Le Qatar semble faire pression pour limiter la diffusion d'un reportage sur les financements qataris de mosquées europénnes éventuellement destinées aux Frères musulmans (islam radical, port du voile obligatoire, conflits ouverts avec des États laïcs arabes, etc.).
Programmé sur Arte en première partie de soirée le 24 septembre, le documentaire « Qatar, guerre d’influence sur l’islam d’Europe », dû au tandem de journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, montre comment la fondation Qatar Charity, dirigée par un cousin de l’émir, finance en sous-main la construction de dizaines de mosquées de prestige à travers l’Europe. Dont une à 25 millions d’euros, qui pourra rassembler 1 500 fidèles, à Mulhouse. Ou une autre, tout aussi vaste et design, à Poitiers, dont le petit nom est « Pavé des martyrs », du nom donné en arabe à la bataille perdue face à Charles Martel en 732…
Le faux nez des vrais Frères
Le Qatar servirait-il de bras financier aux Frères musulmans cherchant à s’implanter en Europe ? Les imams ou recteurs des mosquées en question commencent toujours, face caméra, par nier ou minimiser le financement qatari, avant de le reconnaître, confrontés aux factures. Et de lâcher : « Nous, les musulmans, nous sommes tous frères ! » Ce doc, qui donne la parole aux officiels qataris, rappelle aussi le rôle joué par le prédicateur égyptien Al— Qardaoui, réfugié à Doha et très proche de la famille régnante, dont les talk-shows sur Al-Jazira à destination des pays arabes répandent la bonne parole sur tout sujet, y compris le « châtiment » divin appliqué par Hitler aux Juifs…
Les autorités qataries se montrent vivement préoccupées par ce documentaire, déjà diffusé en Suisse et en Belgique. Le 25 août, l’ancienne policière Sihem Souid, devenue la communicante officielle du Qatar en France, envoie un mail à Fabrice Puchault, responsable des documentaires d’Arte. Glosant sur la « malhonnêteté » des journalistes, elle met clairement en garde contre ce film nocif : « Sa diffusion ferait de fait participer la chaîne Arte aux déstabilisations du Qatar orchestrées par les Emiratis et, par là même, porterait atteinte à la crédibilité de la chaîne. » Un plaidoyer en termes déjà quasi juridiques et un rien menaçants, auquel Arte n’a pas donné suite.
Quant à la chaîne Al-Jazira, appartenant à l’émir du Qatar, elle cherche avec insistance à acquérir les droits de diffusion internationaux du documentaire. Sûrement pour mieux en faire la promo !
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.