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——————————— June 19, 2019 - Wednesday 19, June 2019 ———————————

‒ Et voilà, encore une fois, tous nos services sont DOWN ! Et pourtant, c'est pas faute de tout monitorer ! Je passe ma futain de vie à monitorer ! Je monitore les serveurs, les containers, les workers, les repos… les APIs, les logs, l'intégration continue, l'espace disque… TOUT est monitoré. Mais il y a un truc que j'ai oublié de monitorer, et c'est le seul truc qui compte en fait… J'ai oublié de monitorer la date d'expiration de la CB… Pfff…

C'est toujours comme ça… Tu peux mettre en œuvre tous les outils techniques que tu veux, disposer des personnes les plus compétentes et rigoureuses, y'aura toujours un trou dans la raquette, une erreur humaine, etc. La panne viendra toujours de là où on ne l'attend pas : coucou le test incendie avec les pompiers qui exigent une coupure totale de l'électricité dans le bâtiment (choisi au hasard… parfois ça tombe bien… et parfois mal…), y compris les onduleurs, sans prévenir (afin d'envisager un arrêt propre des serveurs). Je pense que la supervision, c'est comme les sauvegardes, l'automatisation et le chiffrage du réel (indicateurs) : il faut savoir rationaliser et s'arrêter avant de devenir fou (à force de chiffrer le réel, on oublie le concret, l'humain, etc.) et de dépenser des ressources disproportionnées pour un objectif inatteignable. Il faut accepter notre défaillance d'humains. Un service numérique qui cesse de fonctionner, ce n'est pas grave… On devrait cesser d'habituer nos utilisateurs au mythe du 0 panne. C'est pas grave, tu feras ce que t'avais prévu un peu plus tard… Va péter un coup, baiser, fumer un joint, picoler, regarder une série, lire ou réaliser toute autre activité qui te met bien et tu reprendras ton activité numérique plus tard, ça sert à rien d'être aigri devant un service numérique temporairement en panne… Une panne d'un service numérique est insignifiante à l'échelle d'une vie, d'une temporalité, du vivant, de la planète, de l'univers… Ça sert à rien d'être dans la sur-réaction à une panne informatique… Je trouve que notre époque perd un temps fou à vouloir tout prévoir, à vouloir vivre sans aspérités. Nous nous pourrissons la vie pour rien…

‒ On m'a dit que tout était down !
‒ Oui… Un exercice de sécurité était prévu ce matin… Ils voulaient tester notre système de recovering et de backup en conditions réelles.
‒ En conditions vraiment réelles ?
‒ Oui, vraiment réelles…
‒ Ça veut dire qu'ils ont rollback sur une backup corrompue et qu'ils ne savent pas comment remettre tout ça up ?
‒ C'est ça… En conditions réelles…

Gros +1. C'est toujours comme ça… Tu peux mettre en œuvre tous les outils techniques que tu veux, toutes les procédures que tu veux, disposer des personnes les plus compétentes, tester tout ça autant de fois que tu veux, ça ne fonctionnera pas le jour où ça sera indispensable. Y'aura toujours un trou dans la raquette, une erreur humaine, une emmerde… Le jour J, tu te retrouves à sauver la face avec 3 bouts de ficelle, 3 punaises et un tube de colle. En informatique, comme dans d'autres secteurs, il faut savoir faire le deuil d'une quelconque maîtrise. La perte de données fait partie du jeu. On peut la limiter, mais pas l'empêcher. Ce combat est vain, ça finit en asymptote : des efforts démesurés pour une réduction très très faible du risque, tout ça pour des données finalement pas si importantes que cela quand on y réfléchit et que l'on prend de la hauteur (vie humaine, époque, vivant, planète, univers, etc.). C'est l'une des choses que l'on n'apprend pas aux usagers et encore moins aux diplômés en informatique : savoir lâcher prise, avouer que rien est parfait et que nous n'avons qu'une maîtrise extrêmement limitée… et que tout cela n'est pas grave.

‒ Papi, y a un copain qui m'a dit qu'il y a longtemps, on pouvait aller en cachette sur Internet !
‒ Hhé, oui c'est vrai… Au début, c'était le far west… Des sites sortaient de nulle part, on ne savait pas qui écrivait, qui commentait… On bricolait des pages web librement, sans déclaration ni contrôle… C'était un joyeux bordel anonyme !
‒ Ah bon ?! Mais c'est n'importe quoi ! Ça devait être super dangereux ! Et pourtant, vous y alliez quand même, sur Internet ?
‒ Ha ça, mon enfant… Un peu qu'on y allait…

Une voiture peut être dangereuse, une partie de jambes en l'air aussi (coucou, les IST), ainsi qu'un vélo, un feu, un compas, une brique, les relations humaines (qui peuvent être toxiques), etc. Tout peut être dangereux. Ce qui compte, c'est la bonne évaluation (et pas interprétation) du danger, de sa probabilité d'apparition et de développer des contre-mesures adaptées. Et c'est précisément cette analyse de fond qu'il manque de la part de nos politiciens dans le prétendu débat sur la prétendue lutte contre la haine prétendument en ligne et la remise en question du pseudonymat (l'anonymat, sur Internet comme dans la rue, c'est difficilement atteignable).

L'anonymat et le danger sont naturels ! Ce sont deux états par défaut ! Quand on se voit pour la première fois dans la rue, je suis anonyme à tes yeux et je peux être dangereux pour toi / tes intérêts. Si l'on brise la glace ou qu'un intermédiaire fait les présentations, je ne suis plus un anonyme… mais je ne suis pas pour autant moins dangereux pour toi / tes intérêts (on pensera aux homicides et aux viols, qui sont majoritairement commis par des gens connus de la victime).

Je copie ce que j'ai écrit il y a quelques mois :

L'anonymat, […], est la manière normale d'établir des liens sociaux. On se connaît AFK depuis X temps. Avant, tu ignorais mon existence. Pourtant, je n'étais même pas un anonyme à tes yeux que je pouvais déjà te nuire ! Puis on s'est rencontré. J'étais un anonyme. Je t'ai dit que je me prénomme Y et tu m'as crû sans même me demander un document d'identité. T'ai-je donné mon vrai prénom, au moins ?! Je suis devenu un pseudonyme. À ce nom-là, tu as associé une description physique, des compétences, des défauts, des qualités, des souvenirs, des sentiments, des propos qui t'ont marqué positivement ou négativement, etc. C'est tout ça que tu nommes Y. Ça change quoi que Y ait pour valeur « grosloulou42 » ? Ça reste le même paquetage de concepts, je reste la même personne. Ça change quoi que nous ayons fait connaissance via un intermédiaire (l'air AFK) ou via d'autres intermédiaires (des ordinateurs, un réseau de communication, etc.) ? Tu as obtenu une description physique, le reste est inchangé. Tu noteras que ce pseudonymat AFK ne m'a pas empêché de tenir des propos qui t'ont interloqué / blessé à propos de Z.

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