De la difficulté d’évoquer le féminisme…
« Le combat contre le sexisme n’est pas seulement juste et nécessaire, il est urgent.
Toutefois le féminisme, en tant que mouvement (multiforme), n’est pas exempt de défaut. Il y a mille manières de mal défendre une cause juste, et certain(e)s féministes font du mal à la cause, beaucoup de mal.
Mais ces personnes ne sont pas seulement incapables de s’en rendre compte, elles sont incapables d’accepter la simple idée qu’on puisse leur suggérer que leur méthode est mauvaise. Imaginez un peu que la critique vienne d’un être humain pourvu d’un chromosome Y et vous assistez à un craquage de slip en direct.
[...]
Je suis heureux qu’avec cet internaute nous ayons pu échanger nos points de vue sans verser dans l’ad hominem (encore que vous aurez sans doute noté ma catégorisation en tant qu’oppresseur qui a peut-être échappé à mon interlocuteur) [...]
En substance, qu’il existe chez certains militants une idée relativement indéboulonnable une fois qu’elle s’installe : que les opprimés ont plus de droit (voire de compétences) que les autres. Et on entend que les non-homos n’ont rien à dire sur la meilleure manière de lutter contre l’homophobie. Que les carnistes blancs cis-hétéro valides, éternels gagnants de la loterie sociale, doivent nécessairement être soupçonnés de vouloir pérenniser l’ordre établi, et autres jugements pareillement absurdes…
Je ne comprends la logique à l’œuvre quand on affirme (ou qu’on sous-entend) que certaines causes ne peuvent pas être défendues par une personne à cause de son sexe, de son apparence ou d‘un quelconque attribut qui la classe ipso facto dans le clan des oppresseurs. Parce que, par quel bout qu’on la prenne, cette idée est la substance même de la discrimination.
Et contre cette manière de voir les choses, je prétends (j’ose) qu’il est bien plus rationnel d’accepter que tous ceux qui veulent combatte le sexisme (ou le spécisme, ou le racisme, etc.) soient les bienvenus pour le faire, y compris quand ils apportent avec eux des avis critiques sur la manière dont d’autres le font. [...] J’invite chacun à ne pas oublier qu’un militant pour la cause des femmes, pour la cause des droits de l’Homme, pour plus de justice sociale, pour plus de liberté, pour moins d’oppression, un militant bien intentionné, ça peut être complètement con et brutal, ça peut avoir une action et un discours qui font du mal à la cause, qu’elle soit écologique, végane ou féministe, pour ne citer que les cas les plus clairement trollés par des extrémismes de mauvais aloi.
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L’esprit critique n’est pas à traiter comme la cinquième roue du carrosse quand on veut faire le bien autour de soi, parce qu’il faut toujours se demander si le bien qu’on fait on ne pourrait pas le faire mieux, et si celui qui nous critique, même s’il ressemble à s‘y méprendre à un être humain que je voudrais essentialiser dans une catégorie que j’antagonise, n’a pas lui aussi le droit de défendre la cause qui est la mienne et de me dire qu’il a un problème avec ma manière de faire.
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[ NDLR : la suite est piochée dans les commentaires. ]
- [...] il dit que l’avis ne peux pas être aussi objectif que celui de l’opprimée.
- C’est un sophisme de dire que l’avis d’un homme ne peut pas être aussi objectif que celui d’une femme sur l’oppression sexiste.
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- Je doute qu’une personne qui subit une discrimination soit plus objective qu’une qui ne la subit pas, ça me semble être même l’inverse.
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- Cependant, pour avoir assisté à – ou eu des retours – de nombreuses conférences, les hommes même bien intentionnés ont tendance à monopoliser la parole même sans s’en rendre compte, car cette tendance est institutionnalisée et ancrée dans nos habitudes. Ils finissent par faire ce qu’ils combattent pour le combattre, ce qui est en soi un non-sens : prendre la parole aux femmes pour défendre le droit à la parole des femmes. Moi-même qui suis bien prévenu, il m’arrive régulièrement de me prendre en flagrant délit. Ceci peut être une raison de penser que les hommes ne peuvent que très peu aider à mener le combat pour les femmes, même lorsqu’ils sont bien intentionnés et attentifs à leur attitude.
[...]
- Je suis un homme blanc hétéro cisgenré. Les livres, les films, le monde occidental m’a appris que j’avais une opinion et qu’elle était de grande valeur (souvent de valeur supérieur) et quand bien même j’ai toujours estimé qu’une femme, qu’un homosexuel, qu’une personne d’une autre ethnie, a une capacité d’avoir une opinion tout à fait égale à la mienne, le monde continue à m’écouter plus moi que eux. »
January 28, 2016 at 12:37:47 PM UTC
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