Blog Stéphane Bortzmeyer: Neutralité des plateformes : les gros silos actuels sont-ils incontournables ?
De très bonnes remarques :
« il affirme que les gros silos comme Google sont incontournables. Mais ce n'est pas vrai. Autant le FAI est un intermédiaire obligé (à part les projets très expérimentaux et très limités de réseaux « mesh »), autant l'usage de Gmail n'est pas obligatoire. On peut envoyer et recevoir du courrier sans Gmail, on peut louer des machines virtuelles ailleurs que sur Amazon, on peut stocker et distribuer des fichiers sans Dropbox. Cela fait une énorme différence entre les FAI et les gros silos : s'il est légitime de protéger la neutralité de l'Internet contre les abus des intermédiaires, rien ne dit que cela doive forcément être le cas pour des « plateformes » qu'on n'est pas obligés d'utiliser. »
-> monopole de fait (FAI) versus monopole consenti.
« Ce n'est peut-être pas un passage obligé, mais c'est un quasi-monopole et la régulation s'impose donc. Mais le problème avec cette attitude est qu'elle est de résignation. Je suis d'accord que la place excessive prise par les GAFA dans les services sur l'Internet est dangereuse : ces silos stockent des données personnelles sans vergogne, savent tout de vous (alors que vous ne savez rien d'eux), et transmettent les informations à la NSA (programme PRISM, entre autres).
[...]
Mais la solution est-elle d'imposer à ces silos des règles protégeant (sans doute fort mal) leurs victimes ? On entrera alors dans une logique dangereuse, où on laisse ces entreprises vous exploiter, en mettant simplement quelques garde-fous (l'expression, révélatrice, est du CNN : « Il est donc crucial de développer des garde-fous adaptés aux dynamiques de plateformes afin de protéger les usagers et l’innovation lorsque le passage d’une logique ouverte à une logique fermée se produit »). Pour reprendre les termes de Bruce Schneier, les silos sont des seigneurs féodaux : on obtient d'eux quelques services et, en échange, ils sont vos maîtres. Faut-il limiter les excès des seigneurs, leur imposer des garde-fous ? Ou bien faut-il plutôt passer à un régime post-féodal ? »
« Mais il y a aussi des raisons politiques : le pair-à-pair a été activement persécuté et diabolisé, sur ordre de l'industrie du divertissement, jetant ainsi des millions d'utilisateurs dans les bras des silos centralisés. Et puis, les ministres aiment bien râler contre Google mais, au fond, ils sont très contents de sa domination. Ils sont bien plus à l'aise avec quelques grosses entreprises privées qu'avec des millions d'internautes libres. »
November 10, 2014 at 4:40:09 PM UTC
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