The Daily Shaarli
Intéressant : deux programmes, connectés via un pipe et la dernière sort toujours avec le code 0 aka "j'ai fait mon job". Dans un tel cas, une condition de ce genre ne fonctionne pas :
if mysqldump -u backup -p testbd | gzip -9 > testbd.bak.gz ; then
echo 'Backup testbd OK';
else
echo 'Backup testbd NOK';
fi
En effet, même en saisissant un mot de passe incorrect ou autre erreur durant l'extraction depuis la base de données, mysqldump sortira en erreur mais gzip sortira en OK puisque cette commande n'aura rien reçu sur stdin donc pas de travail à faire donc elle aura bien réussi à ne rien faire. :)
Solutions : soit on teste la valeur de $PIPESTATUS[0] (pour un pipe enchaînant 2 commandes, [0] et [1] pour 3 commandes, etc.) soit, sans changer la structure de notre code, on positionne l'option « pipefail » : set -o pipefail. Elle permet d'obtenir un code de retour = 0 si toutes les commandes d'un pipe ont réussies ou le code de la dernière commande du pipe qui n'est pas sortie en 0.
ÉDIT DU 15/07/2016 À 23h40 : la rigueur de mon bash-nazi habituel, b4n, m'oblige à vous indiquer que oui, ça fonctionne avec bash, zsh et quelques autres mais que ce n'est pas standard. FIN DE L'ÉDIT.
Microsoft, qui refusait depuis 2013 de fournir aux autorités américaines les données stockées en Europe d’un utilisateur de ses services, a été entendu en appel, jeudi 14 juillet. La cour d’appel des États-Unis pour le second circuit à New York a validé l’argument des avocats de la firme de Redmond. Selon eux, autoriser Washington à émettre des mandats pour accéder aux données stockées à l’étranger foulerait aux pieds les législations nationales et créerait un dangereux précédent.
Appel donc il doit encore y avoir des voies de recours mais c'est déjà encourageant.
Rappel : Il reste que ce week-end pour défendre la neutralité des réseaux au niveau européen. La manière la plus simple de contribuer à cela est de se rendre sur https://savetheinternet.eu/en/#act et de remplir le questionnaire composé de 5 questions. Cela génère un mail automatique qui prend en compte vos réponses et qui, si vous le validez, sera envoyé au régulateur européen des télécoms. Y'en a pour 5 minutes…
Note : vous pouvez aller sur la version française du questionnaire, https://savetheinternet.eu/fr/#act pour comprendre le questionnaire et les explications mais il n'est pas recommandé d'envoyer un mail en français car le régulateur européen des télécoms ne donne aucune indication sur leur lecture / prise en compte.
Passons au sujet de ce shaarli :
Le lobby des télécoms est toujours très actif à Bruxelles. Il faut dire qu'avec l'UE, les points de désaccords ne manquent pas. En témoigne les récents blocages de fusions au Royaume-Uni et au Danemark par l'Autorité de la concurrence européenne. Ces décisions ont passablement agacé les intéressés, qui misent sur ces « consolidation » pour diminuer la concurrence, augmenter leurs prix, et donc leurs bénéfices.
L'autre gros sujet qui fâche concerne les règles de la neutralité du Net. Ce principe suppose que toutes les flux de données en ligne soient traités de manière équitable. Ou en d'autres termes, qu'ils ne soient pas discriminés. Sur le fonds, les opérateurs voient cette mesure d'un très mauvais œil. Pour accroître leurs revenus, ils veulent bénéficier de « différentes catégories de qualité pour proposer de nouveaux services », comme le disait récemment Tim Hoettges, le DG de Deutsche Telekom.
Or début juin, l'organe européen des régulateurs des télécoms (Berec) a dévoilé des « lignes directrices » pour garantir la neutralité du Net sur le Vieux Continent. Or certains positionnements ont suscité une levée de boucliers des opérateurs. L'un d'entre eux concernent le « zero rating », une pratique consistant pour les FAI à ne pas comptabiliser l'accès à un service spécifique dans le décompte de la consommation de data. Le Berec veut encadrer cette pratique pour éviter qu'un service soit favorisé au détriment d'un autre. Concrètement, si une appli musicale est incluse en illimité dans un forfait mobile, le Berec souhaite que si l'accès à Internet est bridé une fois la limite de données atteinte, cette limitation concerne aussi l'appli « zero rating ». Ce qui ne plaît pas aux opérateurs télécoms.
