« MOTHERBOARD : Salut Peter, je comptais te demander si tu allais bien, mais tu m’as clairement fait comprendre que ce n’était pas le cas.
Peter Sunde : Non, je ne vois rien de bon arriver. Les gens se satisfont de trop peu.
Prenons la loi sur la neutralité du Net en Europe. Elle est terrible, mais les gens s’en contentent et disent que « ça pourrait être pire. » Ce n’est pas du tout la bonne attitude. Facebook apporte l’Internet en Afrique et dans les pays pauvres, mais ils n’offrent qu’un accès limité à leurs propres services et font de l’argent sur le dos des plus pauvres. Et les gouvernements leur fournissent des aides, parce que leur communication est rodée.
La Finlande a inscrit l’accès à Internet parmi les droits de l’homme il y a quelque temps. C’était une bonne décision. Mais c’est à peu près la seule chose positive que j’aie vue où que ce soit dans le monde concernant Internet ces derniers temps.
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En réalité, il n’y a pas d’Internet libre. Cela fait déjà longtemps qu’il ne l’est plus. Donc on ne peut pas vraiment en parler, puisqu’il n’existe plus. Le problème, c’est que personne ne résiste vraiment. Nous perdons nos droits et nos privilèges en permanence. Et on ne progresse nulle part. Tout va dans le même sens : un Internet plus fermé et plus contrôlé. Cela a un impact important sur notre société. Car aujourd’hui, l’Internet et la société se confondent. Si l’Internet est plus répressif, la société l’est aussi. C’est donc un sujet majeur.
Et pourtant, on continue à voir l’Internet comme une sorte de nouveau Far West, et comme tout n’est pas encore fermé, on ferme les yeux en se disant que tout va bien se passer. Mais ce n’est pas le cas. On n’a jamais vu une telle centralisation, de telles inégalités, et un capitalisme aussi débridé dans quelque système que ce soit auparavant. Sauf que si l’on écoute le discours de Mark Zuckerbeg ou de Google, tout cela est fait pour rendre l’Internet plus libre, faire progresser la démocratie, etc. Alors que ce sont des monopoles, les plus capitalistes qui soient. Ça revient à faire confiance à l’ennemi pour faire le bien. C’est très bizarre.
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Si quelqu’un te dit : « Désormais, tu ne pourras plus utiliser telle ou telle fonction de Skype », tu n’as pas l’impression qu’on s’attaque à toi personnellement. Comme c’est quelque chose de virtuel, c’est plus abstrait. On ne voit pas ceux qui nous espionnent, on ne voit pas ce qui est censuré, on ne voit pas ce qui est retiré des résultats de recherche sur Google. C’est ça, le plus gros problème. Comme on ne voit pas ce qui cloche, il est difficile de mobiliser les gens.
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J’ai abandonné l’idée que l’on pouvait gagner cette bataille pour l’Internet.
La situation n’évoluera pas, puisque visiblement personne n’a envie de faire changer les choses. On n’arrive pas à motiver les gens. C’est peut-être un peu pessimiste, mais c’est comme ça, alors à quoi bon lutter ?
En quelque sorte, on est devenus comme le Chevalier Noir de Sacrée Graal, de Monty Python. Il nous reste à peine la moitié de notre tête, mais on continue à se battre en croyant qu’on a une chance de gagner.
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À mon avis, pour gagner la guerre, il faut d’abord comprendre ce qu’est son enjeu majeur et contre qui nous nous battons. Pour moi, c’est très clair : nous avons affaire à une idéologie qui se caractérise par un capitalisme extrême, des lobbies très puissants et un pouvoir totalement centralisé. L’Internet n’est que l’une des pièces de ce puzzle.
Le problème du militantisme, c’est qu’il faut susciter un certain élan, attirer l’attention du public, ce genre de choses. On a été très mauvais sur ce plan-là. On a donc réussi à faire échouer le traité ACTA, mais il est immédiatement réapparu sous un autre nom. Et à ce moment-là, on avait déjà épuisé toutes nos ressources et l’attention du public s’était relâchée.
Pour moi, nous devons nous concentrer sur le monde réel, car l’Internet copie le monde réel. Nous y recréons un mode de fonctionnement capitaliste. L’Internet attise donc le feu du capitalisme, tout en faisant semblant de vouloir connecter le monde entier. Mais son programme est clairement capitaliste.
Regardez les plus grandes entreprises du monde. Elles sont toutes basées sur l’Internet. Elles vendent quoi ? Rien. Facebook n’a aucun produit. Airbnb, la plus grande chaîne d’hôtels du monde, ne possède aucun hôtel. Uber, la première compagnie de taxis du monde, ne possède pas le moindre taxi.
Il n’y a jamais eu aussi peu d’employés au sein de ces entreprises, alors que leurs profits n’ont jamais été aussi importants. Apple et Google dépassent de loin les compagnies pétrolières. Minecraft a été vendu pour 2,6 milliards de dollars, WhatsApp pour 19 milliards. Ce sont des montants colossaux, pour ne rien acheter de concret au final. C’est pour ça qu’Internet et le capitalisme vont aussi bien ensemble.
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Notre monde ne pense plus qu’à l’argent. C’est ça, notre plus gros problème. C’est pour ça que rien ne fonctionne correctement. C’est ce que nous devons changer. Il faut totalement revoir nos priorités.
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Je pense qu’il faut prendre conscience qu’Internet est parfaitement semblable à notre société. Les gens vont peut-être réaliser que ce n’est pas une bonne idée que toutes nos données et tous nos fichiers soient stockés sur les serveurs de Google, Facebook et d’autres entreprises. Toutes ces idées doivent être diffusées jusqu’au sommet de l’État, évidemment. Mais il faut arrêter de considérer Internet comme une entité à part, et se demander à quoi nous voulons que notre société ressemble. Il faut changer la société, avant de changer Internet. C’est la seule façon de faire. »
Il y a de bons morceaux mais aussi des énormités comme :
* Internet est, selon les phrases, soit le monde réel, soit un autre monde. Le deuxième point est une absurdité. Internet, c'est un réseau bien physique, bien concret avec les mêmes personnes que l'on croise dans les rues : y'a des gens exceptionnellement bien, des gros enfoirés, des pourritures, des dictateurs,...
* Le nawak habituel sur les pouvoirs fantasmés que l'on prête à l'ICANN, faut relativiser ;
* La contradiction sur, d'un côté les multinationales du web sans salariés qui constitue une victoire du capitalisme (ce qui est vrai : rien n'est produit par la société commerciale elle-même + effet de spéculation comme la bulle au début des années 2000) et de l'autre côté la robotisation sera une perte pour le capitalisme alors que non, ça donnera encore plus de pouvoirs aux personnes détenant les capitaux, ça augmentera les marges pour les capitalistes.
Via
https://twitter.com/Turblog/status/685006915454242817