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——————————— August 4, 2019 - Sunday 04, August 2019 ———————————
fiche-lecture -

Ce livre du député-journaliste Ruffin se présente comme une lettre adressée au Président Macron pour lui présenter les gilets jaunes, et plus largement, la France du bas avec laquelle il a construit zéro lien.

Ce livre a rien d'original. Ruffin décortique le CV de Macron afin d'illustrer la déconnexion des élites. Cette partie est bigrement pertinente, je vais y revenir. Néanmoins, comme dans Fakir, le style de Ruffin est lourd. Des pages et des pages pour introduire une ouvrière. Une négation du vécu de Macron qui apporte rien (exemple : "t'es resté peinard derrière les murs protecteurs des différentes écoles que t'as fréquenté pendant que moi je me suis ouvert aux autres"). Le « moi, je » habituel de Ruffin. Parfois, je crois percevoir de la jalousie quand Ruffin évoque la belle gueule et le charme de Macron qui lui rendent la vie plus facile au lycée, ainsi que la prétendue « pauvreté » de son style littéraire. Je ne comprends pas en quoi tout cela aide la critique. En revanche, je mesure combien ça alourdit le bouquin.

Le nombre des interconnexions entre Macron et les politiciens, les médias et les industriels est impressionnant et le rappel de Ruffin est salvateur. Avec ça, Macron peut toujours prétendre, comme d'autres, qu'il s'est fait tout seul…

  • Lors de son stage à la préfecture de l'Oise dans le cadre de ses études à l'ENA, il rencontre Henry Hermand, l'homme d'affaires à la trentaine de zones commerciales. Il lui ouvre son carnet d'adresses de la social-démocratie. Il accordera un prêt de 550 k€ à Macron pour financer l’achat de son premier appartement parisien. Il financera le mariage des Macron et en sera l'un des témoins :

  • Macron fréquente le Bilderberg, où il y rencontre tout le gratin mais surtout le président Henri de Castries (président d'Axa par ailleurs) qui traîne aussi aux Bernardins, également fréquenté par Jean-Pierre Jouyet. C'est lui qui introduira Macron dans la campagne d'Hollande, lui qui suggérera son nom comme secrétaire adjoint de l'Élysée, lui qui poussera sa nomination au ministère de l'économie (il annoncera même sa nomination à Macron) ;

  • Parisot a dit de Macron qu'il était un « précieux relais de la voix des entreprises » lors de son séjour à l'Élysée sous Hollande. Contre Delphine Batho, il relayait la parole de Spitz, le patron de la fédération des assureurs. Il s'obstinait déjà à réformer les prudhommes (il est l'artisan des parties les plus contestées de la loi Travail El-Khomri). Il est « architecte », « moteur » et « porteur » du CICE… alors que Gataz ne tiendra pas parole (la promesse de création d'un million d'emplois est vite passée à la trappe) ;

  • Pascal Houzelot (TF1, Pink TV, Numero 23 - qu'il revendra à Drahi 8 mois plus tard avec une plus-value… Est-ce une spoliation d'une fréquence publique qui n'a pas été utilisée conformément au cahier des charges qui prévoyait un apport de pluralité, pas la diffusion de vieux documentaires et émissions) a organisé des dîners pour la promotion de Macron. Il a également présenté Macron à Xavier Niel… qui fait l'éloge de sa politique dans les médias ;

  • La découpe d'Alstom et la revente de bouts à General Electric sous l'impulsion du ministre Macron a été lucrative pour Bouygues ;

  • Une fois ministre de l'économie et à l'approche de la candidature de Macron, le couple sera invité à dîner, presque chaque semaine chez les Arnault (dont la fille est en couple avec Niel) ;

  • Macron fera fleurir les affaires de Lagardère… Aussi bien depuis chez Rothschild que depuis le ministère de l'économie (vente des parts d'EADS détenues par Lagardère) ;

  • À ses débuts, En Marche ! est financé dans le secret par Hermand (encore lui), le banquier Peyrelevade et l'avocat d'affaires Moulard ;

  • On peut aussi voir une mise en orbite de Macron par Bolloré… Le même qui a profité des appels d'offres probablement arrangés (la justice bosse toujours dessus) avec Havas, dans laquelle Bolloré est actionnaire à 60 % et la garantie d'achat, avant publication de l'appel d'offres, des Bluebus de Bolloré par la RATP ;

  • Bernard Mourad, banquier à la tête de la holding de Drahi, organise, entre autres, l'entretien avec Barbier « ce que je veux pour 2017 » ;

  • Lors de la passation de pouvoir, Macron fend la foule pour saluer une seule personne : Serge Weinberg, président de Sanofi, qu'il a connu, comme d'autres, à la commission Attali (relance de la croissance française en 2007-2008).

