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  • Mes notes concernant le numéro 151 des Dossiers du Canard enchaîné « Tout n'est pas vert dans le bio » + référendum

    Bio

    • Définition. Bio, en matière de végétaux = pas de pesticides de synthèse, pas d'engrais artificiel, pas d'OGM. Évidemment, des seuils de tolérance existent : les traces de pesticides ne sont pas comptées, un produit transformé bio peut contenir 5 % de produits non-bio, etc. Cela permet de prendre en compte la dispersion par le vent depuis des parcelles en agriculture conventionnelle, l'absorption de l'anti-moustisques présent sur les ouvriers agricoles d'Amérique du Sud, l'absorption des substances qui constituent les joints des machines de la chaîne de production (huile d'olive, par exemple), etc. Bio en matière animale = animaux nourris avec de la bouffe bio (voir point précédent) et un usage des antibiotiques seulement en cas de maladie avérée. Bio en matière de cosmétiques = au moins 95 % d'ingrédients bio et substances interdites (phtalates, parabène, etc.). Qu'est-ce qu'un pesticide ou un engrais pas de synthèse, dit ""naturel"" ? Chaux, souffre (pour le vin), cuivre, purin d'orties, bouillie bordelaise, etc. ;

      • Je note que la majorité des termes du domaines sont bidons… Bio = biologique = vivant ou qui se rapport à l'étude du vivant. Quel rapport avec les pesticides de synthèse ? Chimique pour dire artificiel alors que tout est chimique ou agit par réaction chimique. Naturel pour dire sans substances de synthèse alors que tout est naturel, y compris les substances fabriquées par l'homme à partir d'autres substances… J'aurai aimé que le Canard enchaîné n'utilise pas tous ces termes bidons comme s'ils étaient équivalents…
    • Du mode de vie alternatif des années 60, le bio est devenu un vrai business. On parle même de bio industriel : il n'y a pas de pesticides, mais les autres idées du mode de vie proposé ont disparu (donc on se retrouve avec des serres chauffées, de la main d'œuvre exploitée, une pression des distributeurs sur les producteurs lors de l'achat, de l'import depuis l'autre bout du monde, etc.). Exemples :

      • La grande distribution s'est mise au bio. Carrefour rachète les créances des agriculteurs et finance leur conversion au bio, car les aides publiques manquent et que la ""désintox"" d'un champ dure 3 ans durant lesquels l'agriculteur n'obtient pas le label, donc vend au prix du conventionnel… alors que son rendement a diminué ;

      • Celmat, le céréalier bio historique a été racheté par Ebro (Panzani). ProNature, le leader européen des fruits et des légumes bio est passé dans les mains de fonds d'investissement. Ecocert, label et l'un des bureaux de contrôle pour le label AB, est passé du statut d'association fondée par des potes agronomes à celui d'une société commerciale prospère ;

      • Les réseaux de distribution indépendants se font rare. Il reste Biocoop et Biomonde. Les Comptoirs de la Bio = Intermarché (16 % des actions). Naturalia = Casino. So.Bio = Carrefour. La vie claire = Distriborg (marque Bjorg) + la banque Natixis. Bio c'est bon = Aeon (géant japonais de la grande distrib') pour 20 % des actions.
    • Où acheter du bio ? AMAP, réseaux de distribution bio (Biocoop, etc.), magasins coopératifs, groupements d'achat, magasins de producteurs, etc. ;

    • Prix. D'après une étude conduite sur 1000 produits de la grande distribution, le bio est 64 % plus cher en moyenne. Mais, les consommateurs de bio consomment différemment (moins de viande, magasin coopératif dans lesquels la nourriture est échangée contre des heures de travail ""bénévoles""), donc la facture reste correcte. Néanmoins, la fréquence de consommation du bio continue de varier en fonction de la CSP (les plus aisés consomment plus bio) ;

    • Rentabilité. D'après une étude de l'INSEE réalisée en 2017 portant sur les maraîchers, le lait et la vigne, le bio est plus rentable, mais cette rentabilité est très variable entre deux années (cas d'une mauvaise récolte causée par une bestiole). Cela s'explique par le coût des pesticides de synthèse, des filières adaptées et pensées en amont, et (là c'est moi qui parle, plus le Canard), un endettement moindre (car plus besoin d'être hyper productif, d'avoir des immenses terres pour entrer dans ses frais, etc.) ;

