Résumé : dégageons, par la loi, la sonorisation (rappels des promotions, radio / musique, etc.) des magasins ! Même quand on n'est pas sensible au bruit, une fois qu'on y a pris goût, il est difficile de revenir en arrière et de ne pas considérer la sonorisation comme une agression (cessons d'avoir peur des mots). Rêvassons dans les magasins ! Cessons de reprocher aux magasins qui n'agressent pas auditivement leurs clients d'être des appâts pour bobo-pigeons afin de les faire consommer plus, car c'est inexact au regard de l'histoire de la sonorisation de ces lieux et c'est de la rhétorique "tous les choix sont pourris donc autant rien changer". Cette interdiction permettrait l'accès aux magasins à des gens qui en sont exclus pour raison médicale.
Depuis plus de six mois, je fréquente un magasin alimentaire dans lequel il n'y a pas de sonorisation (radio / musique, rappels des promotions, messages entre personnels ‒ « X pour la caisse Y, merci »). Depuis le même laps de temps, je fréquente également un marché couvert.
C'est une évidence, mais il faut le dire, l'écrire, le répéter : que ça fait du bien ! Ne pas entendre les spots publicitaires hurleurs sur la dernière promotion du moment ni la musique, quelle tranquillité, quel plaisir (relatif, hein, c'pas non plus le plus grand orgasme de ma vie) ! Pourtant, je ne suis pas une personne sensible au bruit, je suis même quelqu'un de plutôt bruyant (ceux qui bossent dans le même bureau savent).
Je vis la sonorisation des magasins de la grande distribution comme une agression. Je réfléchis, je compare des produits, ou je suis perdu dans mes pensées, et là, vlam, message avec un volume sonore plus important que le fond habituel. Ça gâche la réflexion, les rêves, etc. !
Ceci dit, la grande distribution n'est pas la seule blâmable. L'animateur engagé pour l'anniversaire de l'inauguration du marché couvert, c'était bien pareil : il me gonflait sévèrement ! Le bruit de fond d'un marché couvert (ça résonne) est épuisant sur le long terme (pour les gens qui y travaillent toute la journée ‒ si, 6 h - 13 h, ça fait une journée ‒), mais n'est pas dérangeant le temps des courses. En revanche, une voix dont l'intensité sonore fluctue et dénote avec le reste, ça l'est. J'en conviens, ce combat-là, contre cet type d'animation ponctuelle, est voué à l'échec.
En salle de pause, un collègue a émis l'idée que le silence dans les magasins bio ou dans les rayonnages « bien-être » de certains magasins de la grande distribution, c'est un tour de passe-passe pour te faire dépenser plus : on te choie, on fait mine de te respecter, etc. afin que t'achètes des produits vendus plus chers. Il dénonçait, en sus, une forme d'élitisme.
J'étais mitigé sur le lien "absence de musique et de rappels audio de promos = dépenser plus". On rappelle que les spots pubs et la musique, c'est comme le rayonnage, les senteurs et l'éclairage, c'est travaillé par la grande distribution afin de faire consommer plus. Bien sûr, il y a une part de mensonge : quand un marketeux annonce à un client qu'il va tripler ses ventes s'il suit sa méthode magique, c'est faux, le client ne triplera pas, mais son chiffre d'affaires augmentera quand même. Pour revenir au sujet, mes maigres cours d'économie me rappelant qu'un effet volume rapporte parfois plus qu'une grande marge sur quelques ventes, il m'apparaît difficile de conclure quel profil de consommation a, au final, rapporté plus d'argent.
Du coup, je ne valide pas l'aspect "agresser auditivement les clients = ne pas les agresser = hausse du chiffre d'affaires", car, en plus d'être contestable, ça produit un raisonnement de la forme "tous les choix sont pourris donc autant rien changer" alors qu'en pratique, mes oreilles et mon cerveau prennent plus de plaisir (relatif, bien entendu) dans un magasin dénué d'agression sonore.
J'étais convaincu par l'aspect élitiste, mais je n'arrive pas à la même conclusion. Oui, je déplore qu'il faille, in fine, payer plus cher des produits afin de ne pas se faire agresser. Par défaut, personne devrait se faire agresser. Mais, pour revenir au point précédent, ce n'est pas en reprochant aux magasins qui n'agressent plus de ne pas agresser que cela adviendra.
Si l'on vise une égalité totale, qui, de surcroît, ouvrirait la porte des magasins à des gens qui en sont aujourd'hui exclus, il y a deux solutions : soit distribuer de l'argent magique afin que tout le monde puisse consommer dans des petites structures respectueuses de l'humain, soit interdire l'agression sonore dans les magasins. Dans les deux cas, ça passe par une loi. Je sais que pour beaucoup, c'est un gros mot, mais c'est bien là qu'on définit une bonne partie des règles de la vie en commun.
En ce qui me concerne : j'y suis très favorable.