Que fait la police quand elle réalise qu’elle compte trop de fichés S pour pouvoir tous les surveiller ? Elle en crée d’autres, bien sûr ! Les Shadoks ne sont pas loin…
La semaine dernière, les 2 500 fonctionnaires du Service central du renseignement territorial (SCRT) ont été sommés par leur directeur de coller dare-dare une fiche S à toutes les personnes inscrites dans le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste.
Petit rappel : depuis Mohamed Merah en 2012, sur les 31 terros passés à l’acte sur le sol français, 20 étaient fichés S.
Dans sa note envoyée par courrier électronique, que « Le Canard » a pu lorgner, la cheffe de la division D3, chargée du suivi de l’islam radical, déplore le fait de comptabiliser des fiches S sur « seule- ment un individu sur trois pris en compte par le SCRT ». Effarés, les poulets du Renseignement territorial ont fait le calcul : ils vont devoir ajouter plus de 5 000 noms aux 10 500 individus déjà fichés S pour radicalisme islamiste. Et ce avant le 18 juin.
« On va devoir inventer des prétextes pour ficher S des gens qui n’ont pas de raison de l’être, alors que l’on a déjà du mal à suivre les radicalisés dangereux », s’agace un officier du Renseignement. C’est la barbe.
Je ne sais pas trop quoi penser de cela… D'un côté, ça illustre, une fois de plus, l'abus de pouvoir que représente le fichage S : une personne se retrouve fichée sans cause réelle voire factuelle afin de servir une politique du chiffre décidée par des trouillard⋅e⋅s qui craignent pour leur emploi si chèrement rémunérateur. Cela plaide pour l'abolition de ce système. De l'autre, cela ajoute du bruit qui complique mécaniquement la surveillance, ce qui rend le système inutile en pratique… C'est cool, mais le problème initial de l'impact sur les libertés de chacun⋅e et de la qualité du tissu social demeure entier.
Dans le Canard enchaîné du 30 mai 2018.