Quelques bonnes réflexions.
[…] Je suis de gauche, parce que je pense que l'égalité ne vient pas naturellement, mais qu'il faut sans cesse remettre le métier sur l'ouvrage pour plus d'égalité, de principe ou réelle. Parce que je pense que je vivrai mieux et que mes enfants vivront mieux si tout le monde vit dignement. Parce que je ne pense pas que la quête effrénée de la richesse (et de la niche fiscale) donne du sens à la vie. Parce que je crois que le bon vieux discours sur la lutte des classes garde aujourd'hui l'essentiel de sa justesse, même si les contours de ces classes ont changé. Les damnés de la terre ne sont plus aujourd'hui mineurs, mais agents d'entretien auto-entrepreneurs au temps de travail (partiel) éclaté, exploités dans certains centres d'appel, etc. L'argent va toujours à l'argent. Mieux vaut, plus que jamais, être héritier plutôt que travailleur.
[…] Au centre droit, Emmanuel Macron place le curseur économique bien trop à droite avec des politiques qui ont déjà échoué sous Hollande. Ses propositions "sociales" me hérissent. J'ai beau être plutôt dans le camp des favorisés, avec un métier sûr (aujourd'hui !) et rémunérateur, j'ai déjà pu ressentir à quel point on ne négocie pas sur un pied d'égalité avec son patron, quel qu'il soit. Exit Macron, donc, avec l'illusion individualiste.
Je suis, soit dit en passant, sidéré par la fascination que certain-e-s ont pour Emmanuel Macron et par la nouveauté que certains lui prêtent. Ainsi, un inspecteur des finances, ancien banquier, ancien secrétaire général de l'Élysée, ancien ministre serait un anti-système... Je me demande avec quelle définition de "système". Je ne recherche pas, pour ma part, un candidat "anti-système", ne serait-ce que parce que je crois plus aux évolutions qu'aux révolutions. Mais, tout de même... Ces gens ont perdu le nord... […]
Bien à gauche sont Jean-Luc Mélenchon et ses "insoumis". J'ai beaucoup de respect et d'estime pour Mélenchon. De manière intéressante, Michel Rocard, avec qui il s'est souvent confronté, avait également beaucoup de respect pour son travail intellectuel. J'ai cependant un premier problème avec la tonalité de sa campagne. Le «dégagisme», c'est bien gentil, mais ça ne fait pas une société sereine. Vous la pressentez, vous aussi, cette chasse aux sorcières qui vient ? Son programme est, sinon, intéressant et le fruit d'un passionnant travail de fond. Il pêche souvent malheureusement par manque de réalisme. Tantôt on renationalise les autoroutes. Je ne suis pas contre, mais avec quel argent ? Tantôt on "socialise" (que cela est joliment dit !) les banques de dépôt. Même remarque ! […]
Chez Hamon, je n'aime pas tout. Je n'aime pas, par exemple, son discours sur la Russie, même si je suis d'accord avec lui sur la nécessité d'engager le rapport de force avec Vladimir Poutine. Lui et ses amis ne comprennent que cela. Je pense, comme Mélenchon, qu'il faut une grande conférence sur les frontières issues de l'ex-URSS, qui sont une véritable poudrière. Mikhaïl Gorbatchev nous avait prévenu dès la chute de l'URSS : nous ne pouvons pas laisser les frontières en l'état. Si nous ne menons pas cette discussion, n'exigeons pas des référendums d'auto-détermination dans les zones litigieuses, j'ai bien peur que nous ne connaissons un nouveau conflit. […]
Contrairement à l'auteur, je ne crois pas au revenu de base version Hamon car ce n'en est pas un. Je ne crois pas non plus à la vertu de la construction européenne en matière de guerre : en échange d'une paix intérieure, les pays qui la constituent ont mis le zouk ailleurs dans le monde… Soit directement via des interventions militaires, soit en vendant masse d'armes. Justifier les bienfaits de la construction européenne via la délocalisation des conflits, c'est trop facile et réducteur.