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  • Dix ans d'emails auto-hébergés

    Cela fait 10 ans que mes seules adresses emails personnelles sont liées à mes noms de domaine personnels, et que j'héberge et administre moi-même mes serveurs emails. \o/

    Au global sur dix ans, ça tourne sans trop de douleur ni d'entretien. Mais, attention, cela dépend très fortement de l'usage.

    En effet, tout administrateur d'un serveur emails doit s'atteler à deux problématiques : le spam entrant, et l'acceptation collective des emails qu'il envoie (émails sortants).

    Je n'ai pas d'antispam, pas même de greylisting. Cela exige organisation et rigueur permanentes. Je communique ma véritable adresse uniquement à des gens de confiance et je file une adresse générique ‒ un alias ‒ ou une version suffixée par un délimiteur / tag aux autres, surtout aux sociétés commerciales, aux windowsiens et aux listes de discussion archivées sur le web. (Les alias et les délimiteurs sont également très pratiques pour tracer la revente / fuite d'une adresse emails et pour trier ses emails ‒ on peut ignorer l'adresse d'expédition et/ou elle peut changer en cours de route, ça n'a pas d'incidence sur le tri opéré sur l'adresse de destination, c'est-à-dire l'alias / le délimiteur ‒.) Mon seul regret est de ne pas avoir filé une telle adresse à plus de gens, par faiblesse. Heureusement, je comptabilise une unique conséquence fâcheuse. Bref, rigueur et ténacité. De plus, je n'ai pas besoin d'être contacté par le tout-venant, ce qui simplifie grandement la problématique.

    L'acceptation collective se divise en deux : la norme et l'arbitraire. C’est essentiellement l'usage (volumétrie, contenu, destinataires) qui fait passer un serveur emails de l'une à l'autre de ces catégories.

    J'ai mis en place toutes les techniques normalisées et informelles : le nom d'hôte EHLO (durant le dialogue SMTP) est déclaré dans le DNS, les adresses IPv4 et IPv6 pointées par ce nom sont celles de mon serveur, et j'ai configuré un reverse (PTR) pour chacune ; SPF ; DKIM ; ADSP ; DMARC ; TLS (avec un certificat auto-signé) + DNSSEC + DANE TLSA, etc. Pour un petit serveur emails (faible volumétrie), tout cela n'est pas obligatoire : DMARC et DKIM sont rarement imposés (GMail impose SPF ou DKIM), ADSP et DANE TLSA encore moins. C'est un investissement notable, mais quand c'est en place, ça ne coûte pas de temps de maintenance.

    Surtout, les adresses IP du serveur emails doivent avoir une excellente réputation, c'est-à-dire ne pas traîner dans des listes de blocage (ce qui n'est pas le cas d'OVH, par ex.). SPF, DKIM, ADSP, DANE, etc. servent à rien si tes IP sont tricardes. Donc, il vaut mieux héberger son serveur emails chez un petit prestataire car plus c'est confidentiel, plus ça diminue la probabilité d'avoir des serveurs voisins spammeurs ou mal configurés. En IPv6, le blocage se fait par réseau de taille /64, donc pour ne pas être pénalisé par le comportement d'un voisin de réseau, il faut que l'hébergeur attribue au moins un /64 à ton serveur emails.

    Comme tout cela ne suffit pas pour contrer le spam, il y a l'arbitraire. Des réseaux entiers, notamment ceux résidentiels, et des hébergeurs sont bloqués, temporairement ou non, car ils sont considérés comme des spammeurs notoires. Il existe des formalités administratives spécifiques à chaque fournisseur (ex. : Microsoft SNDS et JMRP) que j'ai toujours refusées d'accomplir (les normes, c'pas pour les chiens). Des mots-clés légitimes dans le corps d'un email sont bloqués. Des liens et des PJ légitimes et sans virus sont bloqués. La cadence de fournisseurs de liste de discussion légitimes est freinée. Sitôt qu'on grossit, à peu près tous les fournisseurs emails d'envergure cassent les pieds. Microsoft et GMail sont souvent cités mais c'est également la corvée avec Orange (qui limite la cadence autant que GMail) ou SFR Business (rejet arbitraire en fonction du contenu) ou…