Quelques notes :

  • Bien sûr que les revendications des gilets jaunes ne sont pas nouvelles. Mais, le bas de la classe moyenne qui s'exprime aussi massivement fait disparaître la honte, ce qui libère la parole. Voilà la nouveauté. Ces gens-là se lèvent contre la suffisance de Macron qui n'a cessé de blesser leur égo et leur fierté ("c'est facile de trouver du travail, si vous n'y parvenez pas, c'est que vous êtes rien") ;

  • Sous Hollande, Macron occupait, à l'Élysée, le même bureau que François Perol du temps de Sarko. Perol et Macron, tous deux inspecteurs des finances passés chez Rothschild. Alternance de façade ? Laurence Boone, passée par les banques Barclays et Bank of America remplace Macron. Son collègue Barbéris part pour Amundi, qui gère des actifs pour la Société Générale et le Crédit Agricole. À Matignon, Jérôme Pellet ira chez BNP ;

  • Macron aime la mise en scène contre le réel. Cours de théâtre. Le président de la formation à l'ENS fera de Macron un normalien d'honneur au motif que la presse relaie qu'il a suivi quelques cours là-bas. Bruits évidemment saupoudrés par Macron et son entourage. Macron se vante, notamment dans le journal de Sciences Po de sa formation philosophique à Paris X. Balibar et autres personnes impliquées démentent l'ampleur de son apprentissage. Il a été archiviste, tout au plus, de Ricœur et sa pensée l'a tellement inspiré qu'il ne semble pas en retenir le concept de solidarité… Cela continuera pendant la campagne présidentielle (visite de l'usine Whirlpool d'Amiens sous la pression télévisée de Ruffin) puis durant la présidence (grand débat national, visite en sauveur aux Antilles, etc.) ;

  • Quand les politiciens disent qu'ils vont au contact du Peuple, ils ont raison : ils restent dans la superficialité, la brièveté d'un contact. Ils ne se nourrissent pas du vécu et des problématiques des gens du Peuple. Dans Le petite prince, on lit qu'apprivoiser, c'est créer des liens, c'est faire en sorte qu'une personne ne soit plus semblable à 1000 autres, mais qu'elle soit unique. Mais un politicien ne connaît pas le Peuple, pas plus que le PDG connaît ses salariés. Cette méconnaissance évite l'affect. Mais ce détachement, c'est ce qui rend l'autre inexistant selon la philosophe Arendt. Cette négation de l’humanité de quelqu’un est dangereuse (Arendt a écrit sur la montée des totalitarismes…) ;

  • La social-démocratie, ce n'est pas si mal. Marx a écrit la première déclaration du SPD allemand qui pousse à un vaste plan de sécurité sociale et à l'égalité (chez nous et au nord de l'Europe). Mais c'est un terme galvaudé ;

  • Ado, Ruffin se cherche et peine à trouver sa voie. Il trouve médiocres ses écrits. Il s'apitoyait sur son sort et celui des autres. Aujourd'hui encore, il lit les blessures des autres dans ses blessures.

Bref, c'est un livre que l'on peut lire, mais sans plus. À mes yeux, seul le travail journalistique de rappel minutieux du CV de Macron est intéressant.

fiche-lecture -

Ce livre contient les paroles de la pièce de théâtre interprétée par le célèbre avocat pénaliste (entre autres). Je n'ai pas assisté à une quelconque représentation.

Cette pièce relate son enfance, le début de sa carrière, ses expériences professionnelles et surtout ses coups de gueule.

La partie sur son enfance est courte : petit fils d'immigrés italiens qui vit la xénophobie de la France des années 60, l'assassinat de son grand-père et la mort de son père cancéreux. Autant d'injustices qui le motiveront, comme l'annonce de l'exécution de Ranucci et son intention de séduire les femmes par les mots, car il ne pense pas être capable de « pécho en teboi ». Le début de sa vie pro est résumée aux galères pour obtenir du travail d'un avocat qui veut se consacrer exclusivement au pénal (il échouera) et la prise sous son aile par l'avocat toulousain Alain Furbury.

