« En dépit de certaines avancées – notamment en comparaison à la proposition initiale de Neelie Kroes –, la commission ITRE et sa rapporteure, Pilar del Castillo Vera, ont cédé à la pression des lobbies des télécoms, laissant subsister d'importantes failles dans le texte.
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Au cours des négociations menées entre groupes politiques, Pilar del Castillo Vera (PPE – ES), rapporteure pour la commission, y a introduit une définition biaisée de la neutralité du Net au sein des soi-disant « amendements de compromis »1. À l'approche du vote, elle a toutefois été contrainte d'adopter une définition acceptable de ce principe, considérant que le traffic Internet « doit être traité de manière égale, sans discrimination, restriction ou interférence, indépendamment de l'émetteur, du destinataire, de la nature, du contenu, des appareils, services ou applications »2 par les fournisseurs d'accès à Internet.
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Mais une autre question cruciale restait en suspens : la commission ITRE permettrait-elle à la neutralité du Net d'être contournée par de soi-disant « services spécialisés »3 ?
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Malheureusement, lors du vote d'aujourd'hui, les membres de la commission ITRE sont restés sourds à la mobilisation citoyenne et ont refusé d'adopter une définition stricte des services spécialisés.
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« Le vote d'aujourd'hui démontre l'influence colossale qu'exerce le lobby des télécoms sur le processus législatif européen. Les failles importantes qui subsistent dans le règlement devront être corrigées lors du vote final du Parlement européen, qui aura lieu dans quelques semaines. [ ...] »
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« Ce qui est en jeu dans ce règlement n'est autre que l'avenir de ce bien commun qu'est Internet. Allons-nous laisser les gros opérateurs télécoms et les géants de l'Internet fixer les règles du jeu dans l'économie numérique, ou les législateurs adopteront-ils des principes contraignants pour garantir qu'Internet demeure une plateforme décentralisée pour la liberté d'expression et l'innovation où citoyens et nouveaux entrants peuvent rivaliser avec les acteurs les mieux établis ? C'est la question fondamentale à laquelle devra répondre le Parlement européen lors du vote en plénière, et celle que les citoyens doivent poser à leurs représentants à Bruxelles dans la perspective des élections européennes. »
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Les points à aborder :
- Renforcer la neutralité du Net : Le principe de neutralité du Net doit être affirmé au sein des articles (dans le 2.14), et non plus seulement dans les considérants. De plus, le principe de non-discrimination du trafic doit être élargi pour couvrir toute forme de discrimination (notamment tarifaire) dans l'article 23.5.
- Un encadrement strict des services spécialisés : Les députés doivent amender le texte afin de s'assurer que la neutralité du Net – et donc l'innovation et la liberté de choix pour les internautes qu'elle induit – ne puisse être contournée par des accords privés entre les opérateurs télécoms et les géants du Net cherchant à dominer l'économie numérique. Ils doivent définir un principe fort de non-discrimination assurant que les opérateurs ne puissent choisir à leur guise le fournisseur de service ou d'application bénéficiant d'une qualité de service améliorée : ce choix doit appartenir aux seuls utilisateurs.
- Restrictions contractuelles : Toutes les références aux « restrictions contractuelles » dans le texte constituent une faille majeure, impliquant que la neutralité du Net ne doit s'appliquer que lorsque les contrats l'autorisent.
- Mise en œuvre : Le texte doit permettre aux utilisateurs d'Internet de présenter des plaintes aux régulateurs nationaux afin d'obtenir des réparations et sanctions lorsqu'ils sont victimes d'une violation de la neutralité du Net. Les opérateurs télécoms doivent être sanctionnés lorsqu'ils discriminent illégitimement nos communications.
- Encadrer les exceptions pour congestion : L'article 23.5.d devrait être amélioré afin d'assurer que les opérateurs ne puissent pas utiliser l'excuse de la congestion du réseau pour discriminer certaines applications (par exemple, en dégradant les flux P2P pour favoriser le streaming vidéo sur des plateformes à large diffusion comme YouTube) et ainsi éviter d'investir dans un accroissement de bande passante. »
==> Mon avis :
- « Les services spécialisés sont des réseaux IP déployés en parallèle de l'Internet et par lesquels la VOIP ou la TVIP sont aujourd'hui transmises dans le cadre des offres « triple play ». » : NON ! Ces services spécialisés/gérés sont sur le même réseau IP : celui de votre FAI ! Comme tous vos autres flux (web, mail, P2P, ...), ils passent par votre FAI ! Pour l'instant, la VOIP et la TVIP sont des services gérés/spécialisés internes donc confinés au réseau de votre FAI. Mais si demain un FAI priorise Dailymotion vis-à-vis de YouTube, par exemple, ça ne sera plus confiné et on est d'accord que Youtube n'est pas sur un réseau IP parallèle à Internet mais est bien un des morceaux qui composent Internet !
- Actuellement, en France, le régulateur national des telcos, c'est-à-dire l'ARCEP, traite exclusivement des conflits entre opérateurs. Donc être l'abonné d'un FAI ne suffit pas pour dénoncer un abus de ce même FAI : il faut être un opérateur. Et surtout, il faut avoir un intérêt à agir ... Donc être un concurrent malmené qui perd du pognon (les intérêts à agir en terme de perte de libertés, ça compte juste pas hein). Et j'ai de gros doutes sur le fait qu'un règlement européen puisse changer ce principe de fonctionnement : ça me semble relever beaucoup plus du réglementaire au niveau national. Mais je ne suis pas un spécialiste de la question.
- Il nous reste 2 semaines et 1 jour pour nous bouger !
Wed Mar 19 11:30:53 2014 - permalink -
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http://www.laquadrature.net/fr/neutralite-du-net-de-dangereuses-failles-subsistent-apres-le-vote-de-la-commission-industrie-du-parl