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  • Après Nice, la promesse intenable - Page 1 | Mediapart

    Mais quelque chose étonne dans le discours public, notamment de la part des grands élus de l’opposition. À force de coller aux sentiments et aux ressentiments des anonymes qui s’expriment dans la rue ou sur les réseaux sociaux, de surfer sur les peurs et les fureurs, et même de souffler sur les braises, ne prennent-ils pas le risque de ruiner l’autorité politique qu’ils aspirent à exercer ?

    Henri Guaino dégage-t-il une impression de sagesse lorsqu’il invite à armer de lance-roquettes les militaires chargés d’assurer la sécurité des rues ? Christian Estrosi est-il crédible, quand il interpelle l’État en oubliant que les grands élus locaux ou régionaux ne sont pas des quidams ? Emportés par leur zèle, les chefs des diverses oppositions, au fil des temps et des alternances, se sont souvent aventurés sur des chemins intenables, qui les ont ridiculisés dès qu’ils sont passés du ministère du verbe aux allées du pouvoir. [...]

    À ce titre, et au-delà des dérapages des uns ou des autres, une rhétorique est en train de devenir dominante. Elle parle, comme l’a fait Nicolas Sarkozy à la sortie d’une cérémonie religieuse, de « dire les choses » pour être cru. De les nommer. De lever les tabous. D’oser mener la guerre, puisqu’on nous la déclare.

    Le problème, c’est que ce discours martial (« Aux armes citoyens, formez vos bataillons, marchons, marchons, qu’un sang impur abreuve nos sillons ») est justifié par une autre exigence. La promesse de sécurité et de tranquillité. À entendre ces proclamations, il faut oser la guerre pour se mettre à l’abri ! On entre là dans un concept qui date de la première guerre du Golfe. On a dégainé à cette époque l’idée d’une guerre technologique où ne mourraient que les ennemis, et encore… La guerre propre. La fameuse guerre à zéro mort.

    On a vérifié depuis cette époque, et de façon souvent affreuse, que ce concept de guerre à zéro mort était une escroquerie. Le plus grand bobard des quarante dernières années. On meurt toujours à la guerre, qu’elle soit symétrique ou pas. Partir en guerre c’est décider, à tort ou à raison, qu’un intérêt collectif supérieur surpasse le droit individuel de vivre, et qu’il peut être utile, au nom du bien public, que des gens trouvent la mort. Si la guerre dont on parle est une nécessité, elle fera d’autres victimes, quelles que soient les précautions.

    S’avancer devant l’opinion en promettant que personne ne mourra, parce qu’on prendra de fantastiques mesures de protection, et soutenir dans le même mouvement qu’il faut déclarer la guerre et l’assumer, est un mensonge intenable. Soit on se planque pour survivre, soit on se bat quitte à mourir, mais pas les deux à la fois. Alors qu’ils s’apprêtent à revenir au pouvoir en réclamant qu’on « dise les choses », les candidats à la primaire de droite feraient bien de ne pas les escamoter.

    July 17, 2016 at 12:00:44 PM UTC - permalink - https://www.mediapart.fr/journal/france/160716/apres-nice-la-promesse-intenable
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