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——————————— July 27, 2018 - Friday 27, July 2018 ———————————

Bousti : Les amis, c'est comme les règles. Ça débarque toujours un peu à l'improviste, mais on est rassuré de les voir.

:D

Dans les commentaires :

T'es rassurée 10min et puis après tu rages pendant 5 jours xD
Quand ils sont là t'évites de baiser aussi
Quand ils sont là c'est sodomie ?

:')

Le Canard nous parle de tou⋅te⋅s les assoiffé⋅e⋅s de pouvoir : présidents, princes, magnat de la presse, startupeur de la Silicone Valley, juges, etc.

Mes notes :

  • […] certains neuropsychiatres prétendent que gouverner ne rend pas fou mais plus intelligent. Ce miracle serait dû à la dopamine, une molécule épatante qui fait circuler l'information au sien du système nerveux. Le pouvoir, l'eau neuve de vos neurones ? Tout dépend de la dose. Selon le psychologue Ian Robertson, « le pouvoir absolu inonde le cerveau de dopamine. Il crée aussi une addiction ».

  • Cambadelis, à propos d'Hollande : « Il est arrivé au pouvoir grâce à une succession de hasards. Il a passé son quinquennat à s'excuser d'être l'heureux élu ». Ça a toujours été une partie de mon sentiment, oui, d'où il ne se sentait pas légitime pour arbitrer les grands choix ;

  • Je me note une autre des saillies de Chirac : « À nos femmes, à nos chevaux, et à ceux qui les montent ! » ;

  • Balladur était gonflé de suffisance, Mitterrand était courtisé (Bérégovoy et François de Grossouvre se sont suicidés à force d'être mis au placard), Giscard se prétendait d'une lignée noble voire royale et De Gaulle était autoritaire et colonialiste ;

  • Le père Maciel (au Mexique) organisait des séminaires "masturbation et sodomie". Il arguait que la première est une méthode thérapeutique pour soulager des douleurs du foie et qu'il disposait d'une autorisation spéciale du Pape pour se faire sodomiser. :D Dommage qu'à côté de ça, il ait violé de nombreux enfants et ados, y compris les siens… ;

  • Si les juges d'instruction traitent environ 5 % des affaires judiciaires, c'est toujours les plus difficiles émotionnellement. Or, le⋅a juge d'instruction œuvre quasiment seul⋅e, si l'on exclut la chambre d'instruction (trois magistrats de la Cour d'appel) qui ont peu de pouvoirs réels, ce qui conduit à son omniprésence et à la folie d'une seule personne. Exemples de gros ratés judiciaire causés par un juge d'instruction trop sûr de lui : procès d'Outreau, affaire Villemin, les frasques du juge antiterro Bruguière, etc. Faut-il aller vers un système où les pouvoirs de la chambre de l’instruction sont renforcés et où plusieurs juges d’instruction travaillent sur une même affaire ? ;

  • […] Viktor Orban […] a été conforté par une victoire électorale écrasante […]. Grâce à un mode de scrutin taillé sur mesure, son parti, le Fidesz, et ses alliés ont obtenu, avec moins de 49 % des voix, 133 des 199 sièges du Parlement, pile la majorité des deux tiers, qui permet tout ;

  • Le prince d'Arabie Saoudite Mohammed Ben Salmane serait-il un poil de chouïa progressiste ? À l'automne 2017, il prétendait vouloir faire tomber les pratiques conservatrices. Il déclarait également que la charia n'impose pas le voile aux femmes. Sur les autres sujets (homosexualité, adultère, coups de fouets, l'athéisme), MBS est dans la lignée habituelle de la répression ;

  • La Birmanie nous montre l'exemple d'une militante des droits de l'Homme qui a mal tourné… Aujourd’hui cheffe de facto du gouvernement, Aung San Suu Kyi n'a pas le choix que de composer avec l'armée, qui détient des sièges de pouvoir selon la constitution… D'où le massacre des Rohingyas… Cela n'excuse pas le caractère autoritaire du personnage qui passe visiblement son temps à hurler sur tout le monde… ;

  • Des essais d'Hyperloop devraient avoir lieu en France, à Limoges [ NDLR : en 2019 ]

  • Durant l'été 2013, [ NDLR : Jeff Bezos ] a acquis le prestigieux « Washington Post » pour 250 millions de dollars. Il s'agit d'un achat réalisé à titre personnel, et non pas par l'entreprise [ NDLR : Amazon ]. En réaction, l'ONG américaine Roots, dédiée à la défense des libertés publiques, a demandé au quotidien, devenu propriété de Bezos, de publier des informations sur le contrat à 600 millions de dollars signé entre Amazon et la CIA. [ NDLR : pour lui construire un cloud privé, mis en service en 2014 ].

