Après 7h30 de débats, les députés, réunis à l'Assemblée à nationale, ont voté la prolongation de l'Etat d'urgence, six jours après l'attentat à Nice. Plusieurs mesures, comme la fouille des bagages et des véhicules, ont également été adoptées.
J'ai écouté les causeries (je refuse de nommer ça « débats » vu la médiocrité ambiante) des député-é-s et voilà ce que j'en retiens.
Les prétextes ultimes : il faut de l'efficacité + les Français-e-s sont en colère, ils-elles veulent des résultats. Sur ces deux motifs, on peut faire n'importe quoi.
Il y avait aussi un contexte politique : le groupe Les Républicains cherchait clairement à affirmer la ligne de leur parti (autorité, sécurité, etc.) comme s'il était en campagne. Mais ce parti cherchait aussi à éviter les reproches (préjudiciables à l'élection à venir) qui seront formulés de toutes parts lors de l'éventuel prochain attentat en mode "c'pas notre faute, on avait tout bien proposé au PS qui n'a rien voulu entendre mais votez pour nous en 2017, quand on aura les mains détachées, on pourra vous protéger efficacement". C'est à gerber.
Avec ces prétextes, on a eu le pire du sécuritaire :
On notera la rhétorique utilisée notamment par Les Républicains (et le FN) car ça en dit très très long : il faut mettre de côté la Constitution au profit de la sécurité ; La France serait face à un « désarmement pénal » (très "drôle" après le passage de la loi de réforme pénale y'a quelques mois) ; envoyons les terroristes loin, osef de ce que ça produit tant que c'pas chez nous (oui, très bel effet Nimby) ; le gouvernement doit abandonner « sa vision idéologique sectaire de l'état de droit » ; il faut adapter l'état du droit ; il faut un gouvernement de guerre ; il faut une justice d'exception conduite par une Cour de sûreté de l'État ; appel à la guerre à l'étranger en mode USA contre Al-Qaïda ; la vision EU et française de l'immigration est de la naïveté ; guerre ; effort de guerre ; réarmement ; l'état d'urgence, c'est l'état de droit (dit plusieurs fois par des députés Les Républicains)
Les député-e-s qui ont été le plus loin dans la surenchère sécuritaire selon moi (liste non ordonnée) : Guillaume Larrivé (LR), Christian Jacob (LR), Éric Ciotti (LR), Valérie Boyer (LR), Jacques Bompard (Debout la France).
Je note que les député-e-s commettent sans arrêt les mêmes fautes déjà sanctionnées par le Conseil Constitutionnel comme la rupture d'égalité, les peines automatiques (qui sont interdites, principe fondamental d'individualisation des peines), etc. C'est les ministres (et donc les conseillers cachés) qui doivent apprendre aux parlementaires à faire la loi… … … Je passe sur le fait que même hors numérique, les député-e-s causent de ce qu'ils-elles ne connaissent pas : la méconnaissance de ce que sont les fiches S a été criante.
Au final :