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  • [ S'en remettre aux spécialistes et dissocier technique et politique, deux mauvaises idées ]

    Respecter les consignes sanitaires est du domaine du médical. En faire un enjeu politique, c'est se tromper de combat. Lorsque mon médecin me prescrit un traitement, je le prends. Je ne me mets pas à contester à tout va telle prise de médicament, telle hospitalisation ou tel autre traitement. Je m'en remets à lui, pour son expertise sur ma guérison. Eh bien les consignes sanitaires, c'est pareil.

    En revanche, quand c'est le politique qui parle, et qui gère la crise sanitaire (avec le succès qu'on sait), on peut se poser des questions. Mais il faut d'abord faire la part des choses : que disent les médecins ? Quelle est la position des spécialistes ?

    Ce genre de raisonnement me gêne.

    Faut-il s'en remettre aux fraudeurs fiscaux, spécialistes en la matière !, pour définir une politique de lutte anti-fraude fiscale ? Ils connaissent le sujet, les acteurs, les rouages… Mais peut-être qu'ils amoindriront volontairement la qualité de la loi afin que certaines pratiques perdurent ? Des spécialistes ont défendu les thèses de l'industrie du tabac. Des spécialistes défendent des thèses économiques délétères. La compétence ne fait pas l'honnêteté.

    Dans une relation avec plusieurs parties qui ont chacune des intérêts spécifiques, comme un échange médecin-patient, faut-il considérer uniquement l'expertise d'une seule des parties ? Exemple concret : faut-il persister à oublier de demander son consentement (ou à l'ignorer) à une femme avant de pratiquer une épisiotomie ? Faut-il que seuls les flics pondent les lois sur la délinquance (t'as envie de te faire maltraiter ?) ? En tant qu'autre partie à qui la loi va s'appliquer, je n'ai pas envie.

    Pour contrebalancer l'auteur : à titre perso, sur des pathologies un peu sérieuses (pas le rhume annuel, quoi), je demande systématiquement leur diagnostique, remède et avis à plusieurs médecins spécialisés dans la pathologie ou l'organe en question. Personne est infaillible, toujours bien luné, et toujours compétent. L'errance diagnostique n'existe pas, voyons ! J'aime assez peu la figure d'autorité, même morale. Moi aussi j'ai fait des études, donc j'ai pu constater le bullshit que constituent les diplômes et les thèses. Je ne conçois pas pourquoi je ferai plusieurs devis pour changer ma chaudière, mais un seul quand il s'agit de me faire charcuter le corps. Évidemment, si je suis en train de crever, peut-être qu'un avis suffit (et encore que… c'est précisément l'urgence qui est employée comme argument lors des épisiotomies, et, dans un système mieux pensé, prévoir une coopération permanente entre plusieurs médecins n'est pas absurde).

    Les spécialistes n'étaient pas d'accord sur les mesures sanitaires à appliquer pour lutter contre le Covid (réa versus psychiatrie, par exemple). Plusieurs blocs de pays ont suivi des stratégies différentes. Donc, écouter les spécialistes, d'accord, mais lesquels ? Au mieux, on peut écouter notre mix, notre analyse, très subjective, de plusieurs avis spécialisés, mais prétendre béatement qu'il sufffit d'écouter les spécialistes, c'est du flan.

    On ne peut pas dissocier les consignes sanitaires entrées en application du politique : ces consignes étaient politiques, dans le sens qu'elles ont organisé nos vies, l'ordre social, etc. Elles sont un choix puisque d'autres pays ont appliqué des mesures sanitaires différentes. Donc elles sont soumises à discussion. Technique est politique, politique est technique.

    December 21, 2021 at 5:31:19 PM UTC - permalink - https://twitter.com/PapyMarcus/status/1423904366822629378
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