Tiens, revoilà la farce du comité d’éthique de Canal Plus ! La semaine dernière, la chaîne cryptée a publié la liste des quatre membres composant ce machin « chargé de garantir l’indépendance éditoriale et celle de l’information », comme ne craint pas de le clamer Vincent Bolloré.
Le moment est bien choisi : Canal est en train de virer une salariée qui, par erreur, a diffusé sur Canal Afrique un reportage critiquant Faure Gnassingbé, le monarque du Togo — un grand ami de Bolloré. Les ténors de son vertueux comité vont sûrement mettre un terme à ces aimables pratiques.
Le premier n’est autre que Laurent Le Mesle. Ex-conseiller de Chirac à l’Elysée, ex-procureur général de Paris, Le Mesle officie comme premier avocat général a la Cour de cassation. il va bientôt se retrouver dans une position très éthique. Ladite Cour statuant, à l’occasion, sur les procès que Bolloré intente aux journalistes qui n’ont pas… la même approche de l’éthique que lui.
Mitraillage judicialre
Depuis 2013, le milliardaire a attaqué 19 médias en diffamation, pour dénigrement ou pour préjudice commercial. Radios (France Inter, France Culture, France Info), télévisions (France 2), journaux (« L’Obs »), sites internet (Bastamag, Mediapart, Rue89)… Le groupe Bolloré fait feu de tout bois, réclamant parfois des millions d’euros (il en demande 50 à France 2 !) pour des reportages sur ses affaires africaines, les plus juteuses et les plus secrètes.
Onze procédures en cours ont des chances d’arriver un jour devant la Cour de cass, et la première dès 2918 : un pourvoi introduit par Bolloré dans son procès contre Bastamag — pour un papier sur l’accaparement des terres en Afrique —, que le malheureux industriel a perdu, le 12 février dernier…
Les experts à Saint-Trop'
Par pudeur, sans doute, le communiqué annonçant la nommination de Le Mesle au sein du comité de Canal (une maison où son épouse a officié jusqu’en 2014) le présente comme « un ancien premier avocat général à la Cour de cassation », alors qu’il ne prendra sa retraite qu’en février 2019. Précision du magistrat au « Canard » : « Je suis arrivé par Vincent Bolloré (…) C'est gratuit, je ne suis pas remunéré. Si un dossier le concernant vient devant la chambre commerciale de la Cour où je suis, je me déporterai. » impressionnant.
Quant aux autres membres du comité, le deuxième s’appelle Brice Charles, rapporteur au tribunal administratif de Paris — ça ne peut pas nuire. il y a aussi Sabine Bourgey, spécialiste en numismatique, ex-antiquaire, qui fait ainsi étalage de ses qualités d’experte : « J’aime la télé et beaucoup les séries américaines. » La dernière est Jacqueline Franjou. Jadis conseillère de DSK à l’industrie, elle dirige le Women's Forum de Publicis et préside le Festival de Ramatuelle, à deux pas de ia villa tropézienne de Bolloré.
Chez Canal, l’éthique sera chic !
Roh, mais non, c'est juste un comité éthique qui a le bras long afin de servir aux mieux les intérêts industriels du patron, rien de plus.
Dans le Canard enchaîné du 13 décembre 2017.