Heu c'est pourtant sobre comme approche. :O Quand tu n'as plus de forfait, tu n'as plus de forfait, point. Si l'on te donne accès à des sites web préselectionnés, c'est uniquement ceux-là que tu consulteras pendant les 28 jours du mois en hors-forfait. Parce que ce seront les seuls pas bloqués ou pas ralentis ! Même chose si c'est des services ou applications, hein. Notamment pour les personnes qui ont un faible quota d'Internet mobile car pas de thunes. On discrimine toujours plus les pauvres.
[...] dans un manifeste dévoilé par le Financial Times, les poids lourds BT, Deutsche Telekom, Telecom Italia ou encore Vodafone [ NDLR : et encore 13 signataires supplémentaires dont Orange et Nokia et Ericsson (LOL) :S ] ont carrément menacé les autorités de l'UE de retarder leurs investissements dans la 5G, la prochaine génération de très haut débit mobile, si le cadre réglementaire n'était pas assoupli !
Bien peu diplomatique, le ton employé illustre à quel point le sujet est sensible. En outre, les opérateurs demandent que les acteurs du Net, à l'instar de Skype ou de WhatsApp - qui concurrencent leurs services en empruntant librement leurs tuyaux - soient soumis aux mêmes règles du jeu qu'eux. Ce qui n'est pas le cas actuellement.
C'est le cas si ces fournisseurs de services ne sont pas leur propre fournisseur d'accès à Internet. S'ils sont leur propre opérateur (comme Wikimedia ou Google ou Facebook) alors oui, les interconnexions IP ne sont pas de la fourniture d'accès à Internet donc ça échappe aux lignes directrices du BEREC. independence?
En menaçant de retarder leurs investissements dans la 5G, les opérateurs jettent un sacré pavé dans la mare. Depuis quelques temps, Bruxelles se démène pour que l'UE reste en pointe dans le développement de cette prochaine génération de très haut débit mobile. En plus de permettre d'acheminer les données beaucoup plus rapidement, la 5G est perçue comme la prochaine grande rampe de lancement de l'Internet des objets. Ce qui permettra, d'ici quelques années, de faire émerger de nouveaux business, comme celui de la voiture connectée. [ NDLR : ou la santé ou la ville connectée, etc. ]
Lol. On n'a même pas encore de la 2G ou de la 3G partout en France et encore moins en EU et encore moins de la 3G qui fonctionne que les opérateurs partent déjà pour la 5G. Minute, papillon ! L'innovation au prix d'accroitre la fracture numérique ?
Via https://www.laquadrature.net/fr/euractiv-les-operateurs-europeens-font-du-chantage-a-la-5g
http://arstechnica.com/tech-policy/2016/07/5g-vowed-by-telcos-demand-weak-net-neutrality/ :
The 3,000-word document also makes certain promises: signatories have committed to starting large-scale demonstrations of 5G technology by 2018, and launching 5G commercially in at least one city in every EU country by 2020.
Y'a aucune promesses : la 5G a toujours était prévue pour l'horizon 2020 !
The telcos also want net neutrality laws to allow “innovative specialised services,” adding that “5G introduces the concept of network slicing to accommodate a wide variety of industry verticals’ business models on a common platform, at scale and with services guarantees.”
[...] Plus qu’un réseau, la 5G sera en fait un ensemble de réseaux cohabitant de façon transparente pour l’utilisateur.
Boarf, on découpe la plage de fréquences. On est au niveau physique de ce que font les VLAN des services spécialisés TV & téléphone au niveau logique.
Il [ NDLR : l’équipementier chinois Huawei ] avait aussi diffusé cette illustration qui montrait bien la répartition des différentes applications possibles en fonction des besoins de chacune [...]
Or si les applications ont des besoins différents et peuvent demander à accéder à telle partie du spectre qui offre plus de distance de couverture, ou à telle autre qui offre une meilleure latence, il devient techniquement nécessaire d’arbitrer entre les utilisateurs du réseau, et de fixer des règles qui permettent de savoir qui peut accéder à quoi, selon quels critères et quelles priorités. Sauf à imposer un système auto-géré par déclarations de besoins, et par des algorithmes non discriminants, les opérateurs mobiles se retrouvent en position de choisir qui a accès à certaines parties de la 5G, et donc de vendre cet accès.
