbe dans les boîtes de haricots, de maïs, de soja, de petits pois… Les usines de conditionnement ont été équipées de systèmes de tri à lecture optique afin de repérer l'indésirable, car la tige du datura imbibée d’alcaloïdes hallucinagènes ressemble comme deux gouttes d’eau a un haricot. Dans les champs, une filiale de Thales vend carrément, pour lutter contre le fléau, des drones équipés de caméras intelligentes.
De l’avis des ingénieurs agronomes, si l’« herbe du diable » s'est mise a proliférer, c’est notamment en raison de l'interdiction d’une série d'herbicides. Autant dire que les agriculteurs bio ont du mouron à se faire avec le datura. Depuis novembre dernier, 150 personnes ont été hospitalisées après avoir mangé des galettes et des pâtes à la farine de sarrasin bio. A leur arrivée aux urgences, tous présentaient les mêmes symptômes : tachycardie, pupilles dilatées, désorientation, paroles incohérentes et hallucinations.
Avant le rappel par la Répression des Fraudes (DGCCRF), 12 tonnes de pâtes et de farine bio suspectes avaient été écoulées dans les rayons. En février 2018, de la farine bio de sarrasin avait dé]à envoyé cinq personnes à l'hôpital. D'après les infos du « Canard », la DGCCRF a demandé à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation de se repencher dare-dare sur les dangers de l’herbe maudite. Les Fraudes veulent savoir si le seuil d'alerte fixé, il y a dix ans, à 100 microgrammes d’alcaloïdes par kilo n’est pas trop élevé pour les farines de sarrasin, vu que les meuneries peinent à distinguer les graines toxiques des graines de céréales. Bizarrement, il n'existe aucune réglementation européenne sur le sujet. C'est fou, non ?
Dans le Canard enchaîné du 20 mars 2019.