The Daily Shaarli
Ministres :
| Premier ministre | LR | 46 ans | haut fonctionnaire |
| Intérieur | PS | 69 ans | député, maire, sénateur |
| Défense | MoDem | 52 ans | députée, conseillère dans les hautes sphères |
| Justice | MoDem | 65 ans | ministre, député |
| Affaires étrangères | PS | 69 ans | maire, conseiller régional, ministre |
| Économie | LR | 48 ans | diplomate, député |
| Cohésion des territoires | PS | 54 ans | conseiller régional, conseiller général, député |
| Action et comptes publics | LR | 34 ans | maire, vice-président conseil régional, député |
| Agriculture | Radical gauche | 69 ans | sénateur, conseiller municipal, conseiller régional |
| Outre-mer | Radical gauche | 52 ans | députée, secrétaire d'état, ministre |
| Transports | ? | 56 ans | haute fonctionnaire |
| Affaires européennes | MoDem | 66 ans | conseillère municipale, députée européenne |
| Écologie | société civile | 62 ans | journaliste, écrivain |
| Solidarités/santé | société civile | 54 ans | médecin |
| Culture | ~ société civile | 65 ans | patronne, a traîné dans un ministère belge |
| Travail | société civile | 62 ans | patronne habituée des grands Conseils d'Administration |
| Éducation nationale | société civile | 52 ans | juriste, a traîné 3 ans au ministère éduc' nat' sous Sarko |
| Enseignement sup' et recherche | société civile | 53 ans | professeure |
| Sports | société civile | 45 ans | sportive, consultante |
Secrétaires d'État :
| Porte-parole du gouvernement | PS | 51 ans | maire, député, vice-président conseil régional |
| Égalité hommes/femmes | apparentée gauche | 34 ans | écrivain, militante, ajointe au maire |
| Handicaps | ? | 56 ans | militante |
| Numérique | PS | 33 ans | entrepreneur, ex-président du CNNum |
Quelques notes :
Quand on devient parent, on apprend assez vite diverses techniques de manipulations^w éducation bienveillante pour faire coopérer son enfant. « on va au bain ? ». Le but étant de l'amener à faire ce qu'on a décidé en lui laissant croire que c'est lui qui a choisi : « tu veux aller au bain avec le petit poney ou avec le spiderman ? ». « Avec le petit poney ! » « Très bien, comme tu veux. Hihi ». Les éducateurs appellent ça « l'intervention démocratique ».
J'ai mis plusieurs années à comprendre qu'on nous faisait voter pour la même raison : nous donner l'impression d'avoir choisi pour nous faire accepter docilement le traitement qui s'en suit. On vote pour le spiderman PS ou le petit poney UMP.
Alors avec les enfants, le problème, c'est qu'ils sont un peu anarchistes. Une instruction, ça doit être justifié. Mais les gens, on ne peut pas qu'ils demandent des explications. Alors on les habitue très tôt à croire en l'autorité d'autres personnes. À l'école, on leur parle beaucoup de grands hommes sans qui tout se serait mal passé, parce que les gens normaux, c'est rien que des nuls.
Et puis on raconte aux gens que leurs ancêtres, ils se sont battus pour avoir le droit de choisir un chef, pas pour être libres. Et qu'élire un chef, c'est ça la démocratie.
Les gens y croient de moins en moins, mais à chaque élection, entre à peu près la moitié d'entre eux vont docilement choisir qui décidera à leur place. « Je suis trop super libre ! ».
Alors au premier tour, il y a quand même des candidats dont on veut pas, mais alors pas du tout. Parce que leur programme, c'est de mettre fin à cette histoire de chef et de laisser les gens décider de ce qui est bien pour eux. Ce sont les candidats des partis révolutionnaires. Ils pensent que contrairement aux chefs, qui sont même pas foutus de conduire leur voiture tous seuls, les gens « normaux » sont suffisamment pragmatiques pour gérer ensemble les affaires publiques. Ils appellent ça « l'intelligence collective ». On a très peur que les gens commencent à écouter ces partis. Du coup, on demande aux médias de les ridiculiser.
