À lire absolumment : sanction des intermédiaires au lieu des délinquants, inégalité devant la loi, couplage fort mais absurde entre FAI et FSI récursif DNS, ... Tout ça tout bien expliqué.
Mon conseil sera de garder la tête froide et de ne pas s'emballer en mettant en place à tout va et à la va-vite des récursifs DNS ouverts. Quand c'est mal conçu/mis en place, le résultat est catastrophique et fait très mal (DDoS, nuissances sur autrui, surfacturation, ...), pas tant pour la personne qui mettra en place ce service, mais surtout pour les victimes qui seront attaquées via ces récursifs DNS ouverts (attaques par réflexion+amplification). TL;DR : ouvrir des récursifs DNS ouverts = un gros oui mais pas n'importe comment et pas dans la précipitation, c'est un projet qui se réfléchit et se construit sur des bases saines ! À ce sujet, lire :
http://www.guiguishow.info/2014/08/23/comment-mettre-en-place-un-serveur-dns-recursif-cache-ouvert-dans-de-bonnes-conditions/
« Le sujet du jour c'est que quand les ayants droit veulent faire interdire une activité illégale, ils font un procès... à quelqu'un d'autre. Ce n'est pas que les ayants droit soient fous, c'est que nous vivons au temps de la justice de père Ubu. En effet, ce que veulent obtenir les ayants droit, c'est que les fournisseurs d'accès empêchent l'accès au site de The Pirate Bay. Or pour forcer les FAIs à faire quelque chose, il faut les condamner. Pour les condamner, il faut qu'ils soient délinquants.
L'affaire qui nous intéresse oppose donc, d'une part, des gens qui défendent leurs droits patrimoniaux sur des œuvres, et d'autre part des gens qui ne sont pas les délinquants, mais qui vont quand même être condamnés. De manière particulièrement amusante, ils seront payés pour mettre en œuvre la décision de justice. Ils sont donc condamnés à se faire payer par les ayants droit pour mettre en œuvre une décision de justice.
Mais, et le délinquant alors ? Fastoche. Il n'est pas concerné. Pas cité dans la procédure. Pas invité à se défendre. On a donc d'une part, des ayants droit qui exposent leurs griefs. D'autre part des FAIs qui sont transformés par la force de la justice en exécuteurs des sentences. Et personne pour représenter les intérêts de l'accusé/condamné, puisqu'il n'est même pas cité au procès. Père Ubu inventerait la justice qu'il ne ferait pas mieux. Ou pire, c'est selon.
Cette approche du droit pose des questions, en dehors du fait qu'elle est ridicule. Par exemple, le site The Pirate Bay n'est pas condamné. Il n'y a pas de décision d'un tribunal en France disant que son activité est illégale et qu'il doit fermer. Du coup, pour un FAI qui n'est pas condamné à le filtrer, il serait totalement illégal de le faire (atteinte au secret des correspondances privées, atteinte au droit d'accès à l'information, atteinte aux obligations définies par le code des postes et communications électroniques).
On a donc cette situation ubuesque où celui qui est annoncé comme le méchant n'est pas condamné, où ceux qui sont condamnés sont en fait les exécuteurs de la décision de justice, et où les autres FAIs ont l'obligation de continuer à permettre l'accès au site. Et bien entendu, celui qu'on annonce dans toute la presse comme délinquant, et dont on essaye d'empêcher l'activité, n'a pas pu se défendre.
[...]
Cette approche expose un problème de fond. Tous ces braves gens, FAIs, justice, ministres et ministères, moines copistes de DVDs, disent qu'ils font filtrer par les opérateurs du réseau, alors qu'ils font filtrer par le fournisseur de service DNS. Ils sont en train, dans ces décisions de justice, de graver l'idée que le résolveur DNS utilisé par l'internaute est, forcément, toujours, celui de son FAI. Que le service de résolution DNS est une composante totalement centrale du réseau. Ce qui est parfaitement faux.
Ce couplage fort entre l'opérateur du réseau et le fournisseur de DNS est exactement aussi faux que celui entre l'opérateur et le fournisseur de mail. Il y a 15 ans, les mêmes pensaient qu'il était de toute évidence, et de toute éternité, qu'un abonné de Club Internet a une adresse e-mail qui se termine en @club-internet.fr. Le fait de graver ce genre d'idioties dans des décisions de justice, dans des décrets, dans des lois, c'est suivre la pente savonneuse qui rendra illégal le fait d’utiliser un service de résolution DNS autre que celui fourni par son opérateur.
Ce serait en effet la conséquence logique. Pour faire fermer un site, au lieu de condamner le site, on condamne le FAI. Pour filtrer, il n'utilise pas son activité de FAI, mais une activité annexe de fourniture de service de résolution de nom. Pour rendre ce filtrage plus solide, il faudrait interdire à l'internaute d'utiliser un autre service que celui de son opérateur. Sur le principe, c'est contraire à toutes les directives européennes, car c'est rendre obligatoire un abus de position dominante, une entrave absolue à la concurrence.
Or choisir son service de résolution DNS, c'est choisir la façon dont on voit Internet. C'est choisir la racine du système de nommage qu'on utilise. Bien qu'étant sur le même Internet que tout le monde, quand on change de DNS, on voit le réseau différemment, et pour le moment on le fait par choix. Peu de gens utilisent cette faculté, mais elle existe. »