Et ceux qui ne recourent pas à l’argument “barrage” nous sortent l’argumentaire “positionnement rationnel versus entêtement éthique”. Et avec quelle mépris !
Mais Dieu que c’est pénible que de se faire rabâcher cette série d’arguments déjà éculés à l’époque du “There Is No Alternative” de Margaret Tatcher. Dieu que c’est pénible quand les néolibéraux partent du principe que tous les radicaux de gauche sont des crétins inculturés.
Tu crois vraiment qu’on est pas capables de comprendre tes arguments économiques ? Tu veux un secret ? On les comprend très bien, et c’est bien pour ça qu’on n’y croit pas. On pense que l’économie est forcément politique et idéologique et que prétendre le contraire EST une idéologie. Et qu’en plus, même si on s’en tient à la pure étude systémique, le néolibéralisme ne tient pas la route, et conduit tout droit à l’effondrement. Et breaking news : on est pas les seuls à penser ça.
[…]
La raison de notre réticence se trouve ailleurs que dans l’endoctrinement ou un supposé culte de la personnalité : la raison qui fait que nous avons du mal à imaginer voter pour autre chose que FI, c’est qu’à l’inverse de beaucoup de français, nous ne nous réveillons pas une fois tous les 5 ans. Nos votes sont liés à de longues réflexions et à des choix de vie existentiels (fun fact : c’est un de nos seuls points communs avec les militants cathos-réacs de Fillon).
Toute l’année, nous lisons des livres, des programmes, nous discutons : la politique est pour nous un enjeu de tous les jours.
Nous sommes des gens engagés au quotidien. Dans nos métiers. > Dans nos bénévolats.
Nous nous confrontons de près aux conséquences de la misère.
Nous sommes dans la rue sur nos jours de congés.
Nous sommes citoyens de la cité.C’est pour cela que les Insoumis l’ont mauvaise aujourd’hui : parce que le vote des gens politiquement engagés pour les autres n’a pas fait le poids face à ceux dont nous avons l’impression qu’ils vivent dans une bulle de consommation, qu’ils ont cédé à la peur du FN et au matraquage médiatique.
Ça fait mal quand tu votes avec tes tripes et que ton bulletin a le même poids que celui de ta tante qui s’est décidée le jour du vote pour un candidat parce qu’il est “beau”, ou “jeune”, “souriant” ou soi-disant “réaliste”. (Oui, je caricature : il y a surement des gens qui votent Macron par conviction, et des gens qui votent FI par inculture : je parle d’une tendance observée par beaucoup parmi nos proches.)
Alors bien sur, on va nous accuser de condescendance. Mais en vrai, si on choisit de penser ça, c’est qu’on veut encore croire à la bonté humaine ! Parce que si les électeurs de Macron n’ont pas voté pour lui par peur ou manque de compréhension, ça signifie qu’ils l’ont fait par cynisme, indifférence aux malheurs des plus démunis, de la planète et de leurs propres enfants. …et beaucoup d’entre nous préférons nous dire que les gens sont cons ou désillusionnés que méchants et égoïstes.
On va donc se taper les choix politiques de personnes pas vraiment impliquées dans la politique, ou qui ont voté pour leurs propres intérêts au détriment des personnes précaires : l’intelligence collective n’a pas fait le poids face à l’inculture, à l’individualisme et au marketing. Et nous allons payer ça pendant au minimum 5 ans. Avec les grecs, les espagnols, et tous les malheureux que le système économique défendu par Macron réduit à la misère. A commencer par les jeunes.
[…] Depuis 12 ans que je suis dans la vie active, j’ai accumulé les jobs, et partout, j’ai craqué. Parce qu’aucun n’avait d’éthique, de cohérence, de sens. Que j’ai pas la foi de me lever à 6h du mat’ pour aller taffer 7 à 10h pour payer un bateau à mon patron et des impôts permettant de rembourser une dette illégitime. Que j’ai envie d’être heureuse en me levant le matin et pas de me dire que je vais accumuler des chiffres sur du papier pendant que le monde s’écroule autour de moi, que les glaces fondent, que les ressources disparaissent, que des enfants crèvent la dalle alors qu’on a dix fois de quoi les nourrir. Que je suis trop intelligente pour avoir envie de jouer le jeu des sourires ringards des patrons de start-up. Qu’au bout de trois mois de chaque nouveau job sans sens je sens pointer le bout du nez de la dépression.
[…] j’ai cédé aux sirènes de l’auto-entreprise et du télétravail. Pour vous la faire courte, j’ai rapidement constaté que mon principal “client” était en réalité mon patron : comme dans toutes les entreprises qui ressemblent à Uber, il me demandait d’atteindre des quotas sans rien me garantir en échange, fixait unilatéralement les tarifs des services (“tu as le droit de refuser, mais si tu ne joues pas le jeu du marché compétitif, on ne pourra pas continuer à travailler avec toi”), changeait tous les mois ses systèmes délirants de rémunérations et de bonus.
