Selon une note confidentielle des Douanes, le déficit est constamment minoré : 5 milliards en 2017, confirment les statistiques européennes, et pire les années d’avant !
Chaque mois, c’est le même rituel : la Direction générale des douanes publie les chiffres du commerce extérieur. Et ils sont très mauvais. Ainsi, le 8 novembre, la France accusait, pour le 3e trimestre, un déficit de 14,9 milliards d’euros. Affreux. Sauf que la réalité est encore pire !
Pour s’en rendre compte, il suffit d’éplucher les statistiques d’Eurostat sur les échanges intracommunautaires. L’ensemble des pays de l’Union européenne déclare nous avoir acheté un peu plus que ce que nous affirmons leur avoir vendu. A l’inverse, ces mêmes voisins jurent nous avoir vendu beaucoup plus que ce que nous reconnaissons leur avoir acheté. A en croire Eurostat, nos importations annuelles sont sous-estimées de 12 milliards d’euros, et nos exportations de 7 milliards. En clair, notre déficit commercial de 2017 serait minoré de 5 milliards. Une paille, et pas la première du genre !
Car, dès 2014, dans une note interne, le chef statisticien des Douanes sonnait l’alarme : « Si la France calculait aujourd’hui ses importations en provenance de l’UE en additionnant les exportations vers l’Hexagone publiées par ses partenaires européens, son solde commercial annuel serait dégradé de 10 à 20 milliards selon les années. » Excusez du peu.
Boss des maths
Deux ans plus tard, le patron du département des statistiques et des études économiques (DSEE) des Douanes décortiquait l’erreur dans un rapport confidentiel de 13 pages. Afin de limiter la paperasse, Bruxelles a dispensé de formulaires les entreprises européennes important d’un autre pays de l’UE pour moins de 460 000 euros de biens. A charge pour les gabelous d’estimer, au doigt mouillé, ce flux commercial non déclaré.
Selon la note, il s’agit d’« un modèle fantaisiste » : les douaniers auraient mal exploité les données de TVA déclarées par les entreprises françaises importatrices ainsi que les déclarations fiscales des sociétés européennes exportant en France…
Réagissant, dans un courriel interne, à cette fâcheuse découverte, Hélène Crocquevieille, alors directrice générale des Douanes, explique sérieusement que « ces travaux permettront de faire progresser la qualité des stats du commerce extérieur fournies par la Douane ». Elle s’interroge gravement : « Quand et comment faire état de ces résultats afin de les intégrer dans le chiffre mensuel du commerce extérieur ?» Sans commettre d’erreurs, cette fois ?
Aujourd’hui, le dossier repose sur le bureau du ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin. Et ce dernier prend son temps vu que, chez nos voisins aussi, le chiffre du commerce extérieur est largement frelaté — parfois plus qu’en France. Exemple : en Allemagne, la balance commerciale est « améliorée » d’environ 15 milliards (2 % de ses échanges européens). C’est moins qu’en Grande-Bretagne (2,5 %) et, surtout, qu’en Italie (6,4 %). La Belgique fait figure de modèle, avec une « amélioration » de sa balance des paiements de seulement 800 millions. Fayots ! La Commission européenne avait bien lancé, en 2012, un programme supposé remettre de l’ordre, mais ce projet à plusieurs millions d’euros, baptisé « Simstat », est toujours au point mort.
Il comportait des erreurs de calcul ?
Et c'est avec ce genre de chiffres que l'on vient nous causer de compétitivité internationale donc de suppression d'emplois et de coupes budgétaires…
Dans le Canard enchaîné du 28 novembre 2018.