Ben. Les opérateurs veulent des niveaux de services différents pour des cas d'usage spécialisés (genre ville connectée, maison connectée (ça se fait déjà chez SFR)). C'est OK dans les guidelines du BEREC. Faut juste que l'optimisation soit objectivement (critères techniques genre latence, débit, etc) nécessaire. Les telcos disent que oui donc c'est OK… Donc là, s'ils grognent, c'est que ce qu'ils veulent, c'est :
Et si ça n’était pas assez clair, les opérateurs veulent se garantir le droit de vendre des accès à certains pans de la 5G. « Il est essentiel d’assurer la monétisation de la 5G pour conduire les investissements. La monétisation peut prendre place à travers toute la chaîne de valeurs avec les utilisateurs finals, les fournisseurs de services et les verticaux de l’industrie, pour assurer de justes retours [sur investissement]. Les opérateurs devraient aussi être libres de mixer et gérer différentes générations de technologies, mobiles ou autres, qui permettent à la technologie mobile 5G de servir leurs clients de façon optimale ».
In this context we must highlight the danger of restrictive Net Neutrality rules, in the context of 5G technologies, business applications and beyond. 5G introduces the concept of “Network Slicing” to accommodate a wide-variety of industry verticals’ business models on a common platform, at scale and with services guarantees.
Donc, en gros, la 5G c'est de la convergence de réseaux. Accès Internet + réseaux IOT (genre Sigfox). Donc moins d'acteurs. Donc les opérateurs telcos veulent pas déployer seuls, c'est ça leur argument, en fait. Donc, ils recherchent une garantie de rentabilité de déploiement d'une infrastructure. Mooouiiii à ce train-là, on n'aurait déployé aucun réseau (électricité, eau potable, etc.) puisqu'au tout début, qui pouvait prévoir l'usage et donc la future rentabilité de ces réseaux ? Et plutôt que d'envisager du co-investissement de déploiement (où ensuite chaque acteur commercialise son service IOT bullhsit), les telcos attendent une rente des fournisseurs de services comme FT qui loue la boucle locale cuivre alors que la ligne est déployée depuis plus de 30 ans et que y'a jamais de travaux de maintenance dessus ! (ils attendent aussi des fréquences bradées de la part des États).
5G network slices are meant to run on shared infrastructure without deteriorating the agreed levels of service.
Bah donc si vos services spécialisés ne détériorent pas le niveau de service promis pour l'accès à Internet, alors les lignes directrices actuelles du BEREC ne peuvent rien contre vous. :)
The EU regulatory framework should be reformed to have as a primary objective a requirement for NRAs (National Regulatory Authorities) to secure long-term benefits to consumers and European economic development by incentivising investments in connectivity by all players
Ok, ils ont toujours à l'idée de faire casquer les fournisseurs de services. L'idée est de dire que sans services, les réseaux ne valent rien. Et sans réseaux, on n'accède pas aux services. Sauf que quand je paye mon abonnement d'accès à Internet, je paye pour que mon FAI monte son réseau et me donne accès à tout Internet ! Pourquoi aller demander de l'argent aux fournisseurs de services en échange d'une priorisation ? Le FSI aussi il monte son réseau où il a recours à un FAI qui doit monter son réseau ! Le FAI répartie les coûts sur ses clients, comme dans tout business ! Après, si les FAI vendent forfaitairement et à 30 €/mois quelque chose qui n'est pas forfaitaire ou à 30 €/mois, c't'un autre problème.
https://edri.org/telcos-commission-attack-net-neutrality-berecs-independence/ :
Seventeen operators have made an anti-net neutrality statement called the “5G Manifesto” that one can even find on the European Commission’s website. Among other things, the manifesto criticises BEREC’s draft guidelines for creating (unspecified) uncertainties for investment. The rather hysterical statement even threatens the regulators with a delay in investment unless they “take a positive stance on innovation and stick to it.” This demand is mirrored in some of the almost comically biased questions in the 5G networks “consultation” launched by the European Commission.
Even more worrying than the content of the manifesto is the endorsement it has received from the European Commission and, in particular, from the European Commissioner for Digital economy and Society Günther H. Oettinger. In fact, the Commission has promoted the anti-net neutrality declaration not only once, but at least three times on the European Commission’s website (see here, here and here). In addition, the Commissioner applauded these companies in social media. Does this mean that the Commission is “very much” welcoming an attack against net neutrality, the law and the regulators’ independence?
Bah EU = exécutif fort, comme en France.
