« Il est tout d’abord prévu que les bureaux de vote ne puissent plus fermer avant 19 heures (contre 18 heures aujourd’hui), y compris à la campagne. En ville, il sera toujours possible d’exercer son devoir de citoyen jusqu’à 20 heures. Cette réforme, introduite contre l’avis du gouvernement et du Sénat, ne sera applicable que pour les élections présidentielles. Pour les législatives, par exemple, il y aura toujours une amplitude de deux heures (18h/20h) entre la fermeture des premiers et derniers bureaux de vote.
[...] le fait de communiquer (sur Internet, à la télévision...) tout « résultat d'élection, partiel ou définitif », avant la fermeture du dernier bureau de vote du territoire métropolitain sera passible d’une amende de 75 000 euros – contre 3 750 euros aujourd’hui.
[ NDLR : haha lol... une amplitude d'une heure au lieu de deux... L-O-L. Ça va tout changer ! Mais on ne touche pas aux instituts de sondage qui permettent aux politocards de préparer leurs discours avant que le résultat tombe... Deux heures pour influencer des pauvres âmes dans le sens du vote mais bien sûr... Et les frontalier-e-s peuvent toujours capter les résultats via des émissions de TV/radio frontalières. Bref, des inégalités de partout... ]
[...] Il faudra toujours recueillir 500 soutiens d’élus (maires, députés, sénateurs, conseillers régionaux et départementaux, eurodéputés français...) pour se présenter officiellement, mais les formulaires ne pourront plus être transmis par les équipes de campagne. Les auteurs des présentations devront eux-mêmes faire suivre leur parrainage au Conseil constitutionnel, qui préparera pour l’occasion un formulaire type.
[ NDLR : ouuuuuch donc il faudra que l'élu signataire soit vraiment motivé. On est clairement dans une démarche proactive "je veux vraiment soutenir ce candidat". C'est peut-être là que l'on voit le mieux la démarche d'éviction des petit-e-s candidat-e-s dénoncée par l'opposition...
La véritable nouveauté réside dans le fait que dorénavant, le Conseil constitutionnel rendra public « au moins deux fois par semaine, le nom et la qualité des citoyens qui ont valablement présenté des candidats à l’élection présidentielle ». [...] »
[ NDLR : c'est une bonne chose pour le citoyen mais ça permettra aussi de sanctionner les élus qui ont présenté de nouveaux/nouvelles candidat-e-s d'aucun parti en jouant sur des leviers comme les subventions, les aides pour des projets municipaux,... Le système précédent était le tirage au sort de 500 élus parmi ceux et celles ayant présenté un même candidat. Donc, la probabilité d'apparaître au JO n'est pas nulle et elle se réduit d'autant que le candidat est populaire. Donc l'étouffement des petits candidats, ça ne date pas d'hier. ] »
Ces lois modifient également le temps de parole. Avant, durant les 4 semaines qui précèdent l'élection, il devait y avoir une égalité du temps de parole dans les médias (et une équité de temps d'antenne qui inclue les reportages et autres sur un-e candidat-e, ses soutient, ses sujets,...). Voir
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/04/01/temps-de-parole-vers-une-presidentielle-plus-inegalitaire_4894005_4355770.html pour une très bonne explication des différents temps du matraquage médiatique qui précèdent une élection présidentielle.
Désormais, cette égalité sera assurée uniquement durant les 2 dernières semaines (la campagne officielle). Du dépôt de la candidature jusqu'à ces 2 dernières semaines, on sera sur un régime de l'équité du temps de parole : le CSA devra s'assurer que chaque candidat a le droit à la parole en tenant compte de sa représentativité et de son animation du débat public...
Je ne sais pas vraiment quoi en penser : cela fait bien longtemps qu'il n'y avait plus égalité à cause des nouveaux moyens de diffusion pas pris en compte par le CSA comme Internet ou... la presse écrite (sisi, elle est exclue du comptage). On notera que cela est obligatoire uniquement sur la TV hertzienne car le nombre de fréquences est limité. Sur les autres supports, avoir une chaîne de TV entière à la gloire d'un-e candidat-e ne pose pas de problème puisqu'il peut y avoir une infinité de chaînes de TV et que les citoyen-ne-s n'ont aucune obligation de les regarder.
Lors du "débat" entre les deux tours, cette contrainte d'égalité m'a toujours semblé être un frein au "débat" genre le-a présentateur-trice arrête un candidat-e dans son speech derrière l'excuse bien pratique du temps de parole.
Ensuite, vu la qualité des débats durant ces 4 semaines, on s'en passera, hein : être président-e c'est avoir une vision de l'avenir et la défendre, pas commenter l'actualité, ni envoyer des tacles aux autres candidat-e-s ni promettre le plein emploi et toutes ces conneries. Bref, venir me dire que ces 2 nouvelles lois nuisent à la qualité du débat politique voire l'empêche, juste L-O-L puisqu'il n'y a pas de débat politique ni d'échange d'idées. De plus, pourquoi diable ce débat devrait-il avoir lieu uniquement à 1 mois d'une élection présidentielle ? Les citoyen-ne-s devraient s'intéresser au quotidien à la vie politique.
Enfin, la véritable question à se poser me semble être : si un candidat-e (un parti en vrai) est élu uniquement grâce au matraquage médiatique qui précède l'élection, est-ce qu'on n'a pas là un problème beaucoup plus sérieux ? Il n'y a que si l'on répond non que la question égalité/équité du temps de parole devient importante.
Une autre mesure prévue par ces lois : les comptes de campagne comptabilisent les entrées/sorties à but électorialiste sur les 6 derniers mois au lieu d'un an. L'objectif affiché est de réduire les fraudes car les mandataires auraient du mal à estimer si une dépense est électorialiste 1 an avant une élection... Perso, je constate donc que les 16 millions d'euros max (plafond des comptes de campagne à l'heure actuelle) englobent désormais uniquement 6 mois, ce qui augmente la force de frappe médiatique des partis puisque les 6 mois qui précèdent sont donc libres de toute déclaration. ;)