    • Labels. AB (France) et Eurofeuille (UE) sont les seuls labels officiels. Notons que le contrôle porte sur les moyens mis en œuvre, pas sur le résultat, donc il y a peu d'analyses de la composition des produits… Des labels vont plus loin que le bio. Ecocert = bio + équitable + recette traditionnelle. Bio partenaire / bio cohérence : bio + circuit court. Nature & Progrès : bio + préservation de la biodiversité. Les labels imposent environ rien concernant le bien-être animal à part une densité d'animaux. Les bêtes peuvent être attachées, castrées, débecquées (bec supérieur sectionné afin de limiter les impacts négatifs des bagarres), retenues dans des bâtiments, etc. Il est possible de ne pas les nourrir avec de l'herbe mais avec du bio industriel. Il n'y a pas d'abattoir bio, juste des abattoirs conventionnels qui ont un agrément pour abattre également des bêtes bios… avec les dérives bien connues. Dans le textile, Gots semble être le label le moins fumeux (95 % des fibres d'un vêtement doivent être bio, y compris les fermetures éclairs - comment font-ils ??? -), mais attention aux labels qui attestent uniquement une partie des intermédiaires entre la récolte et le distributeur… Dans les cosmétiques, Cosmébio semble être le moins fumeux (notamment face à ISO 16128). Le label Bâtiment à énergie positive (bepos) correspond à aucune norme et semble bidon (pas de mesure de la pollution induite par le chantier ni du résultat dans la durée, genre si l'isolation se révèle désastreuse et contraint l'occupant à un chauffage énergivore…). Le label Bâtiment basse consommation n'est pas non plus normalisé. Le label golf ecodurable semble bidon : il interdit l'utilisation de pesticides de synthèse… uniquement en dehors des zones de jeu, et, surtout, il ne chiffre pas la réduction d'eau alors qu'un parcours de golf équivaudrait à la consommation d'une ville de 7 000 habitants ;

    • Fraudes. Évidemment, comme dans tout échange entre êtres humains, certains essayent d'en blouser d'autres, y compris dans le bio. Dans les exemples récents, on a les œufs au fipronil, les carottes gorgées de pesticides, les avocats probablement pas bio importés par Biocoop, etc. Au final, ce maigre butin de scandales sanitaires donne confiance dans le bio, non ? En 2017, la DGCCRF rapportait 28 % d'anomalies dans ses contrôles portant sur le bio. 50 % de ces anomalies étaient liées à un non-respect de la réglementation bio (le reste étant des anomalies commerciales standard). Dans l'Union Européenne, la réglementation est commune. Mais, il n'existe pas de réglementation internationale (mais un principe d'équivalence de la réglementation d'un pays tiers avec celle de l'UE est décidée pays par pays par la Commission - comme pour l'échange d'informations personnelles, Privacy Shield, tout ça), d'où un risque important à l'import. La mafia italienne achète des labels pour des produits issus de l'agriculture conventionnelle avant de les revendre comme bio et d'encaisser la différence ;

    • Évidemment, bio ne signifie pas écolo ou éthique. Le bio ne signifie pas commerce équitable : la grande distribution écrase les prix des producteurs, y compris dans le bio. Ni local. On estime que la distance maximale raisonnable entre un lieu de production et le lien de consommation est entre 30 et 100 km. Dans ce contexte, comment avoir des fruits et légumes de régions ensoleillées dans des régions ombragées ? Comment épuiser tous les morceaux d'un porc (les Français sont friands de jambon, mais pas du reste que l'on peut vendre aux Allemands - saucisses -, aux Anglais - bacon -, etc.) ? Ni conditions de travail dignes. Ni respect de la saisonnalité des fruits et légumes : les tomates vendues en hiver car produites dans des serres chauffées sont bio, par exemple. Ni respect de l'environnement : le cuivre, utilisé comme pesticide """"naturel"""" dans la vigne, bousille les sols, par exemple. L'import de fruits et légumes depuis l'autre bout du monde a une empreinte carbone horrible. Les emballages sont aussi une saloperie (et ils sont imposés aux commerces qui vendent du bio et du conventionnel afin de ne pas contaminer le bio. La solution pour éviter l'emballage est de veiller à une séparation stricte, mais les contrôles, à la charge du distributeur sont coûteux). Les biocarburants entretiennent la déforestation par besoin de toujours plus de terres agricoles. Le bio ne signifie pas non plus que l'aliment aura conservé ses nutriments, qu'il est sain (le saumon bio nourrit aux farines animales comme l'exige le label AB est, de facto, garni d'arsenic, de PCB et d'autres joyeusetés), qu'il ne sera pas trop sucré (les jus de fruits bio sont autant sucrés que le Coca) ou garni d'additif (nitrites pour faire rosir le jambon, sulfates pour faire mousser un shampoing, dioxyde de titane pour qu'une crème solaire ne fasse pas un opaque masque blanc, etc.) ;