Moi j'sors ma boule de cristal et j'dis que SFR et d'autres annonceront des licenciements massifs au nom des règles trop strictes de l'EU alors qu'il n'en est rien : http://www.numerama.com/business/177155-patrick-drahi-regrette-davoir-promis-de-ne-pas-licencier-chez-sfr.html
Dans les exceptions à la neutralité du Net, il y a les services gérés. Le consensus actuel est que la télévision linéaire (celle de papa, avec de la pub entre et dans les émissions, par opposition à la télévision de rattrapage qui se fait en ligne, avec de la pub partout aussi et du flash) est forcément un service géré. Ce consensus s'appuie beaucoup plus sur des pratiques actuelles et sur des choix techniques douteux que sur une réalité intangible.
[...]
Quand le principe de la neutralité du Net a commencé à s'imposer, les opérateurs ont essayé d'y échapper en créant la notion de service spécialisé, aussi appelés services gérés : des services qui demandent une qualité particulière sur le réseau et sont donc en-dehors du champ de la neutralité du Net. Il y en a deux classiques en France, la télévision et le téléphone. Pour ces deux services, quand ils sont vendus dans le cadre d'un abonnement unique via une box, il y a une priorisation du trafic : sitôt qu'on allume le décodeur télé, de la bande passante est consommée en priorité par ces flux et ça se ressent sur l'accès à Internet, surtout en ADSL (en fibre ça ne se sent pas, en câble les techniques sont vraiment différentes).
Plusieurs angles d'analyse s'opposent et se complètent pour essayer de caractériser ce qui est un service géré, et parmi les services gérés ce qui est légitime et ce qui ne l'est pas.
Notre angle habituel (côté Fédération FDN et Quadrature du Net) est qu'un service géré qui est équivalent, fonctionnellement, à un service disponible en ligne est une entrave à la libre concurrence : l'opérateur privilégie son propre service (ou celui de son partenaire, c'est égal) en lui offrant une jolie priorisation sur le réseau, contre les services de ses concurrents disponibles en ligne.
Un angle habituel des opérateurs est la nécessité de la priorisation : le service de vidéo demande une priorisation pour que les vidéos soient fluides même quand bittorrent tourne en tâche de fond. Mais il est difficile d'expliquer que c'est vrai pour les vidéos payantes des opérateurs (sur le service de VOD de leur offre télé, par exemple) alors que la priorisation n'est pas disponible pour les vidéos payantes de YouTube (si, si, il y en a, on peut louer des films sur YouTube).
Un angle nouveau proposé par les opérateurs est de comparer l'état du réseau selon que le service est géré ou qu'il ne l'est pas, toutes choses étant égales par ailleurs. Si le réseau est dramatiquement plus chargé, ou mis en danger, ou rendu moins efficace, bref, s'il y a un dommage sur le réseau, c'est qu'il faut que ce soit un service géré. Cet argument a été avancé par quelqu'un pendant la réunion qui s'est tenu le 11 mai au matin dans les locaux de l'ARCEP[1] et je m'y suis opposé sur des bases techniques. Opposition légère, et rapide, de principe, je n'avais pas le temps d'expliquer.
Sur le fond, l'argument est bon. Si un service en passant de géré à normal crée des dommages sérieux sur le réseau, alors il devrait être géré. Reste que ce n'est pas le cas de la télé.
Le cas de la vidéo à la demande est enfantin
Pour la vidéo à la demande, l'analyse est simple. Pas de vraie différence sur le réseau entre la vidéo diffusée par la plateforme de vidéo à la demande (VOD) de l'opérateur et celle diffusée pas un acteur externe, Netflix ou YouTube par exemple. Donc, ce n'est pas défendable.
L'utilisateur final a payé son accès au réseau, sous la forme d'un abonnement. Il paye le visionnage de la vidéo à la plateforme de vidéo. Si le réseau marche mieux pour une plateforme que pour une autre, c'est un abus de position dominante, et une atteinte très claire au principe d'accès à un réseau ouvert.
Le stress imposé sur le réseau par le visionnage d'une vidéo à la demande, que ce soit sur un site Web, ou au travers du décodeur télé sur la plateforme de l'opérateur, est de la même nature. Il ne diffère qu'en fonction de la vidéo (haute définition ou pas), et par la source du trafic (un point A du réseau au lieu d'un point B du réseau), pas par la nature de la charge induite par le visionnage lui-même. Sur ce service là, l'argument "dommage sur le réseau" n'est donc pas opérant.