Benoît Delépine a rencontré pour Siné Mensuel Pierre Jouventin, éthologue, ancien directeur de recherche au CNRS, spécialiste en écologie comportementale et auteur de L’Homme, cet animal raté. Entretien.

Pourquoi ce titre pour votre livre : L’homme, cet animal raté ?
Parce que notre espèce est incapable de s’adapter à long terme à son milieu comme le fait n’importe quel animal moins intelligent. Comme directeur de recherche au CNRS et comme directeur de laboratoire d’écologie, j’ai passé quarante ans à suivre les animaux sauvages dans la nature. Après avoir étudié de près une vingtaine d’espèces, passé plus de huit ans en Antarctique et sur les îles qui l’entourent, trois ans en forêt équatoriale au Gabon, j’ai voulu appliquer mes connaissances à l’animal le plus énigmatique, celui qui s’est « autodomestiqué », comme disait Konrad Lorenz, c’est-à-dire à l’homme. Donc je l’étudie en naturaliste dans ce livre en appliquant les découvertes récentes en paléoanthropologie, génétique, écologie scientifique, éthologie…

À votre avis, si on mettait les êtres humains les uns contre les autres debout, quelle serait la surface géographique qu’ils occuperaient ?
Je ne sais pas.

On n’est pas loin de 8 milliards, et donc à quatre par mètre carré, ça tient dans le Lac Léman. Comment expliquez-vous que des quasi-bactéries qui tiennent dans le lac Léman aient réussi à foutre en l'air la planète aussi vite ?
C’est tout l’objet de mon livre. L’Histoire commence il y a quelques milliers d’années alors que notre espèce est vieille de 300 000 ans et la famille humaine de 2,5 millions d’années. À partir de la révolution néolithique, il y a seulement 10 000 ans, on se sédentarise en passant à l’élevage et à l’agriculture. On change radicalement de mode d’exploitation de la nature et de démographie. Au lieu de faire un enfant tous les quatre ans, les femmes mettent au monde presque tous les ans. Tous les animaux savent éviter de se trouver en surnombre et se régulent alors que, sur notre voiture, il n’y a pas de marche arrière. De nombreuses personnalités se rendent compte qu’on va dans le mur mais, collectivement, c’est le déni. Surtout par ceux qui nous dirigent et dont le mandat ne dépasse pas cinq ans. Le système capitaliste est fondé sur la compétition. Si celle-ci est naturelle, il existe une autre force naturelle : la coopération. Aujourd’hui, le social, qui est indispensable à notre équilibre, est mis sur la touche et il ne reste que la compétition car elle rapporte. Et c’est pour cette raison que l’écologie est une science subversive, remettant en question un « développement infini dans un monde fini ».

Vous démontrez que l’homme est un animal qui, pour survivre, s’est mis à chasser en petits groupes parce qu’il était relativement faible dans la savane. Votre théorie est que chasser à plusieurs, en poursuivant les grands animaux, a peu à peu fait grossir le cerveau de l’homme, et lui a fait gagner ce qu’on appelle une forme d’intelligence. Aujourd’hui, à 8 milliards, on conserve ce cerveau qui nous permet de nous entendre avec une dizaine de personnes, les amis, la famille… On est efficace en petits groupes mais dès qu’on est plus nombreux, on n’arrive plus à concevoir sur le long terme.
Pendant plus de 95 % de notre existence, nous avons été le seul primate qui chassait en groupe. Comme les loups avec qui nous partagions la même niche écologique de chasseur coopératif du gros gibier. On est sorti de la forêt pour coloniser la savane et se trouver devant une nourriture abondante, c’est-à-dire les grands herbivores mais aussi des carnivores dangereux. Dans ce milieu ouvert, l’homme ne pouvait survivre et se nourrir qu’en bandes. Il a donc grandement développé au cours de son évolution les techniques de chasse et les liens sociaux. Je pense, contrairement à ce qui est dit partout, que l’animal le plus proche de nous n’est pas le chimpanzé ni le bonobo, bien que génétiquement ce soit indéniable. Aux plans social et psychologique, nous sommes plus proches du loup par convergence écologique, seule à expliquer notre originalité de primate super-prédateur.