    Beaucoup attribuent une intention malveillante aux gros fournisseurs emails : ils voudraient fermer le marché, maintenir un oligopole afin de rendre captifs les usagers de l'email et exploiter toujours plus leur vie privée (GMail analyse le contenu des emails, La Poste ou ProtonMail modifient celui des emails sortants afin d'ajouter leur pub). C'est vrai, bien sûr, mais il ne faut pas expliquer par la malveillance ce que l'on peut expliquer par l'incompétence : à grande échelle, le spam est difficile à juguler et il est possible que les gros fournisseurs emails agissent pour le Plus Grand Bien (tm), mais leur part de marché, donc l'absence de contre-pouvoir, leur permet des prises de position cavalières qui, de fait, ne sont pas remises en question en interne. Une sorte de "ça marche / ça fait le job, je cherche pas plus loin, je réfléchis pas collectif / global" prononcé par un géant. Le poids des acteurs, voilà le cœur du problème, comme bien souvent. La concentration est néfaste. Et de ça, nous tous sommes responsables (absence de formation, laisser-aller vers la facilité, etc.).

    Quand j'écris qu'un serveur emails perso tourne sans douleur ni entretien, c'est donc fonction de l'investissement technique initial sus-relaté, du fait que je suis un utilisateur avancé (alias, délimiteur, etc.), que je n'ai pas une quasi-obligation de recevoir les emails du premier venu, que j'émets un très faible volume d'emails (pas d'emails transactionnels ni de listes de discussion, etc.), que je converse plutôt avec des initiés (donc j'évite de fait les pénibles genre Orange, Microsoft Hotmail / Outlook, etc.), etc. Mon constat n'est pas transposable à des organismes (association, société commerciale, administration, peu importe) qui, eux, ont vocation à être ouverts au public, qui peuvent émettre un volume conséquent d’emails légitimes, qui ont des utilisateurs lambda donc peu formés, peu rigoureux, mais exigeants, etc.

    Il y a bientôt un an, cet article a beaucoup circulé. Il dit vrai, bien entendu. Mais il manque des nuances que j'ai tenté d'apporter ici. Sans compter la prédominance erronée de l'analyse économique : à l'échelle de Microsoft / Orange / Google, etc., une analyse bayésienne coûte rien, mais sur un grand volume et une diversité d’usagers, elle est inefficace (beaucoup de faux-positifs), notamment car son apprentissage dépend de chaque usager et de sa bonne volonté et foi. Je partage partiellement son avis sur les bandeaux cookies : beaucoup de traitements de données persos étaient illicites depuis longtemps. Ils ne devaient pas perdurer, mais, plutôt que de changer de modèle économique, les acteurs continuent leurs pratiques crades en essayant d’obtenir un consentement vicié, tel le premier charo venu. Les traitements devraient reposer sur des bases légales plus saines, et le consentement devrait être l'exception, pas un prétexte pour dégainer n'importe quel traitement. La seule chose blâmable est la faiblesse des régulateurs.

    En fonction de l'usage, un serveur emails perso est encore vivable.

    P.-S. : il y a une différence entre l'offre gratuite de Microsoft (Hotmail / Live / Outlook) et les autres (Office 365, etc.). Mon serveur s'est toujours fait écourter quand je contacte des utilisateurs d'Outlook, et l'année écoulée n'a pas fait exception, mais, comme d'habitude, j'ai reçu des réponses de deux des trois destinataires professionnels dont le nom de domaine est porté par les serveurs emails de Microsoft (aucune idée si le troisième a voulu me répondre, mais, je le suppose, demande de devis, tout ça).

    July 9, 2023 at 2:02:53 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?7aioyg
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