Le simple fait que l'opérateur privilégie son offre en prévoyant un câblage spécifique sur la box est un problème. La prise où on branche le décodeur télé est un accès spécial au réseau, cet accès passe par des voies privilégiées pour que les flux télé et VOD soient priorisés. Les flux de VOD de toutes les offres du marché, quel que soit le fournisseur, devraient passer par cet accès priorisé. La priorisation du trafic n'est pas en elle-même un problème. C'est le fait que cette priorisation se fasse pour une seule plateforme qui est un problème. En fait, savoir si la priorisation a lieu pour les offres de VOD de l'opérateur, ou d'un opérateur concurrent, ou de Netflix, ou de Télé Bocal, devrait être automatique et non-discriminant. Ou au choix et sous le contrôle de l'utilisateur final. Mais pas au choix de l'opérateur.
Fonctionnement de la diffusion de la télévision linéaire en IP
Techniquement, la télévision linéaire est diffusée en multicast[2]. C'est un cas intéressant, tout le monde voit le même flux, à la même seconde, la même image en même temps. L'idée est que, quel que soit le nombre de téléspectateurs, on ne va transporter les informations qu'une seule fois. Et pour obtenir cet effet, on utilise du multicast.
[...] Le principe du multicast est radicalement différent. Le réseau sait que c'est un flux (de quoi, il s'en fiche, c'est un flux). Quand je veux regarder une chaîne donnée, mon décodeur télé envoie un message au routeur juste au-dessus dans le réseau disant "Je veux recevoir le flux de Télé Bocal". Si le routeur reçoit déjà le flux en question (mon voisin regarde déjà cette chaîne) alors il copie le flux vers moi et c'est fait. Sinon, il propage la demande au routeur suivant, jusqu'à remonter au serveur qui émet le flux. L'effet sur le brin du réseau qui va chez moi est assez faible. On a mis en œuvre un protocole de routage plus complexe, mais il y a bien un seul exemplaire du flux qui arrive chez moi, comme avant, comme en unicast. En revanche, sur les grands axes du réseau, un seul exemplaire du flux est transporté. Cet exemplaire sera dupliqué à chaque point de connexion, pour aller vers les zones où quelqu'un regarde la chaîne, et seulement ces zones-là.
Du coup, en effet, si on remplace la diffusion de la télévision linéaire en multicast par des flux web en unicast, on crée un stress considérable sur le réseau, les grands axes du réseau se retrouvent avec le même flux en plusieurs millions d'exemplaires, au lieu d'un exemplaire unique. Mais... ce n'est pas la priorisation, ou un changement de priorisation, qui produit cet effet. Ce n'est pas de rendre prioritaire les flux des bouquets télé autres que celui de l'opérateur qui produit cet effet. Ce qui produit cet effet, c'est qu'on a changé de technologie. On est passé d'une diffusion multicast à une diffusion unicast.
Si on reste sur la même technologie, à savoir multicast... Mais, peut-on rester sur la même technologie ? Globalement, la réponse simple est oui. Oui. Un émetteur de flux multicast est défini par une adresse IP [...] Et il existe des milliers millions d'adresses IP identifiées comme multicast. Et je ne parle là que d'IPv4, en IPv6, il y en a beaucoup plus. Pour le moment, entre les grands opérateurs d'Internet, les flux multicast ne sont pas routés. Sur les points d'échange, on ne fait pas passer ces flux là. Si on voulait le faire, on déstabiliserait ces points d'échange[4]. Mais le concept de point d'interconnexion multicast entre deux réseaux est un concept raisonnable, qui ne demande pas des équipements nouveaux, mais simplement des équipements actuels et un effort de configuration.
À tel point que certains opérateurs, de petite taille, commencent à fournir ce type de plateforme d'interconnexion multicast, pour aider d'autres petits opérateurs à diffuser des flux de télévision. C'est donc faisable. Pas encore à grande échelle, mais uniquement parce que les grands acteurs du secteur ne veulent pas le faire.
Nous proposons qu'il y ait des points d'interconnexion multicast sur le réseau IP européen, comme il y a des points d'interconnexion pour les flux unicast. Certaines interconnexions sont payantes, d'autres sont gratuites, on pourrait fonctionner sur les mêmes bases. Chaque émetteur de flux télé vient se connecter sur un de ces points (via son fournisseur d'accès à Internet) et dispose d'une adresse IP multicast. France Télévision a une de ces adresses, le groupe Canal+ aussi, Télé Bocal aussi, etc.
