Ce que montre Frances Haugen ce ne sont pas "juste" ces faits mais c'est le fait que la plateforme savait. C'est que Facebook, par exemple sur les questions de modération, non seulement avait délibérément mis en place ces régimes arbitraires et discrétionnaires mais mentait à chaque fois qu'on l'interrogeait sur ce sujet. C'est que démontre Frances Haugen c'est le fait que tout cela, toutes ces incidences délétères et parfois mortifères ou criminogènes sur les discours publics et les expressions privées, ne sont pas le fait d'un algorithme devenu fou ou d'une intelligence artificielle hors de contrôle, mais le résultat des choix consciemment effectués par la plateforme et ses ingénieurs pour maximiser sa rentabilité économique au détriment de tout le reste. Ce que démontre enfin Frances Haugen c'est que même lorsque des employés de la firme faisaient remonter l'évidence de ces problèmes et les solutions pour les traiter ou les corriger, Zuckerberg refusait de les mettre en place.
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Ensuite il faut casser les chaînes de contamination virales qui sont à l'origine de l'essentiel des problèmes de harcèlement, de désinformation, et des discours de haine dans leur globalité. Et là encore le cynisme des plateformes est aussi évident que documenté puisqu'elles ont elles-mêmes fait la démonstration, et à plusieurs reprises, que si par exemple elles diminuaient le nombre de personnes que l'on peut inviter par défaut dans les groupes Whatsapp ou le nombre de conversations et de groupes vers lesquels on peut automatiquement transférer des messages, elles diminuaient aussi considérablement la vitesse de circulation des fake news, notamment en période électorale ; que si elles supprimaient la visibilité de nombre de likes ou de réactions diverses sur un post (et que seul le créateur du post était en mesure de les voir), elles jouaient alors sur les effets souvent délétères de conformité (et de pression) sociale et qu'elles permettaient d'aller vers des logiques de partage bien plus vertueuses car essentiellement qualitatives et non plus uniquement quantitatives ; que si elles se contentaient de demander aux gens s'ils avaient bien lu l'article qu'ils s'apprêtaient à partager avant que de le faire sous le coup de l'émotion, elles diminuaient là encore la circulation de fausses informations de manière tout à fait significative. Il y a encore quelques jours, c'était Youtube qui annonçait supprimer l'affichage public du compteur des "dislikes" pour "protéger" les créateurs notamment de formes de harcèlement, un effet qu'il connaît et documente pourtant depuis déjà de longues années.
On avait des études externes démontrant les effets néfastes des réseaux sociaux numériques, donc je n'avais pas compris l'apport de la lanceuse d'alerte Frances Haugen : la connaissance interne de ces effets.