La Pologne, qui achète des armes US à tour de bras, veut aussi héberger une base américaine.
La Pologne a été ainsi surnommée par des officiers français chargés des relations internationales et stratégiques à l’état-major des armées. C’est, en effet, le pays européen qui reçoit le plus d’assistance militaire de Washington, celui qui achète énormément d’armes aux Etats-Unis et prévoit de dépenser 47 milliards de dollars, d’ici à 2026, pour ce genre d’emplettes. Autre dépense envisagée : le Premier ministre polonais a annoncé que son gouvernement pourrait investir 2 milliards de dollars dans le but d’aménager une base où 4 500 Américains viendraient camper en permanence et disposeraient d’un terrain d’entraînement, d’équipements tout confort et de dépôts d’armes.
Mais cela ne saurait suffire, comme l’ont appris les services français de renseignement : un financement de l’Otan, s’élevant à 230 millions d’euros, pourrait s’ajouter à ces 2 milliards de dollars investis par la Pologne. La France, qui contribue naturellement au budget de l’Otan, serait donc impliquée, sans vraiment l’avoir voulu, dans cette installation d’une base américaine non loin de la Sainte Russie. Reste un souci diplomatique pour Washington : Poutine tolère sans trop grogner la présence par intermittence de militaires US non loin de chez lui, mais pas plus…
A Paris, la Pologne est désormais considérée comme un client « captif » des Etats—Unis, et les vendeurs d’armes l’ont d’autant plus mauvaise que les généraux de Varsovie sont insatiables, comme le prouvent les informations recueillies par la Direction du renseignement militaire. Quelques exemples : leur intention est d’acheter 32 F-35, l’avion de combat US le plus cher sur le marché mondial, car il a été conçu pour échapper, en principe, aux radars adverses. Le contrat en discussion prévoit que l’industrie aéro-nautique polonaise fournirait certaines pièces détachées au constructeur de ces F-35, le groupe Lockheed Martin. Mais,à Varsovie comme à Washington, d’aucuns suggèrent plutôt un achat moins onéreux au même fabricant : 32 avions F-16, qui s’ajouteraient aux 46 appareils du même type que possède déjà l’armée polonaise.
Emplettes au Pentagone
Le 3 septembre, toujours selon les services français, des responsables polonaisse se sont rendus au Pentagone afin de faire connaître leurs besoins. Parmi la liste des achats envisagés : deux batteries antiaériennes et antimissiles Patriot, 185 missiles antichars Javelin avec 60 postes de tir, 5 avions-cargos C-180 Hercules, des hélicoptères, des sous-marins et des drones. Si, une fois qu’ils disposeront de cet arsenal, les Polonais ne sont pas rassurés et les Russes pas terrorisés, c’est à douter de l’intérêt qu’il y a de posséder une pareille quincaillerie militaire.
Face à cette gourmandise en armes de Varsovie, les industriels européens et français n’en finissent pas de se lamenter. Le groupe italien Leonardo est en pourparlers pour la vente d’une trentaine d’hélicoptères de combat. Quant à la firme européenne MBDA (dont l’Etat français est actionnaire à 37 %), elle espère pouvoir fournir aux Polonais des véhicules à chenilles dits « tueurs de chars » et armés de missiles sol-air. Quelques miettes que les Américains n’ont peut-être aucune envie d’abandonner à leurs concurrents.
Mais pourquoi Macron se désolerait-il de voir ses vendeurs d’armes éconduits dans cette Pologne qui craint et déteste Poutine, collectionne les armes US et veut accueillir bientôt une base américaine ? Il devrait plutôt se réjouir de n’être en rien associé à ce « Fort Trump », au moment où il entame son « virage russe » avec l’espoir de parvenir à un rapprochement diplomatique et politique avec Moscou.
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.