Quand le décodeur télé d'un abonné demande à regarder une chaîne... hé bien il se passe la même chose qu'à l'heure actuelle, une demande de souscription IGMP[5] circule sur le réseau vers l'adresse IP qui émet le flux, et chaque routeur sur le trajet se met à gérer son exemplaire du flux, et à dupliquer vers les personnes qui le souhaitent. En clair, sur la théorie, on ne change rien.
Sauf que tout d'un coup, tous les abonnés de tous les FAIs de toute l'Europe ont accès à toutes les chaînes de télévisions de tous les bouquets de tous les pays.
Oh, et les chaînes payantes ? C'est assez simple. Soit le contrôle d'accès à ces chaînes payantes est fait sur le réseau, et alors il continue d'être fait sur le réseau : le routeur qui est au bout de ma ligne n'accepte ma demande de recevoir un flux que si j'ai l'abonnement qui correspond. Soit le contrôle est fait par le terminal : le flux est chiffré, et mon décodeur télé ne pourra déchiffrer le flux que si j'ai l'abonnement correspondant. Il y aurait sans doute des efforts à faire pour généraliser le contrôle d'accès par le réseau, mais j'y reviendrai.
Mais sur le principe, je peux depuis Paris souscrire aux chaînes de cinéma diffusées par les grands bouquets polonais, ou tchèques, ou espagnols.
En ce moment, la Commission européenne fait des grands moulinets avec les bras sur les histoires de geoblocking[6] et sur le Digital Single Market[7]. Ils luttent contre le fait que des plateformes acceptent de diffuser des flux aux abonnés français mais refusent ces diffusions aux abonnés allemands ou américains. Ce qui fait que les copains en séjour aux USA, quand ils veulent regarder un peu de télé franchouillarde, passent par des VPNs pour être vus comme venant de France. C'est stérile. C'est débile. C'est la main invisible du marché.
Notre idée d'un réseau multicast ouvert et public, routé comme il devrait l'être[8], permet de faire du marché de la télévision un vrai marché européen. Non pas qu'une chaîne de télévision en polonais ait une chance de prendre 40% des parts de marché en France, mais qu'un polonais qui est en séjour en France ait accès à des informations en polonais. Le citoyen européen qui se déplace en Europe peut prendre des nouvelles de chez lui. Il est un peu plus chez lui partout en Europe. Et il nous semble que tout ça a du sens.
[...] Le mécanisme que nous proposons pose tout de même une difficulté pour les chaînes payantes. Pas une difficulté de principe, on l'a vu, mais une difficulté contractuelle. En effet, il faut que le routeur au bout de ma ligne sache si je suis abonné ou pas à une chaîne. Or la transaction commerciale a eu lieu, en toute logique, entre la chaîne de télévision (ou son mandataire, mais ça ne change rien) et moi. Il n'est pas logique que l'opérateur soit partie prenante à cette transaction. Il faut donc prévoir un mécanisme simple et portable. Par exemple que l'opérateur puisse interroger une plateforme avec une question du type "l'abonné XXX (identifiant unique) peut-il accéder au flux YYY". Cette plateforme n'est pas très différente, dans son principe, de ce qui se fait pour la portabilité des numéros de téléphone. [...]
Effet de fourniture
Le règlement européen insiste, dans sa définition d'un accès ouvert au réseau, sur le fait que l'utilisateur final peut accéder au service de son choix. Notre proposition fait que l'utilisateur final peut accéder au service télé de son choix via le réseau. C'est donc parfaitement cohérent. Et l'approche contraire qui est que l'utilisateur ne peut accéder qu'au service de télévision linéaire de son opérateur est fondamentalement contraire au texte européen.
Mais il y a plus, comme disent certains juristes. En effet le règlement européen indique clairement que l'utilisateur doit pouvoir fournir le service de son choix. Dans notre approche, c'est possible. Chacun peut avoir une adresse multicast s'il le souhaite, et donc se mettre à émettre, depuis chez lui si la vitesse de son accès le permet, un flux de télévision. Et l'Europe entière pourrait regarder ce flux, sans que sa ligne soit plus chargée que d'habitude.
Le texte du règlement européen est très clair. Il ne dit pas qu'il doit y avoir plusieurs acteurs de marché dans le monde de la télévision. Il dit que chaque utilisateur final doit pouvoir proposer les services de son choix. La vision que nous proposons d'un réseau multicast ouvert, interconnecté, routé, pour le réseau de diffusion de la télévision linéaire est la seule qui permet ça.
