Non, ce ne sont pas des patrons voyous ! Mais des patrons responsables, soucieux des intérêts de leur entreprise. D’ailleurs, s’ils ont saboté l’usine qu’ils avaient dans les Vosges, c’est tout à fait légalement.
En 1978, ces finlandais avaient racheté l’usine à papier de Docelles. Ils l’ont mise à l’arrêt, en 2014. Pas assez rentable. Cent soixante salariés dehors. Restait à vendre les machines. Tout en s’arrangeant pour qu’elles ne soient pas rachetées par des concurrents qui leur auraient taillé des croupières. « Les uns après les autres, raconte “Le Monde” (21/10) , les lourds cylindres de métal utilisés pour transformer la pâte à papier ont été systématiquement percés. Il y en avait plusieurs di- zaines. » Et l’un d’eux était neuf, encore dans sa boîte, d’une valeur de 700 000 euros. Le commissaire-priseur a fait ses calculs : « Neuve, une machine à papier allemande comme cela vaudrait 100 millions d’euros. Mais, dans son état actuel, elle partira sans doute à 1 ou 2 millions seulement. » Un beau gâchis ? Mais non, puisque les patrons finlandais ont fait ça, par contrat, pour ménager leurs intérêts…
D’autres patrons aussi ont ménagé leurs intérêts. Mais en dehors des clous, ceux-là. En 2004, deux affairistes américains rachètent pour 1 euro symbolique les ateliers Thomé-Génot, une usine métalurgique située à Nouzonville, dans les Ardennes. Deux ans plus tard, liquidation judiciaire. Les patrons ont siphonné la trésorerie. Trois ans plus tard, ils écopent de 5 ans de prison et 15 millions d’euros d’amende pour « banqueroute par détournement et abus de biens sociaux ».
Mais, comme entre-temps ils étaient rentrés aux Etats-Unis et que le magistrat chargé de l’instruction leur avait envoyé un courrier à Nouzonville au lieu de Los Angeles, ils affirment n’avoir jamais été informés de l’enquête pénale. Ils ont attaqué l’Etat en justice et ont obtenu du tribunal de Paris 10 000 euros chacun en réparation de leur préjudice.
Et, là aussi, c’est tout ce qu’il y a de plus légal !
Et après, nos élu⋅e⋅s et le MEDEF t'expliquent qu'il n'est pas nécessaire de prendre des mesures contre ce genre d'ordures. Et après, on vient t'expliquer qu'il faut protéger la planète en consommant intelligemment et en pratiquant le tri sélectif… pendant que d'autres pratiquent à la chaîne ce genre de massacres. Pfff, comme si ça pouvait rééquilibrer la balance… Une pointe de bonnes pratiques dans un océan de mauvaises pratiques impunies. :(
Dans le Canard enchaîné du 25 octobre 2017.