Si on était si proche que ça psychologiquement du chimpanzé, on aurait des chimpanzés domesfiqués.
Bien sûr ! Pourquoi cohabitons-nous si bien avec des chiens mais pas avec des chimpanzés ? Parce que les chiens sont très proches de nous malgré les appa— rences. Ils ont le sens de la hiérarchie sociale et de l’entraide. Pourquoi et comment l’homme a-t-il « inventé » le chien ? Les hommes préhistoriques ont d’abord trouvé dans leurs tanières de jeunes loups. ils se sont aperçus que les loups s’intégraient au groupe, défendant le campement. Ils multipliaient par trois la prise de gibier, d’après les études effectuées dans des clans de chasseurs-cueilleurs. À partir de cette association avec le descendant du loup, le perfectionnement des armes de jet et surtout l’agriculture, les hommes pouvaient nourrir beaucoup plus d’enfants. Pourquoi ne pas en être resté au loup ? Quand il devient mature socialement vers 3 ans, il essaie de monter dans la hiérarchie du clan, c’est-à-dire dans la famille qui l’a hébergé, et il entre parfois en conflit avec les humains. Du coup, nos ancêtres ont sélectionné les louveteaux les plus dociles de chaque portée, et ils ont obtenu des loups qui restent infantiles et ne remettent jamais en question l’autorité du chef de meute : le chien est donc un « ado éternel ».

C’est pour ça que le football est le sport mondial : ce sont de petites bandes de mecs qui s’affrontent. On revient donc au schéma de base de l’être humain. C’est une bande d’une dizaine de personnes chassant une proie…
Dans tous les domaines humains, c’est la base biologique sur laquelle reposent la sexualité, le pouvoir, l’amitié. Le football est un développement hypertrophié de la défense collective de la tribu
.

On connaît la célèbre phrase : « L’homme est un loup pour l’homme. » Mais l’homme est pire qu’un loup pour l’homme.
Cette phrase a été reprise de l’Antiquité par Thomas Hobbes qui considérait que les hommes étaient tellement méchants qu’il fallait les protéger, et donc qu’il fallait un État pour y parvenir. Je pense comme vous et Rousseau que c’est l’inverse : « L’homme est naturellement bon mais la société actuelle le rend méchant. » En effet, les chasseurs-cueilleurs étaient nomades et travaillaient deux à trois heures par jour d’après les ethnologues (ce que j’ai pu constater chez les Pygmées). Après la révolution néolithique, le temps contraint exige trois fois plus de travail. La nourriture augmente et la population aussi. il faut alors stocker les réserves contre les pillards et les sociétés dites « égalitaires » deviennent inégalitaires. Les chefs, jusque-là symboliques, deviennent des tyrans. La violence a toujours existé mais la guerre apparaît seulement au néolithique, puis l’armée et la police. L’individu s’inquiète et les dirigeants lui font expliquer par des penseurs comme Hobbes qu’il faut un État pour le protéger, puisque l’homme est namrellement mauvais…

En plus le cerveau humain rétrécit !
C’est classique chez les animaux domestiqués. Ils perdent jusqu’à un tiers de leur cerveau : le chien par rapport au loup, le porc par rapport au sanglier, la poule domestique par rapport à la poule bankiva. On oublie de signaler que l’homme actuel a moins de volume de cerveau que l’homme de Cro-Magnon et de Néandertal…

D’ailleurs, vous avez vécu avec un loup…
À ma connaissance, je suis le seul à avoir élevé un loup non pas dans un enclos à côté de la maison, mais à l’intérieur. Dans mon livre Kamala, une louve dans ma famille, je raconte que, sans l’avoir recherché, notre famille a vécu en meute. Ce que nous avons découvert, c'est que le loup défend ses proches. Quand nous nous approchions d’un balcon, notre louve nous tirait par le pantalon. On l’a compris seulement quand on est allés se baigner en rivière. Ma femme se jetait à l’eau, et la louve sautait à son tour pour la ramener à la rive dix fois de suite. J’ai tout photographié et filmé (http://pierrejouventin.fr). Bref, à l’inverse de ce qui dit Hobbes, le loup est altruiste et donne une leçon à l’homme !

