En 4 mois, l'exécutif n'a toujours pas nommé de remplaçant⋅e à la tête du Parquet National Financier. En attendant, chaque gus du PNF tente de se positionner : pour ou contre l'ancienne cheffe ? D'une manière générale (hors PNF), les relations entre avocats et juges se tendent. Dans des écoutes téléphoniques, un avocat se vante d'avoir obtenu de l'ancienne cheffe du PNG des infos sur un dossier en cours. Est-ce vrai ou est-ce une construction intellectuelle dans ce climat délétaire ?
Episode inédit des querelles en hermine : le procureur de Paris, Rémi Heitz, enquête sur… le Parquet national financier (PNF), où son ancienne collègue la procureure Eliane Houlette (partie à la retraite l’été dernier) est mise en cause dans une sombre histoire de violation supposée du secret professionnel (« Le Monde », 21/9). Le nom de l’ancienne cheffe du PNF apparaît dans des écoutes téléphoniques où un avocat se vante d’avoir obtenu d’elle des précisions sur un dossier judiciaire intéressant la mairie de Marseille.
Méprisants baveux
Une enquête préliminaire a été ouverte, et Heitz doit prochainement décider si ces bavardages doivent être classés sans suite ou donner lieu à des investigations approfondies. L’affaire s’inscrit dans un surprenant contexte de règlement de comptes interne au sein du PNF, où s’opposent les pro- et les anti—Houlette, dans une ambiance de cour d’école où chacun tente de se placer avant l’arrivée d’un nouveau patron.
Cette histoire « de cornecul minable », selon un magistrat du pôle financier, en dit également beaucoup sur les relations de plus en plus exécrables entre avocats et magistrats. Histoire de « renouer les relations », l’Association des avocats pénalistes avait organisé, au printemps dernier, un « pot de l’amitié » à côté du tribunal de Paris. Sur les 200 invités, seuls une dizaine de juges et de parquetiers sont venus boire un coup, dont le président et le procureur. « Les baveux passent leur temps à nous chier dans les bottes, on ne va pas en plus trinquer avec eux… » résume un éminent magistrat. « Les juges nous mêprisent ! Eh bien nous aussi, désormais ! » grincent des avocats pénalistes…
Quant au pot de départ à la retraite de Renaud Van Ruymbeke, où se pressaient quelques dizaines d’avocats et autant de magistrats (un mélange très rare, ces temps-ci), il a été l’occasion de discours grinçants, dont : « Tu as su nouer des liens avec les avocats, hélas, tu n’as pas fait école… » L’épisode Houlette s’inscrit dans cette ambiance malsaine et sonne quasiment comme une interdiction de causer aux avocats. Vivement la bataille rangée !
Dans le Canard enchaîné du 2 octobre 2019.