Excellente vulgarisation, à faire tourner.
« Algorithme ». C'est le nouveau mot à la mode, celui qu'on nous ressort à toutes les sauces, même si on ne sait pas du tout de quoi on parle. [...]
[...] Puisque la presse a décidé de faire de ces « algorithmes » un énième épouvantail à cons (après les roms, le burkini, les casseurs en manif et les chômeurs), je pense qu'il est nécessaire de dédramatiser un peu le sujet.
Vous voulez dire qu'on ne va pas céder à l'hystérie collective en pointant du doigt un bouc émissaire pour nos problèmes ? Je suis super-déçu. C'est bien le drame, non ?
Un algorithme, c'est juste une suite d'instructions appliquées méthodiquement pour obtenir un résultat.
Pour faire simple, on peut dire qu'un algorithme est une notion abstraite et qu'un programme est sa représentation concrète. [...] Un programme est donc un algorithme qu'on représente dans un langage informatique.
En vrai, il y a plusieurs algorithmes en œuvre dans un même programme informatique. Un algorithme pour trier les valeurs dans un tableau, un algorithme pour afficher ces valeurs séquentiellement, etc.
Une mélodie (pas les sons émis mais le concept) est une notion abstraite. Une partition musicale est une des nombreuses représentations possibles du concept de mélodie.
Mais un algorithme, en tant que suite d'instructions suivies méthodiquement, ça se passe d'ordinateur. Vous en utilisez vous-même tous les jours.
Exemple : regarder à droite et à gauche jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de voiture avant de traverser une rue.
Bien sûr, nous ne pouvons pas définir chacune de nos actions sous forme d'algorithmes bien définis et inaltérables. [...] Parce que la vie est complexe, changeante et qu'une suite d'instructions définies à un instant ne va pas forcément convenir à toute situation.
Exemple : on cesse d'appliquer l'algorithme précédent quand un-e conducteur-rice nous laisse passer.
Néanmoins, pour tous les domaines bien balisés comme l'administration, des algorithmes aussi rigides que des programmes informatiques sont déjà utilisés depuis belle lurette : « alors, pour votre passeport, il faut que je scanne vos documents, que je prenne vos empreintes, que vous me donniez la référence de votre timbre fiscal… ». Ceci est une description d'un algorithme. Si une seule des conditions n'est pas remplie, on ne passe pas à l'étape suivante.
Dans ce genre de cas, remplacer l'humain par un programme ne comporte que des avantages : le programme va immensément plus vite, ne se fatigue pas, [...] et fera toujours exactement ce qu'on lui demande. [...] Ça n'est une catastrophe que s'il n'y a que les propriétaires des machines qui en profitent. Mais chut, on risquerait de parler de redistribution des richesses, de salaires à vie voire de remise en cause du droit de propriété des grands moyens de production… c'est mal vu.
[...]
[...] Qu'est-ce qui fait peur lorsque l'on parle d'algorithme ?
Tout d'abord, l'opacité. Vous ne savez pas ce que je fais ni comment. Si on peut facilement vérifier selon quelles règles fonctionne une administration (même si c'est parfois la Maison des Fous d'Astérix), c'est impossible avec un programme opaque.
Pour cela, il y a une condition qui devrait être non-négociable : tout programme utilisé pour les besoins des services publics devrait être à source ouverte. De la même manière que les textes de lois sont en accès libre.
Ensuite, l'arbitraire.
Faire la différence entre un algorithme déterministe qui produit toujours le même résultat à partir des mêmes données à traiter et un algorithme non-déterministe qui comporte une part d'aléatoire. Chaque type d'algos à ses usages : il vaut mieux un algo non-déterministe pour la distribution des cartes dans un jeu de cartes.
L'aléatoire dans les algorithmes a-t-il une influence certaine sur nos vies ou est-ce que nos vies sont déjà des successions de hasards ?
Et c'est là toute l'arnaque : si un algorithme, c'est neutre, choisir d'utiliser un algorithme pour gérer tel ou tel aspect de la vie publique, par contre, c'est un choix politique !
La question n'est pas de savoir comment on résout un problème (avec ou sans algorithme) mais pourquoi fait-on le choix d'un algorithme et de tel algorithme et pas d'un autre. Exemple de la loi Renseignement :
Que les comportements suspects soient repérés par un fonctionnaire, un algorithme ou le chien de ma belle-sœur, fondamentalement, on s'en tamponne le processeur ! Si l'anonymat est levé par le programme, c'est qu'il n'a jamais exité ! L'algorithme ne dispose de ni plus ni moins d'informations que celles qu'on lui donne. Donc la population est bien fliquée intégralement, quoi qu'il arrive.
Bref, retenez 3 choses sur les algorithmes :
1 Il n'y a pas à en avoir « peur ». Un algorithme, ce n'est jamais qu'un processus défini qui pourrait tout aussi bien être effectué par un/des humain(s) (il le ferait moins vite, c'est tout).
2 Par contre, faites gaffe à ce qu'on vous vend avec ce mot. L'algorithme n'est jamais qu'un moyen. Cherchez toujours la fin derrière ce moyen. Parce que c'est sur ce point que devraient se jouer les débats politiques qu'on essaie de détourner en nous enfumant avec un mot à la mode.
« Moui alors pour la question des aides au logement, nous allons étudier l'utilisation d'un algorith… » Non mais on s'en fout. Dites-nous quelles sont les règles. Que ce soit un algo ou un gugus derrière, on s'en bat les gonades.
3 Pas d'algorithme acceptable sans accès au code source !