Il n'y aurait plus qu'un seul FAI
Le représentant d'un grand opérateur qui défendait le point lors de la réunion de l'ARCEP m'a répondu, outré, comme si j'étais le pire des ignobles, qu'il n'y aurait alors plus qu'un seul FAI. Me dire ça. À moi.
En effet, pour lui, ce qui permet à plusieurs FAIs d'exister, c'est que les offres sont différentes, c'est que les bouquets de télé sont différents, c'est que les films disponibles en vidéo à la demande sont différents. Il devait croire en 2000 que c'est pour le portail qu'un abonné choisissait entre Orange et Free. Et qu'une fois la mode du portail passée, et elle est passée depuis 2008, l'univers entier allait s'écrouler. Il croit donc que si tous les abonnés peuvent accéder par le réseau à toutes les offres de télé, alors tous les FAIs auront le même service, et qu'il n'y aura plus de marqueur différenciant.
Mon analyse à moi, c'est qu'il n'y a qu'un seul Internet. Et que tous les FAIs fournissent un accès au même Internet. Et la proposition qui est faite ici est simplement de réintégrer dans ce réseau Internet unique les flux multicast que les opérateurs ont mis de côté.
Je redoute que sur ce point son approche et la mienne ne puissent pas être réconciliées. Mais voilà, c'est bien mon approche qui est soutenue par le règlement européen, contribuer à ce qu'il n'y ait qu'un seul Internet, et que tous les citoyens d'Europe puissent y accéder de la même manière où qu'ils soient en Europe.
Dans les éléments constitutifs d'un accès ouvert au réseau Internet tel que défini par le règlement européen sur les télécoms adopté récemment, il y a le fait que l'utilisateur final puisse utiliser le terminal de son choix.
Le cas pas si simple du mobile
Les smartphones sont tous conçus sur un modèle relativement similaire. Deux ordinateurs cohabitent dans le téléphone, qui font tourner deux systèmes d'exploitation différents. L'un est ce qu'on appelle le baseband, qui gère la liaison avec le réseau, l'essentiel de la partie radio/GSM. L'autre est celui qu'on manipule via un écran tactile.
Le texte du règlement européen ne rentrant pas dans ce genre de détails, et les téléphones n'étant pas démontables, il en résulte qu'ayant le choix du terminal, on a le choix (sans le faire exprès) du module de connexion au réseau.
Les projets en cours sur ces sujets-là emportent, à mon sens, un enjeu stratégique trop souvent mis de côté par le régulateur et le législateur : la confiance que l'utilisateur accorde, parfois un peu légèrement, à un intermédiaire technique dont il n'a pas forcément conscience.
On a vu par exemple que le téléphone mobile est un outil de choix pour la surveillance de masse de la population (cf. révélations Snowden), que c'est un outil parfait pour cibler un individu, et que la partie radio est capable de prendre la main sur le système central et de le modifier. C'est par exemple ce qui se passe avec certains services contre le vol : le légitime propriétaire du téléphone va sur le site de fabriquant, signale qu'il veut que le terminal soit détruit, et lors de sa prochaine connexion sur le réseau, un message technique sera envoyé à la partie radio qui prendra la main sur le système principal, et effacera toutes les données.
C'est un vrai service rendu à l'utilisateur. Mais c'est aussi le signe que toutes les données de l'utilisateur sont à portée du constructeur et de l'opérateur réseau. Avec l'accord de l'utilisateur final. Ou sans cet accord. Et alors la liberté de choix du terminal prend un sens très fort. Souhaitons-nous accorder de tels pouvoirs à des intermédiaires techniques, et si oui, lesquels ?
Le découpage du fixe
Dans le cas de l'accès fixe à Internet, le découpage est beaucoup plus visible. Tellement visible qu'il finit parfois par être encombrant dans le salon. L'utilisateur final a en général deux ou trois boîtiers interconnectés. L'un est le convertisseur entre l'arrivée en fibre optique et une arrivée réseau plus classique, en RJ45 le plus souvent. Cet équipement est intrinsèquement lié au réseau. C'est lui qui est adapté à la couleur qui circule sur la fibre, et au type de modulation employée (GPON, ethernet, etc)[1]. Cet élément est souvent embarqué dans la box dans le cas de l'ADSL tel qu'il se pratique en France.
Le second élément est celui qu'on appelle la box, parce que c'est joli en terme de marketing. En pratique, c'est un routeur, qui embarque le modem dans le cas de l'ADSL. C'est cet équipement qui est connecté à Internet, qui dispose d'une adresse IP, qui propose du réseau Wifi pour le réseau local, qui réalise le partage de connexion entre le réseau local et Internet, etc. Cet équipement, quand la partie modem en est détachée, est parfaitement standard. Il n'a rien de vraiment lié au réseau. C'est un petit routeur, tout ce qu'il y a de plus simple.