    • Le miel bio est difficile à produire. La cire (lieu de vie et de reproduction des abeilles dans les ruches) stocke les polluants de l'environnement ou ceux rapportés par les abeilles. La nourriture au sirop de sucre bio est autorisée pour compenser la destruction des paysages ;

    • Les céréales bio sont-elles plus sensibles aux mycotoxines (champignons) ? Durant la production, une étude suisse sur 10 ans et une étude française montrent que non si le champ accueille différentes variétés d'une même culture et différentes cultures (blé, orge, etc.) et que la densité respecte celle du cahier des charges bio. En revanche, le bio y est plus sensible durant le stockage ;

    • Surgelés bio. Contraintes fortes : pour conserver ses nutriments, un petit pois doit être congelé quelques heures après sa récolte, ce qui suppose peu de transports, donc de développer des usines locales, ce dont nous manquons. On peut également discuter du coût énergétique de ce procédé… ;

    • Avant de vouloir du bio partout, il faudrait augmenter doucement la consommation afin que des filières se construisent. Réclamer un aliment bio par semaine à la cantine scolaire permet cela. Réclamer dès aujourd'hui un repas bio (ou plus) par semaine dans les cantines, c'est forcément faire appel à du bio industriel. Les cantines scolaires, quand elles ne sont pas déléguées au privé, peuvent être un levier pour développer des filières de bio local équitable ;

    • La maison écolo est compliquée à construire, mais elle existe : briques de paille compactée, argile, structure en pins, enduit. Trouver tout cela en local et bio est compliqué et la construction demande beaucoup de main d'œuvre. Forcément, ça ne passe pas à l'échelle. La paille résiste au feu, car sa compression réduit la présidence d'oxygène, ce qui casse le triangle du feu. Elle résiste aussi aux chocs par absorption (le Canard parle d'une voiture sortie de route :O ) ;

    • Le lol des peintures dépolluantes avec nanoparticules à l'innocuité inconnue. Même chose pour les sex-toys en bois exotique (coucou le CO² du voyage) ;

    • Cercueil en pâte à papier. Moins cher donc boudé par les pompes funèbres (car moins de marge). Refusé par un grand nombre de crématoriums, car l'absence de bois nécessite plus de gaz pour entretenir la combustion.


    Référendum

    • Les révolutionnaires de 1789 et de 1793, puis les empereurs ont usé des référendums afin de légitimer leurs actes (coup d'État militaire et état de siège de Napoléon III en 1851, par exemple) et la Constitution qui les arrange (celle désirée par Bonaparte en 1799, par exemple) ;

    • Sur la même période, il fallait signer un registre nominatif pour participer à un référendum. Celui sur la privatisation d'ADP n'innove donc pas ;

    • Toujours sur la même période, l'abstention était énorme : 60 à 70 % pour l'adoption de la Constitution de 1793, 82 % d'abstention pour la Constitution de 1795, 95 % d'abstention sur le décret de 1795 qui prévoyait que 2/3 des nouveaux parlementaires seraient choisis parmi la Convention (parlement révolutionnaire de l'époque…), 50 % pour nommer Bonaparte Consul à vie, etc. Cette abstention n'a pas empêché les révolutionnaires et les empereurs de mener à bien leurs projets "malgré tout".
    August 23, 2019 at 7:39:26 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?dlsguQ
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