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  • Je compense et puis j’oublie

    Une étude conduite par le Muséum national d’histoire naturelle met en lumière l'inefficacité connue de la compensation en matière de travaux. 1/4 de la surface est compensée grâce à des astuces et des dérogations. La compensation se fait sur des terrains éclatés, ce qui ne favorise pas la biodiversité. Aucun travail de restauration n'est effectué. Le suivi des compensations est anecdotique et on compense parfois une surface qui compense elle-même une autre surface…

    Quand on bétonne un espace vert, on doit compenser les dégâts. En théorie.

    Chez les bétonneurs, les amis des espèces protégées et les fonctionnaires spécialisés, c’était un secret de polichinelle : que la compensation, c’est-à-dire l’obligation pour un maître d’ouvrage de compenser la destruction d’un espace vert où vivent moult animaux et végétaux par la restauration d’un autre site, relève de l’enfumage caractérisé, voilà qui leur sautait aux yeux (« Le Canard », 24/7). Encore fallait-il que cela fût scientifiquement établi. Depuis l’étude menée par l’équipe de Fanny Guillet, du Muséum national d’histoire naturelle, et que vient de publier la revue spécialisée « Biological Conservation », c’est chose faite.

    Les chercheurs ont étudié à la loupe 25 projets d’aménagement (des routes et des autoroutes, une voie ferrée, des lignes électriques). Lesquels ont artificialisé, bétonné, stérilisé un total de 2 451 ha (dans deux régions, l’Occitanie et les Hauts-de-France). Question : ces destructions ont-elles occasionné, comme la loi l’y oblige, « zéro perte nette, voire un gain de biodiversité » ?

    Premier constat : la superficie totale des terrains (garrigues, forêts, champs cultivés, prairies, etc.) qu’ils ont pris en charge pour compenser leurs dégâts n’est que de 577 ha. Ils n’ont protégé que le quart de ce qu’ils ont détruit ! « La logique est celle-ci, dit Fanny Guillet. Si un terrain de 50 ha abrite 300 espèces dûment inventoriées, dont 40 sont protégées, et dont 12 sont menacées ou emblématiques, on ne prend en considération que ces dernières. Comme leur habitat ne s’étend pas sur la totalité des 50 ha, mais seulement une petite partie, on ne compense que cette partie. »

    Deuxième constat : ces surfaces de compensation sont souvent éclatées en plusieurs parcelles, ce qui ne favorise pas la biodiversité. Les 25 projets ont été compensés sur 89 sites, une moyenne de 3,88 sites par projet…

    Troisième constat : en théorie, le maître d’ouvrage doit proposer de vrais travaux de restauration dans la surface compensatoire : dépolluer, aménager des habitats spécialisés et des corridors biologiques, éliminer les espèces invasives, planter une végétation adaptée aux espèces menacées, etc. Dans la pratique, il se contente d’acheter un espace naturel ou semi-naturel (garrigues, forêts, prairies) et de le faire entretenir quelques années. Seulement 3 % des surfaces de compensation, vraiment dégradées (terrains vagues, friches industrielles, canaux), ont exigé une véritable remise en état. Et 20 % d’entre elles ont nécessité une légère restauration (anciens champs cultivés, prairies, vignes). Pour les 80 % restants, le maître d’ouvrage s’est tourné les pouces ! *il n’y a donc tout simplement aucune compensation dans 80 % des cas**. Bref, sur le papier, la pipistrelle chassée d’ici est contente de savoir qu’ailleurs l’œdicnème criard a trouvé un nouveau gîte. En réalité, tous deux peuvent aller se rhabiller.

    Petit rappel : chaque année, 60 000 ha sont bétonnés. En août, le Conseil national de la protection de la nature a été saisi de 30 demandes de compensation. Et 32 en juillet, 85 en juin, 31 en mai… Une par jour.

    Ça n’arrête pas !

    Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.

    October 20, 2019 at 3:56:11 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?AAB_fQ
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