[…]
Le tout avec le sourire, un patron qui t’interdit de le considérer comme un patron, tutoie de force ses employés (pardon, ses “collaborateurs”), t’appelle sans scrupules pendant le soir ou le week-end pour boucler une commande, te matraque la gueule à coup de “team building” pour dégénérés, et fout à la poubelle le souvenir d’un droit du travail reposant sur des contrats négociés et consentis. Et évidemment, tu ne peux pas faire recours à un syndicat ou te réunir avec tes collègues pour te plaindre du patron, puisque ce n’est pas ton patron : c’est ton ami.
Macron ne peut pas me vendre du rêve : JE SUIS entrepreneur. JE LA CONNAIS, l’arnaque. JE SUIS DEDANS, dans son marché libre et déréglementé du droit du travail. Et tu sais quoi ? C’est un putain de cauchemar.
Beaucoup des militants de FI sont des jeunes qui, comme moi, connaissent la réalité du monde dérégulé et compétitif. On a passé une bonne part de nos vies en start-up à voir des managers “bienveillants” piétiner nos dignités de travailleurs, et à leur sourire en ayant intérieurement envie de leur exploser la tronche. Macron est l’un d’entre eux. Il sont de la même famille : on le reconnait. On connait par coeur ses ficelles, ses discours, ses sourires, son dynamisme. Macron, le manager, est ton ami : l’ami qui va sourire pour mieux te réduire en esclavage, l’ami qui se fait de la thune sur ton dos en transformant ta vie en enfer.
Vous dites vouloir voter contre la haine de l’autre, mais le projet de société de Macron repose tout autant sur la haine, le mépris et la diabolisation que celui de MLP : la principale différence c’est que l’avilissement se focalise moins sur la couleur de peau que sur le statut social. […] Mais tu sais ce qu’il veut faire Macron ? Renforcer le flicage des pauvres. Pour les humilier toujours davantage.
[…]
J’ai la rage. Parce que je veux qu’on arrête de m’humilier pour vouloir donner à ma vie un autre sens que celui de devenir entrepreneur et de gagner du fric. J’ai la rage parce que ma soeur, qui a bac+4, s’occupe de personnes handicapées 20 heures par semaine par tranche de 2 à 4h réparties aléatoirement sur les 7 jours de la semaine, et touche pour cela 800 euros pour vivre seule avec son fils,
[…]
Comme si la précarité ne suffisait pas à cet atroce tableau, en avril, moi qui n’ai jamais frappé personne ou cassé quoi que ce soit, je me suis fait gazer pour le simple fait de vouloir oser exprimer mon désaccord à une trahison politique.
Et moins d’un mois plus tard, je me suis fait défoncer par les flics parce que j’ai voulu m’assurer que les droits de l’homme de mes voisins étaient respectés, alors que des camions venaient les emmener dans des camps. A ce stade là, la seule chose que j’aurais voulu donner au PS, c’est un pavé dans la tronche. …Et toi tu me dis d’aller voter pour leur fils ?
Il faut voter pour dire NON au FN.
Ok.
Mais je fais quoi, moi ? Parce que ce que je veux dire à Macron, c’est NON, NON ET NON ET VA TE FAIRE FOUTRE.
Parce que, et je te jure qu’on touche ici à du principe fondamental pour moi : quitte à te prendre des coups dans la tronche, la seule dignité qu’il te reste, c’est de ne pas dire que t’es d’accord.Du coup je fais comment avec mon bulletin de vote pour faire barrage à la peste ET au choléra ?
Evidemment que nous savons que Macron n’est pas la même chose que Le Pen. Mais comme elle, et plus qu’elle, il est néolibéral, et il milite en faveur de l’inégalité des richesses. […]
Beaucoup de nous voyons les néolibéraux comme des assassins. Des assassins avec le sourire, propres sur eux, et bien protégés des atroces conséquences de leurs actes.
Le racisme est hideux, certes, mais il est souvent identifiable, quand les dégâts du néolibéralisme sont rampants et insidieux : moins directement visibles mais pas moins mortifères. Ça fait des décennies que la même question nous hante : comment se battre contre quelque chose qui s’infiltre partout à tel point qu’il devient une norme implicite qui ne scandalise même plus les gens ?
Politiquement, la faiblesse de l’argument du moindre mal a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal. — Hannah Arendt
J’ai décidé de voter nul. Et ça, ça ouvre tout un champ des possibles de ce que je vais glisser dans l’enveloppe :)
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C’est eux qui sont ridicules et à côté de la plaque quand ils nous parlent de statistiques et de taux de croissance face à des gens qui crèvent la dalle et à une planète qui meurt. Entre haine et vision chiffrée du monde, on ne nous propose que des solutions morbides. Je choisis la créativité comme pulsion de vie.