Quand on se rend compte de notre évolution, ou non-évolution, elle explique beaucoup plus de choses que la philosophie ! Un milliardaire qui gagne 100 milliards, c’est ridicule. On se dit : « Pourquoi a-t-il besoin de 100 milliards ? Il n’arrivera jamais à les dépenser. » Il s’en fout, il fait partie d’un petit groupe et ne se rend pas compte du bordel qu’il a créé.
Lorsque j'étudiais sur le terrain un babouin forestier, le mandrill, j’ai vécu un moment dans une tribu de Pygmées. Là-bas, le chef, c’était celui qui allait planter la lance sous le ventre de l’éléphant ou qui parlait au nom des autres. S’il abusait de son pouvoir, les membres du groupe ne lui accordaient plus d’attention. Rien à voir avec nos présidents français qui peuvent déclencher une guerre sans consulter personne…

Avant l’élection présidentielle, Macron se disait européen, quand tout le monde était contre l’Europe… Il assume ! Il assume le fait de gagner de l’argent ! Et tout le monde se dit : il assume, donc il croit en ce qu’il dit. Ça change un peu la donne.
Notre cerveau est tellement gros qu’il est difficile de savoir quand quelqu’un ment, surtout s’il est aussi doué que Macron qui s’est marié avec sa professeur de théâtre !

Vous donnez aussi des pistes pour s’en sortir : pas plus d’un enfant, mais aussi l’énergie verte, le solaire, etc. Des solutions très difficiles à mettre en œuvre. Sauf de manière quasi autoritaire, on n’y arrivera jamais. Quel homme politique va dire : « À partir de demain, pas plus d’un enfant » ?
Les Chinois l’ont fait mais ils sont revenus en arrière et le contrôle des naissances n’a, de toutes nmnières, pas bonne presse. Même si les pays industrialisés prenaient conscience de la surpopulation, les pays du tiers-monde — qui ont bénéficié des avancées de la médecine et dont la démographie est explosive — combleraient les vides… Donc l’avenir sur ce point paraît difficile. En revanche, les énergies renouvelables vont nécessairement se développer puisque le capitalisme a trouvé comment en tirer profit. Notre pays est très en retard parce qu’il s’est fourvoyé dans le tout-nucléaire et ne sait plus comment sortir de cette impasse coûteuse…

Il faudrait aller vers la décroissance. Mais les gens ne vont pas voter pour ça
Comment arriver à faire avaler à une majorité de gens qu’ils doivent se serrer la ceinture ? Ils préfèrent croire que tout le monde peut devenir riche en bossant comme un fou.

On a tourné un film, qui va sortir en septembre-octobre, à l’Emmaüs de Pau pendant un mois et demi. Ils vivent une utopie extraordinaire : la décroissance.
Seules les petites initiatives peuvent marcher dans le contexte actuel. Il faut entrer en résistance et, dans la mesure du possible, ne plus marcher dans ce système qui piège. J’essaie simplement, en fonction des connaissances actuelles et de mon expérience, de comprendre comment, avec un si gros cerveau, notre espèce extraordinaire s’est engagée sur une voie de garage. Je ne vois pas comment on s’en sortira. Mais au train où nous allons, dans quelques dizaines d’années, ça va péter.

On est trop nombreux pour redevenir des chasseurs-cueilleurs…
Bien sûr, mais regardez Notre-Dame-des-Landes! La vraie trouille des autorités, ce ne sont pas les « casseurs », comme ils disent. Leur crainte, c’est de voir se développer une contre-société avec des codes radicalement différents. Et, marginalement, cela va se développer de plus en plus. Pas question de prendre le pouvoir comme on l’imaginait en 36. On n’arrivera pas à remplacer nos hommes et femmes politiques qui sont imbattables dans leur pratique de la langue de bois. En revanche, on peut vivre de peu en dehors du système, d’une manière raisonnable qui nous satisfasse.

La notion de progrès ne vous dit rien qui vaille…
On nous a piégés avec le progrès. Regardez le grand débat Rousseau contre Voltaire. Voltaire avait raison à son époque : l’avenir était souriant et le progrès libérateur. Mais autant Rousseau se ridiculisait en son temps, autant il redevient d’actualité, parce qu’il a vu plus loin, que ça ne pouvait pas aboutir à une solution durable. Et c’est lui qui est en train de gagner.

