Je voulais revenir sur ça à tête reposée.
Bon, déjà, confidence : je ne savais pas que Le Bon Coin fait dans les offres d'emploi (et l'apprendre n'a pas changé ma vie). Mais, de la même manière que je n'ai pas idée de comment fonctionne les numéros 4 (Facebook en ce moment), 6 (Amazon), 8 (live.com), 9 (yahoo) et le numéro 10 (orange fr) du top 500 alexa FR. Parce que je n'ai jamais utilisé ces sites web, je n'ai jamais rien posté sur FB par conviction, je n'ai jamais rien acheté sur Amazon par conviction, je n'ai jamais utilisé Le Bon Coin pour trouver du boulot car ma profession est mieux représentée par d'autres sites web (APEC, RemixJobs, Lolix, etc.), je n'ai plus utilisé l'annuaire Yahoo depuis la fin des années 90's donc j'ai totalement oublié comment cela fonctionnait (et j'ignorais que ce service a été fermé en 2014). Et ma connaissance du reste du top 500 est tout aussi approximative. Donc, si je suis le raisonnement, je ne suis pas technophile ? Je suis totalement déconnecté de la vie numérique des français-e-s ? Je ne sais donc rien du « monde numérique qui irrigue toute l’économie du pays » (ouais parce que le numérique, ça sert uniquement à faire du blé, c'est bien connu). Tout ce que je raconte en matière de numérique n'a donc aucune valeur ? Tu peux connaître le fonctionnement des sites web les plus fréquentés au monde sans n'avoir rien pigé des enjeux du numérique. Et inversement : tu peux comprendre les enjeux de la législation/régulation sans avoir vendu tes données sur Facebook et sans avoir été complice des violations du Code du travail d'Amazon.
On me répondra que la différence, c'est que Sarko aspire à diriger à nouveau le pays. Oui, mais ça ne change rien. Un-e président-e de la République n'a pas à connaître les sites web les plus fréquentés du monde. Pas plus qu'il-elle n'a à connaître la dernière société commerciale qui a produit des capotes innovantes (alors que c'est un enjeu de santé publique). Pas plus qu'il-elle n'a à connaître le nom de tous les labos pharma influents par cœur. Pas plus qu'il-elle n'a à connaître la dernière innovation en matière de guerre (alors que c'est un enjeu de défense nationale). Pas plus qu'il-elle n'a à connaître par cœur toute la géopolitique mondiale (alors qu'il est pourtant l'un-e des dirigeant-e-s du monde). Il-elle aura des ministres et des diplomates pour cela. Et tout ce monde, président-e et ministres, aura des conseiller-e-s. Le but de ces conseiller-e-s, c'est d'expliquer les grandes lignes et les grands enjeux, pas de présenter chaque site web dit "important dans la vie des français". Et ça suffit parfaitement pour éviter des erreurs législatives et de régulation. Voir : http://edgard.fdn.fr/blog/index.php?post/2016/08/12/Limiter-le-chiffrement .
Le vrai problème est en réalité que les conseiller-e-s sont des humain-e-s donc ils se trompent, ils sont influençables, ils ont fait toute leur vie dans une société commerciale dont la culture déborde sur eux-elles, etc. Le problème est donc que ces conseiller-e-s tournent en circuit fermé, qu'il n'y a que très peu de renouvellement, que c'est un clan fermé où tout le monde a le même diplôme. Si l'on extrapole, il y a un manque d'écoute de la société civile.
À l'inverse, ceux et celles qui tapent sur Sarko savent-il-elle-s prendre des décisions (c'est-à-dire trancher quand il n'y a aucune solution idéale) ? Savent-il-elle-s participer à la vie politique ? Savent-il-elle-s diriger (ça peut être de manière collaborative, hein), entretenir la motivation tout ça ? Ont-il-elle-s des notions de politique (organisation de la vie de la cité) ? Hé oui, chacun-e ses envies, ses motivations, ses compétences.
Hé sinon, vous avez remarqué que l'on parle d'un site web ? Vous n'avez pas l'impression que c'est totalement futile ? Nan parce que savoir de grandes théories, des théorèmes mathématiques, des raisonnements philosophiques, des connaissances en biologie, en sociologie, en informatique, etc., encore, ça peut se comprendre, mais connaître le nom d'un site web et ses fonctionnalités principales, c'est comme connaître le prix de la baguette de pain à Trifouilli : on s'en balance complet. C'est typiquement le genre d'info que l'on pourra retrouver. Et ça ne permet pas de faire un choix plus éclairé. Comme avoir été visité les locaux du Bon Coin ne fait pas de Sarko un plus grand stratège en matière de lutte contre le chômage.
Là, on va me dire que je me prends la tête pour un non-fait, un fait divers bidon. Justement, non, cette histoire est un des reflets d'un mal profondément ancré dans la société française. Deux maux, même :