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  • Un ami du Kremlin met un pied dans la porte du ”Monde”

    Le Tchèque Kretinsky est très russe-compatible. Alerte dans les services !

    En France, Daniel Kretinsky n’a qu’un problème : la prononciation de son nom, que ses partisans s’évertuent à rectifier en disant : « Schrétinsky ». Pour le reste, tout baigne pour le jeune milliardaire tchèque, qui enfonce à coups de millions des portes que lui ouvrent volontiers les derniers patrons de la presse française. Après Yves de Chaisemartin, qui a cédé l’hebdo « Marianne » pour 6,5 millions d’euros, après Lagardère, qui largue ses revues (« Elle », « Télé 7 Jours », etc.) et pourrait ajouter Virgin Radio à la liste, c’est au tour du banquier Matthieu Pigasse d’avouer qu’il commerce avec l’ami « Schrétinsky » et lui cède des parts dans « Le Monde ». Le « quotidien de référence », rien que ça…

    Cette annonce, la semaine dernière, a assommé la rédaction et même le patron du directoire, Louis Dreyfus, qui ignorait ce qui se tramait. Les négociations entre Paris et Prague avaient pourtant commencé avant l’été…

    C'est ce qui arrive quand une société commerciale n'appartient pas à ceux et celles qui font, mais à des personnes distinctes, à des financiers, qui n'ont que faire de l'avenir de la structure.


    Tout doit disparaître

    Dès le mois de juin, Xavier Niel, l’autre cogérant du « Monde », apprend que son acolyte Pigasse veut liquider sa participation dans le quotidien (un tiers de la holding Le Monde libre). Motif : il a besoin d’argent frais pour solder ses dettes. Un emprunt bancaire (environ 30 millions), tout d’abord, contracté en 2010 pour le rachat du « Monde » et que lui garantit… Niel. Une seconde dette, ensuite, qui lui a servi à reprendre avec le même Niel la part de Pierre Bergé : ce dernier, malade, avait consenti à ses potes une ristourne de 10 millions et un échelonnement du paiement sur cinq ou six ans. Mais Bergé est décédé il y a un an…

    Cet été, Pigasse explique soudain à ses partenaires que tout est réglé et qu’il a trouvé un bel acheteur. Fin juillet, il lève le voile sur son identité : Daniel Kretinsky ! A ce moment-là, Pigasse est prêt à vendre la totalité de ses actions du « Monde » à l’homme d’affaires tchèque. Il en veut 100 millions d’euros (« Libé », 23/10).

    Problème : sur le papier, Kretinsky deviendrait alors cogérant du journal. Si Pigasse ne garde pas au moins une action, une sévère menace plane même sur l’avenir de la commandite du « Monde ». Ce système de contrôle où les associés sont seuls maîtres à bord avait été imposé pour verrouiller le pouvoir du duo Niel-Pigasse (Bergé n’avait pas voulu faire partie de cette commandite). Le scénario d’un Kretinsky copropriétaire fait s’étrangler Niel. Tollé garanti dans la presse ! Au mois d’août, Pigasse recule. Il envisage de ne céder que 49 %, de ses parts, au maximum, à Kretinsky. Un mois plus tard, ce projet de participation minoritaire rassure, pour un temps, un « honorable correspondant » de la France à Prague, qui se fait confirmer la nouvelle par le premier cercle politique du milliardaire. Mais personne n’en doute : dans un second temps, le quadragénaire tchèque va vouloir tout racheter à Pigasse et s’asseoir à sa place.

    Ça sent le gaz

    Depuis qu’il a débarqué, il y a huit mois, le Tchèque pressé est dans les radars des services français. Importateur majeur de gaz russe en Europe avec son groupe EPH, Kretinsky grenouille en effet dans la zone d’influence de Moscou. Or l’offensive médiatique et politique pour étendre ladite zone dans toute l’Europe n’a échappé à personne. Ce n’est pas écrit sur son CV, mais Kretinsky est proche du jeune ministre de l’Economie russe, Maxime Orechkine.

    Les deux hommes partagent même une passion désintéressée bien de chez nous : la Société générale. Orechkine a travaillé pendant sept ans (2006-2013) pour la filiale de la banque française en Russie, la Rosbank ; Kretinsky, lui, fait régulièrement appel au satellite de la Société Générale en Tchéquie, Komercni Banka, pour ses investissements. Quant à ses liens avec un autre jeune richissime tchèque, Petr Kellner, très implanté dans les milieux d’affaires russes, ils soulèvent d’autres saines interrogations…

    Politiquement, les premiers signes donnés par le futur actionnaire du « Monde », autoproclamé « proeuropéen », font rêver. A peine « Marianne » payé, il a installé à sa tête la réac souverainiste Natacha Polony. On peut trouver plus procuropéen… Kretinsky rachèterait aussi volontiers une gazette politique très fraîche, « Valeurs actuelles », mais l’hebdomadaire n’est pas à vendre. « Il s’est renseigné dessus. Il est bien droitier, c’est sûr », se marre un patron de presse qui l’a rencontré plusieurs fois. Lequel conclut : « Il adore aussi les tabloïds et veut savoir s’il est possible d’en lancer en France. »

    Voilà qui ne devrait pas calmer les journalistes du « Monde », qui rencontrent ce jeudi Niel et Pigasse. Ce sera surtout pour les deux hommes l’occasion de se croiser… Ils ne se parlent plus.

    Besoin d’un traducteur tchèque, peut-être ?

    Dans le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.

    November 4, 2018 at 12:56:01 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?TY5lWQ
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