S’ajoute enfin la grande escroquerie de la religion. C’est l’homme qui a inventé Dieu, ça c’est sûr !
Pour moi, la religion n’est qu’un exemple des dérives qui arrivent à partir du néolithique, comme la guerre, l’armée, l’État… Vous avez une tendance naturelle, même dans un groupe de Pygmées, a choisir un gars courageux qui défend le groupe et devient un ancêtre mémorable. Donc vous l’idéalisez et il devient un modèle. Or le Dieu des trois monothéismes, c’est LE modèle extrême. Pourtant, depuis Darwin, la Création — c’est-à-dire aujourd’hui la biodiversité — s’explique naturellement. Comment croire à un barbu qui surveille à partir du ciel les faits et gestes de tous les habitants de la planète ? Une admiration naturelle et utile, qui stimulait, est devenue une invraisemblance qui aide à vivre.

Revenons à nos amies les bêtes. On est les plus forts mais pourquoi ne peut-on pas traduire les animaux ?
Mais si, on les traduit ! C’est mon métier de comprendre ce que disent les oiseaux et les mammifères.

Vous savez nous dire ce qu’ils ont envie de dire ?
Quand on connaît bien une espèce, on entre dans sa tête et c’est bien plus facile que pour l’homme. C’est le plus souvent par ignorance que les gens se font mordre. En réalité, un chien vous avertit presque toujours. Aucun ne m’a mordu parce que je vois bien s’il est amical ou pas. Mais chaque animal a un code différent, parfois à l’inverse l’un de l’autre : un chien qui met les oreilles en arrière ou qui bat de la queue manifeste sa joie ; un chat, c’est quand il n’est pas content ! Si vous les étudiez sérieusement, c’est très facile de comprendre les animaux.

L’orque et le perroquet gris du Gabon ont un langage, dites—vous…
Tous les animaux communiquent entre eux par des signaux innés, mais les espèces très sociables qui vivent en groupe en permanence doivent apprendre des autres et on peut donc les leurrer. Si vous prenez un jeune mainate ou perroquet et que vous l’isolez de ses congénères, si vous le caressez régulièrement, il vous considère comme un compagnon et vous imite en prononçant les mêmes mots dans le même contexte. Comme les jeunes enfants, il est programmé pour imiter ses congénères mais vous vous substituez à eux pour qu’il vous imite.

Et les orques s’appellent entre eux ?
Chaque espèce d’orque possède une signature vocale qui lui est propre, chaque famille a sa signature commune et chaque individu aussi. Sous l’eau, ils ne se voient pas mais quand ils chassent en meute, ils doivent savoir où chacun se trouve pour se coordonner dans leur traque.

Une anecdote que j’ai adorée dans votre bouquin, c’est la technique du coq pour avoir une poule !
Quand il veut sauter une poule, le coq émet le cri qu’il pousse quand il a trouvé un ver. Et même s’il n’y en a pas, la poule arrive et hop ! Mais quand il y a un mâle dans les parages, s’il voit un ver, il ne chante pas, pour éviter qu’on le lui pique ! Les corbeaux et les geais, quand ils trouvent quelque chose, le cachent. S’ils voient qu’un congénère les a repérés et risque de venir le déterrer, ils attendent un petit moment qu’il regarde ailleurs, et puis ils le changent de place.

Le mensonge, c’est une forme d’intelligence quand même.
Bien sûr. Nous sommes de loin les plus doués dans ce domaine du fait du développement de notre cortex…

Pour terminer sur une note positive, une action qui a été utile pour notre environnement ?
J’ai été l’expert en biologie de la délégation française lors des réunions internationales sur la « mise en réserve » de l’Antarctique. Je puis témoigner que nous avons eu une chance extraordinaire d’avoir un Premier ministre, Michel Rocard, qui était amoureux des pôles. Pour une fois, la France, qui est généralement à la traîne en écologie, a été pilote au niveau international. Nous sommes ainsi parvenus à interdire l’exploitation des ressources minérales d’un continent entier jusqu’en 2048 au moins !

Je ne suis pas d'accord sur plusieurs points.

Je pense que le déni (écologique, politique, autre) est individuel c'est-à-dire que chacun⋅e voit bien les dégâts que nous provoquons, mais personne n'a envie de se sacrifier, de changer de style de vie, simplement, car il⋅elle n'a pas la certitude d’être suivi, il y a une probabilité non-nulle de trahison. C'est ça qu'il manque aux théories écolos : la certitude que si je joue le jeu, je ne pourrais pas me faire entourlouper voire voler, que je ne ferai pas de vains efforts. Le collectif sert uniquement de justification à la mauvaise conduite (qui n'a jamais dit « je ferai des efforts quand les autres en feront » ?), mais il n'en est pas la véritable cause, selon moi.

