À l'OL, les gamins disposent d'un contrat avec le club, pas les gamines. Le parquet de Lyon a débouté la plainte au motif que les règles de la fédé de foot n'imposent pas un contrat pour les femmes… D'où les dispositions réglementaires d'une fédé l'emportent sur la loi ?! C'est totalement contraire au principe de la hiérarchie du droit : un contrat / règlement de gré-à-gré, en bas de l'échelle, ne peut rogner des droits prévus par les textes supérieurs, comme la loi, les règlements européens et la Constitution.
À côté de ça, l'un des formateurs a été condamné pour les centaines de vidéos filmées sous les jupes des femmes. Un autre est mis en examen pour des avances sexuelles à des mineures. En 2013, Bernard Lacombe, l'un des dirigeants de l'OL avait répondu à une auditrice qu'il « ne discute pas avec les femmes de football (…) qu'elles s'occupent de leurs casseroles et ça ira beaucoup mieux. ».
Moins remarqué que l’éviction, lundi, de Sylvinho, l’entraîneur de l’Olympique Lyonnais (OL), une affaire de discrimination entre filles et garçons au sein du prestigieux centre, de formation agite le club de football !
A l’OL, les petits champions sont protégés par une convention — signée par leurs parents — leur garantissant trois ans de formation, d’éducation et de scolarité. Rien de tel, en revanche, pour les petites championnes. Un cas flagrant de « discrimination », estime Slim Ben Achour, l’avocat de « Myriam », jeune footeuse recrutée à 15 ans par l’OL, en juin 2017, et virée un an plus tard — une éviction contre laquelle ses parents protestent furieusement.
Slim Ben Achour, qui a mis au jour cette grosse anomalie à la formation, a exigé que l’OL lui fournisse les conventions des petits gars. Il n’est parvenu à les obtenir, à la fin de juillet, que par le biais du tribunal et a attaqué aussitôt pour que la discrimination soit constatée.
Carton rouge
Le 9 septembre, pourtant, une magistrate lyonnaise a débouté les plaignante. L’OL n’a fait, d’après elle, qu’appliquer « scrupuleusement les dispositions légales et réglementaires de la Fédération française de football et de la Ligue de football professionnel française », qui ne fixent pas d’« engagement contractuel à l’égard des jeunes filles », alors qu’elles « aménagent une convention de formation pour les jeunes garçons ». Il y aurait la ce qu’elle appelle « un vide juridique ». Ah bon ? Et la Constitution ? Consultés par « Le Canard », d’éminents juristes et magistrats se sont esclaffés devant « cette énormité ».
Quoi qu’il en soit, la plainte sera bientôt jugée devant un nouveau tribunal. Jolie pub pour l’OL, si fier des exploits de son équipe féminine, 6 fois vainqueur de la Ligue des Champions !
Cette histoire de discrimination en a révélé une autre plus glauque encore. Si Myriam, douée et pleine d’avenir en juin 2017, s’est retrouvée à la porte un an après son recrutement à cause de sa « lenteur et [de son] manque de technique », c’est, pensent ses parents et leur avocat, pour une autre raison. A savoir : la conséquence de deux affaires ayant sérieusement ébranlé le club en 2018. L’un des coachs du centre de formation a en effet été condamné pour les centaines de vidéos qu’il avait filmées sous les jupes des femmes. Un second, contraint à la démission par le club, a été mis en examen pour « propositions sexuelles à mineures de 15 ans ». Myriam a témoigné et déposé une plainte contre lui. Quelle belle ambiance sportive ! Et quel réconfort pour les parents qui confient leurs rejetons au club !
Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.