Le troisième élément est le décodeur télé. Il intègre aussi d'autres fonctions, comme l'accès à une plate-forme de vidéo facturée au visionnage (dite vidéo à la demande). [...] Cet équipement est couplé à l'offre de vidéo. Il n'est pas couplé au réseau. Les éléments techniques qu'il met en jeu ne sont pas liés au réseau en lui-même, mais à la plateforme de service. [...] Ce décodeur télé n'est donc pas un terminal utilisé pour le service d'accès au réseau, mais un terminal utilisé pour un service au-dessus du réseau. Ce n'est pas le sujet ici, mais le service de vidéo n'a aucune raison d'être couplé avec le service d'accès à Internet. C'est un cas assez clair de vente lié et d'effet de bras de levier pour imposer un choix à un consommateur captif.
Enfin, il est à noter que le service de téléphonie est assuré soit par la box, dans le cas des accès fibre et ADSL, soit par un équipement entièrement distinct, dans le cas de certains abonnements au câble. Techniquement, ce service pourrait complètement être découplé de l'abonnement à Internet, en étant un service entièrement à part, c'est par exemple le cas quand on prend un abonnement VoIP chez OVH.
Regardons le modem
La question de la définition réglementaire du modem quand il est incorporé dans un autre équipement semble peu intéressante. Soit on considère que c'est le statut de l'équipement englobant qui l'emporte, et alors le modem est intégré à un terminal qui doit être au libre choix de l'utilisateur. Soit on considère que c'est le statut du modem, dernier maillon du réseau, qui l'emporte, et alors il doit être au choix de l'utilisateur parce que le modem est un élément standard simple et remplaçable comme on a vu ci-dessus. Si le libre choix de l'utilisateur est obligatoire, alors l'utilisateur final doit avoir accès à une version de l'abonnement où les deux équipements sont séparés, sans sur-coût inutile (ergo, avec une ristourne significative quand il se passe d'un équipement ou des deux).
On devrait donc arriver à une situation de marché où il est admissible que l'utilisateur n'ait pas le libre choix du modem en vertu du règlement européen sur les télécoms, mais où ce libre choix découlerait du droit de la concurrence et du droit de la consommation, et où les abonnements sans modem seraient moins chers que les abonnements avec modem. Toutes les autres combinaisons correspondent à un dysfonctionnement du marché, et devraient donc être corrigées par la régulation, côté ARCEP ou côté DGCCRF, selon.
Selon cette lecture, le modem n'est donc pas un terminal au sens du règlement européen, c'est le dernier élément du réseau, il est contraint de respecter les choix techniques du réseau (un modem ADSL ne marchera pas sur de la fibre, par exemple).
La box est-elle un terminal ?
La partie modem est le point de terminaison du réseau, elle est un élément du réseau, et ne peut donc pas être considérée comme un terminal au sens du règlement européen.
La box, une fois ce découpage fait, c'est un simple routeur. Ce routeur monte la connexion, détient l'adresse IP publique, gère le partage de connexion, bref, réalise l'accès au réseau, et connecte les services qui disposent d'une priorité particulière. Cet équipement est le terminal qui gère la connexion au réseau. C'est cet équipement qui permet par exemple de faire suivre les connexions Web vers l'ordinateur qui est chargé, chez l'utilisateur final, de diffuser un site web (fourniture des services de son choix au sens du règlement). C'est typiquement cet équipement qui peut se charger de faire du contrôle parental pour que ce contrôle soit effectif sur tous les systèmes raccordés en Wifi au réseau familial.
Quand le règlement européen parle du terminal au libre choix de l'utilisateur final, c'est forcément de la box, simple routeur domestique, qu'il est en train de parler, tous les autres éléments étant en fait les services, que le règlement évoque séparément.
L'opérateur est libre d'imposer un modem précis. La box, le routeur domestique, doit être au libre choix de l'utilisateur final. Il doit donc exister une offre sans la box, et cette offre peut contenir le modem, détaché de la box.
Pour le modem, c'est le droit normal de la concurrence qui va s'appliquer. Si c'est un modem standard, respectant une norme bien connue, et que pour cette norme il existe déjà un marché ouvert, il est probable qu'il soit lui aussi au libre choix de l'utilisateur final.