Je pense que l'apparition des États et leur légitimité n'est pas liée à une prétendue gentillesse ou méchanceté de l'humain⋅e, mais pour le besoin de réguler les interactions sociales (donc les comportements) au sein d'une espèce animale éminemment sociale dont le nombre de membres augmentait très vite (ce que décrit l’interrogé). Qui définit les règles de la vie en société ? Qui les fait respecter ? Comment ? Il fallait une émanation de la volonté collective. Vivre en petits groupes, avec des règles spécifiques (tel groupe autorise le vol, un autre l’interdit, tel groupe s'exprime pleinement, tel autre groupe considère que certains types de propos n'ont pas à être tenu, par exemple) est une solution qui marche, mais alors, comment se met-on d'accord sur les règles qui s'appliquent à une interaction entre deux individus issus de deux groupes différents ? Comment gère-t-on l'inflation d'un groupe dont les règles plairaient beaucoup ? De plus, même dans les petites communautés humaines, il y a quelqu'un⋅e qui, par son autorité morale ou ses muscles ou ses mérites, définit les règles de la communauté, il y a rarement une autonomie pure et parfaite des individus couplée à une autorégulation. Bref, l'État, sous sa forme actuelle, était le modèle théorique le plus simple pour satisfaire ces critères. Je parle bien de l'État en tant que modèle, pas des politicien⋅ne⋅s qui sont une des implémentations possibles et dont on pourrait très bien se passer… le jour où l'humain⋅e ne sera plus une grosse feignasse qui aime bien déléguer les bâtons merdeux afin de fuir.

Que vient faire la notion de progrès dans cette entrevue ? Je ne vois pas le lien avec le reste… Je pense, comme Kant, que le progrès peut être responsable, en tout cas que son usage peut être moralisé. Je ne pense pas que l'humanité soit obligée de mettre en œuvre le pire aspect de ses découvertes. Mais oui, gare aux discours nous récitant que le progrès, la technologie est la solution à tous nos problèmes, car c’est un mirage. Les solutions se trouvent dans les interactions entre individus.

Pierre Jouventin se contredit : si le chien est la version domestiquée du loup, qui aime bien la hiérarchie, alors l'humain⋅e est plus proche du chien que du loup insoumis, non ?

Dans le numéro juillet-août 2018 de Siné mensuel.

  • Doux (marque Père Dodu, entre autres), le volailler industriel connu pour avoir gonflé ses poulets avec de l'eau afin de bénéficier de subventions européennes accordées au poids, mis en liquidation judiciaire début 2018 pour la deuxième fois, a été repris par un consortium, Yer Breizh, composé de LDC (Le Gaulois, Loué, Maître Coq, etc.), du groupe saoudien Almunajem, de la coopérative agricole Terrena (via un montage avec Sofiprotéol (huiles, comme Lesieur)), de la coopérative Triskalia (connue pour fraude aux pesticides périmés et empoisonnement de ses salarié⋅e⋅s). Les ex-concurrents de Doux ont su se mettre d'accord sur ce rachat afin d'éviter que MHP, un groupe ukrainien également intéressé pour reprendre Doux, entre sur le marché français. La région Bretagne a financé ce rachat à hauteur de 20,9 millions d'euros, sans compter le paiement des ardoises aux paysan⋅ne⋅s lésé⋅e⋅s par la faillite de Doux. L'État devra rembourser à l'UE les 82 millions d'euros de subventions indûment perçues par Doux dans l’affaire des poulets gonflés à l’eau… ;

  • PMA : en Grande-Bretagne et au Danemark, on donne la possibilité aux enfants de connaître l'identité du donneur de sperme. En Grande-Bretagne, le nombre de donneurs a augmenté suite à cette législation, contrairement à ce que tout le monde imaginait ;

  • Depuis septembre 2017, un mouvement citoyen spontané belge héberge, transporte, nourri des migrant⋅e⋅s. Ce mouvement est né de la répression que le gouvernement belge faisait subir aux migrant⋅e⋅s. Il faut dire que les Belges n'ont jamais eu de délit de solidarité dans leur législation (tant que l'action est à but humanitaire, bien entendu).
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