Concernant son expérience professionnelle et ses coups de gueule, les thématiques abordées sont le rôle de l'avocat défenseur, le blâme du rôle institutionnalisé de victime, le tribunal médiatique, la liberté d'expression et la délation, ainsi que la moralisation rampante de notre société (sur des œuvres, la cigarette est effacée du bec de fumeurs notoires comme Malraux ou Gainsbourg ; être vegan ou un gros crevard ; faire du sport, etc.).

Je regrette que les définitions soient uniquement dégrossies par des exemples et que les prises de position soient aussi peu argumentées et aussi peu nuancées en mode "c'est comme ça et pis c'est tout". Comment convaincre quiconque que les déjà convaincus ?

  • Les lanceurs d'alerte sont assimilés, sans nuance, à la délation ;

  • Élise Lucet est uniquement présentée comme une grande méchante qui force les gens à parler contre leur gré, ce qui nuirait à la présomption d'innocence (que faire d'autre quand les autorités de contrôle sont inefficaces ?) ;

  • Il paraîtrait que, dans les bars populaires du 20e siècle, contrairement aux réseaux sociaux du 21e siècle, on faisait immédiatement taire les imbéciles. Sur la même période, je constate une propagation de l'antisémitisme partout en Europe et l'organisation des ouvriers pour tenir tête à leur patron… :

  • Le tribunal médiatique n'est pas vraiment défini et l'on mélange des pratiques saines comme la mise sous pression d'un procès (que l'auteur nomme procès combat) qui a pourtant permis d'éviter des dérives (Tarnac, libération de militants chopés en manifs), au mouvement #balancetonporc dont le manque de moyens et de considération de la justice ont été le lit, aux mises en scènes par les médias de coupables idéaux, qui, elles, me semblent scandaleuses.

Quelques notes intéressantes sur le rôle de l'avocat, de la victime et du juge :

  • L'avocat doit être impertinent et insolent. Rectifier un juge ou dénoncer l'agissement d'un flic, ce n'est pas du courage, c'est inclus dans la profession d'avocat ;

  • L'acquittement, ça ne veut pas dire innocent, ça veut dire pas coupable par absence de preuves (ou par présence du doute). C'est le prix de la paix sociale. C'est le prix à payer pour ne pas sanctionner des innocents ;

  • Comment peut-on défendre un assassin d'enfants ou un terroriste ? « Rien n'est plus facile que de dénoncer un être abject. Rien n'est plus difficile que d'essayer de le comprendre » a écrit Dostoïevski. L'accusé a besoin d'une défense car, au tribunal, il devient le faible, tout est bon pour l'accabler, le lyncher ;

  • Le juge rend la justice en fonction de sa morale, alors que c'est celle de l'accusé qui compte. Exemple: pour démontrer que DSK est un proxénète, le juge explique qu'une sodomie sur une femme est forcément un acte payant. Autre exemple : le juge qui refuse sa remise en liberté à un assassin qui a tué l'amant de sa femme au motif que son acte est caractérisé, car il est lui-même infidèle… Quelques mois après, l'avocat appris l'infidélité du juge… et obtient la remise en liberté ;

  • Exiger de lourdes peines comme condition nécessaire pour être en mesure de faire son deuil revient à créer une nouvelle injustice pour soi-disant "réparer" l'acte fautif : la sanction doit être proportionnée, pas être modulée comme la dose d'un médoc administré au plaignant. L'avocat et l'institution ne doivent pas encourager la haine légitime de l'accusé par la victime. Exister en tant que ZE victime n'aide pas à faire le deuil ;

  • Il faut aimer les hommes pour les juger. Il ne faut pas vouloir régler des comptes. Il faut savoir qui l'on est, ne pas détester plus beau ou plus laid que soit, plus cultivé ou plus ignorant, etc. ;

  • Une décision prise à l'unanimité est-elle sage ? L'absence de voix discordantes ne signifie-t-elle pas que l'on est passé à côté de quelque chose ?

Bref, c'est un livre que l'on peut lire, mais sans plus. Les non-initiés sont très peu pris en main dans la définition du rôle de l'avocat, de la victime et de l'institution judiciaire. Le reste n'est qu'une compilation de coups de gueule sans nuance enchaînés au débit d'une mitraillette. On est content quand ça s'arrête. Je recommande plutôt la lecture du recueil de trois plaidoiries de François Sureau orientées sur la question des libertés.

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