Bonne analyse politique (au sens noble), à lire. Le reste (vision de l'Europe, refonte d'IP, le mythe de "pas de sécurité au début du net car on était entre hippies", contrôle total des USA sur Internet) est à jeter, comme d'habitude avec grand-papa Louis.
« Louis Pouzin [...] cet ingénieur français, polytechnicien, est à l'origine, dans les années 1970, du premier réseau -appelé "Cyclades"- permettant de communiquer des informations sous la forme de paquets. L'octogénaire travaille toujours à la refonte de la Toile.
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Les Etats-Unis ont été pris d'une paranoïa sécuritaire après les événements du 11-Septembre, suscitant l'émergence d'une industrialisation de la surveillance de masse sous l'ère de George W. Bush. Barack Obama n'a fait que légaliser, a posteriori, ce qu'a mis sur pied son prédécesseur sans l'intervention des juges. Tous les services de renseignement de chaque pays échangent des informations depuis bien longtemps. Ils peuvent aussi en garder certaines pour eux, ou encore en transmettre des fausses.
Ce sont de vieux procédés dont l'origine remonte à la Seconde Guerre mondiale. Mais cela finit par être aberrant dès lors que les enregistrements deviennent systématiques et massifs, prélude à une société totalitaire. Quand un gouvernement est capable de tout savoir, plus personne n'ose rien dire. Déjà, au sein même de l'agence de sécurité américaine, la NSA, des personnes utilisaient ce pouvoir pour surveiller leurs conjoints, leurs amis, leurs enfants, leurs collègues.
L'étape suivante consiste à faire commerce de ces informations. Bien évidemment, les dirigeants vont renforcer les contrôles pour éviter ce genre de dérive, mais, dès que 2 000 à 5 000 personnes ont accès à ces éléments, les fuites se multiplient et il devient compliqué de tout maîtriser. A la fin, tout le monde a peur de tout le monde, et la légitimité des gouvernants s'effondre. Car les élus sont potentiellement menacés. On le sait bien, tout politicien a des choses répréhensibles à cacher, et chacun d'eux devra obéir à des consignes, sous peine de voir ces informations déplaisantes divulguées au grand public. En suivant cette logique implacable, on aboutit à la fin de la démocratie et à la naissance de la Stasi.
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La NSA sait aussi ce qui se passe en France et peut échanger avec les autorités hexagonales les informations collectées. Pour rester dans la légalité, les services de renseignement n'écoutent pas la population de leur pays. Afin de contourner ce problème, ils s'échangent les données amassées par des services étrangers sur leurs propres sols. La France y participe. Bien entendu, elle ne peut aller aussi loin que la NSA, car elle ne dispose pas des mêmes ressources financières.
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Que ce soit les carnages survenus aux Etats- Unis ou la tuerie de Charlie Hebdo en France, dans tous les cas les services de renseignement disposaient des éléments nécessaires pour agir. Les personnes étaient déjà sous surveillance et cela n'a rien empêché du tout. Les suspects se comptent par milliers dans un pays, il est donc impossible de tous les suivre à la trace, et un minimum d'entre eux finit par passer au travers des mailles du filet. Ensuite, les actes de ces "martyrs" sont médiatisés pour inciter d'autres à en faire autant.
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Pour éviter les dérives, il faut limiter la surveillance aux domaines strictement nécessaires. Le téléphone a toujours été mis sur écoute, le courrier ouvert, mais, chaque fois, sous l'autorité d'un juge, dans des conditions définies et bien précises. Sans cette digue, tous les abus sont permis.
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Dans ce cadre aussi, le juge disparaît alors même qu'il pose des limites et que ses décisions sont connues de tous, soumises au jugement des citoyens. Bloquer la diffusion de contenus est donc un leurre. Nul ne peut empêcher la circulation de clefs USB chargées de vidéos.
On peut limiter la propagation d'informations gênantes, restreindre leur volume, punir les contrevenants, mais il est impossible de bannir totalement leur diffusion. Les moyens existants sont bien trop puissants. Toute cette gesticulation politique ne vise qu'à rassurer le peuple. Si on protège les écoles, les synagogues, c'est pour cette même raison, mais les policiers en faction ne peuvent rien empêcher.
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Les régimes démocratiques veulent surveiller Internet pour des questions de sécurité et les dictatures pour maîtriser leur peuple. Cette tentation totalitaire est-elle inéluctable?
Au bout du compte, il s'agit toujours de contrôler la population. Seul le langage politique change. En Chine ou dans nombre de pays arabes, certains interdits peuvent être acceptés par la population, car elle a été intoxiquée par un discours politique ou religieux. Dans le cas des démocraties, on cherchera davantage à mettre en avant la violation de règles ou la mise en évidence de liens avec des organisations sulfureuses pour rendre un internaute suspect.
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L'état de développement des technologies permet d'aller très loin et l'escalade dans la surveillance entre les pays existe, comme ce fut le cas dans la course aux armements. Il y a toujours une période durant laquelle une nation possède une avance technologique, avant que les autres ne la rattrapent. Si on veut en limiter l'impact, les citoyens doivent rendre leurs communications illisibles aux agences de renseignements grâce au chiffrement.
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C'est un système de colonisation bien connu depuis le XVIIIe siècle : on utilise les ressources du pays occupé pour les lui revendre après traitement.
Les acteurs de cette colonisation, ce sont Google, Facebook, Microsoft, Apple?
Absolument. Il s'agit d'une colonisation informationnelle. Aujour d'hui, la richesse ne provient plus de l'industrie textile, des machines- outils ou même de l'exploitation du pétrole, mais bien de l'information, un domaine dans lequel ces acteurs détiennent un avantage déterminant. »
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