6135 links
  • GuiGui's Show
  • Home
  • Login
  • RSS Feed
  • ATOM Feed
  • Tag cloud
  • Picture wall
  • Daily
Links per page: 20 50 100
 
  • Attention, matons méchants

    L’Observatoire international des prisons (OIP) a dévoilé le 3 juin un rapport glaçant sur les violences subies par les détenus.

    L’OIP introduit son rapport avec les précautions d’usage : il ne s’agit pas de nier les violences que peuvent subir les surveillants de la part de détenus. Posez vos boucliers. Il s’agit de lever le voile sur des violences, sans témoins ni plaintes, perpétrées par les gardiens contre les prisonniers. « Si les unes sont connues et régulièrement médiatisées, les autres semblent faire l’objet d’un déni collectif », soutient l’association qui agit depuis 1996 pour le respect des droits des prisonniers. Pas une statistique officielle n’existe. Pourtant les affaires ne manquent pas : l’OIP a été saisie 190 fois ces deux dernières années, et le Défenseur des droits presque autant. Sous couvert d’anonymat, une centaine de surveillants, directeurs de prison, avocats, magistrats ont brisé le silence pour dévoiler un système où la violence fait loi. Un ancien directeur confie : « Je suis incapable de dire le nombre de circonstances où j’ai été confronté à des allégations de violences commises par des personnels pénitentiaires tellement il est conséquent. Je classerais ca en deux catégories : il y a les altercations qui tournent mal, c’est le contexte le plus fréquent. Ensuite, plus rare et plus grave, il y a les violences “gratuites” […]. » De la baffe dite « préventive » qui laisse un détenu sourd d’une oreille à l’expédition punitive en groupe, la violence des surveillants a ses cibles privilégiées : les auteurs de violences sexuelles et les personnes vulnérables, étrangers, fous et pauvres. Une visiteuse de prison à Fresnes en 2018 rapporte : « À la porte de sa nouvelle cellule, un détenu indigent et sale est empêché d’entrer par ses codétenus. Il demande à voir le chef de détention. C’est traîné par terre après avoir été roué de coups par trois surveillants qu’il arrivera dans son bureau. »

    Omerta

    Agent pénitentiaire, c’est rarement une vocation. Lors du dernier concours d’admission, moins de 20 % des inscrits se sont présentés. Le rapport révèle que les profils problématiques ne sont pas systématiquement écartés. La motivation sécuritaire prime. Les nouvelles recrues apprennent d’emblée la formule magique : « J’ai utilisé la force strictement nécessaire. » La loi pénitentiaire de 2009 en légitime l’usage et le silence huile les rouages. Il y a d’abord le mutisme des détenus, faute de savoir vers qui se tourner, de pouvoir rédiger une lettre (10 % d’illettrisme), ou par peur des représailles : transfert de prison, passage à tabac. II y a aussi le mutisme des collègues. Dans la « petite muette », l’esprit de corps est fort, renforcé par un quotidien à huis clos et le sentiment de dépendre de ses collègues pour sa propre sécurité. « Ils vivent entre eux puisque le fait de travailler de jour et de nuit, les week-ends et les jours fériés, ça rend les rapports avec les autres un peu compliqués. […] Et ils ressassent toute cette agressivité qu’ils reçoivent », raconte un ancien surveillant.

    La hiérarchie ferme souvent les yeux. En interne, les sanctions disciplinaires sont faibles. Hors les murs, la justice est bienveillante. Les procureurs classent sans suite. Par définition, le détenu a une responsabilité : il a un casier. Et les juges condamnent peu. Vingt-neuf fois en dix ans, dont la plus lourde peine : douze mois de prison avec sursis. Les détenus, pour une insulte, reprennent du ferme, souligne le rapport.

    Dans le Siné Mensuel de juin 2019.

    July 7, 2019 at 11:50:15 AM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?9ZwkWw
Links per page: 20 50 100
 
Mentions légales identiques à celles de mon blog | CC BY-SA 3.0

Shaarli - The personal, minimalist, super fast, database-free, bookmarking service by the Shaarli community