Ça marche assez bien, et au deuxième tour, il n'y a plus que les bons candidats. Là, il n'y a plus qu'à faire croire aux gens qu'il y a un choix très important à faire. Il faut que les candidats aient des noms très opposés « gauche, droite » et qu'ils se disputent très fort à la télé. En vrai bien sûr, les candidats ne sont pas du tout opposés. Ils veulent juste la place du chef. « À moins le bureau rutilant, le coiffeur à 8000 boules par mois, le chauffeur et les 7 collaborateurs à vie !!! ».
Pour ça, ils apprennent très tôt les techniques pour se faire élire, à peu près tous dans les mêmes écoles. Et c'est tout ce qu'ils savent faire. Ils ne savent pas […] gérer un pays. C'est pas grave, parce qu'en vrai, c'est pas eux qui prennent les décisions : ils font juste ce qu'on leur dit.
« On », bien sûr, c'est ceux à qui tout ça profite. Car les gens rendus dociles travaillent très dur pour les rendre riches.
Au bout d'un moment, comme le candidat n'a tenu aucune de ses promesses, les gens ne votent plus pour lui. Mais il s'en fiche parce qu'il a le droit à une indemnité à vie. Et puis, en échange d'avoir été gentil avec les riches, il pourra aller travailler comme conseiller dans leurs entreprises.
Bon. Pour en revenir aux enfants, un autre souci, c'est que quand ils ont trop de contraintes, ils finissent pas s'énerver. Alors là, la technique, c'est de leur donner des moyens inoffensifs d'exprimer leur colère : ça peut être taper dans un oreiller, crier très fort ou lancer un ballon en mousse. « je comprends ta colère, tu as le droit d'être fâché (mais tu iras au bain quand même) ».
C'est pareil avec les gens. Si à un moment ils s'énervent, on les laisse manifester et signer des pétitions : ça leur fait du bien et ça change pas grand chose. « Nous comprenons votre colère mais nous pensons que c'est un problème de communication : notre loi sur l'allongement du temps de travail et la baisse des salaires a simplement été mal comprise. ».
Mais si les gens commencent à vraiment vouloir changer de système (nuit debout, ZAD, justice et vérité), alors là… on leur fait peur et on leur fait mal.
Les enfants, eux, comprennent assez vite qu'on est en train de les arnaquer. « Je prends ni le petit poney, ni le spiderman mais dès que je sens trop mauvais, promis, je vais au bain tout seul. ». Heureusement, ils grandissent et pour les trucs chiants, ils finissent par s'organiser tous seuls. Pour les gens, on dirait que c'est toujours pas gagné pour l'instant « en marche avec toi, fais battre mon cœur, ho oui, prends mon argent ».
Quand le partenaire attend de sa compagne qu'elle lui demande de faire les choses, c'est qu'il la voit comme la responsable en titre du travail domestique. Elle = cheffe du projet « gestion maison », lui = « exécutant ». C'est donc à elle de savoir ce qu'il faut faire, et quand il faut le faire.
Le problème avec ça, c'est que, planifier et organiser les choses, c'est déjà un travail à plein temps. Moi, au boulot, quand j'ai commencé à gérer des projets, j'ai vite arrêté d'y participer. Je n'y arrivais pas.
Alors, quand on demande aux femmes de faire tout ce travail d'organisation, et en même temps d'en exécuter une grande partie, ça représente au final 75 % du boulot.
Les féministes appellent ce travail la charge mentale. La charge mentale, c'est le fait de toujours devoir y penser. Penser au fait qu'il faut ajouter les coton tiges à la liste des courses, que c'est le dernier délai pour commander le panier de légumes de la semaine, et qu'on est en retard pour les étrennes du gardien. La charge mentale repose en quasi totalité sur les femmes. C'est un travail épuisant et c'est un travail invisible.
Du coup, alors que la plupart des hommes hétérosexuels de mon entourage affirment partager les tâches à égalité avec leur compagne, lesdites compagnes ont un point de vue assez différent.
Boarf, ça c'est aussi la conséquence du fait qu'il est de plus en plus socialement inadmissible de dire que c'est la dame du foyer qui s'occupe de tout. C'est juste de l'autocensure dans l'expression.
Pour moi, l'existence de cette charge devient flagrante quand je décide de m'atteler à une corvée simple comme débarrasser une table. Je commence par prendre un objet à ranger mais sur le chemin, je vais marcher sur une serviette sale, que je vais aller mettre dans le panier que je vais trouver plein. je vais du coup faire une lessive et tomber sur mon panier de légumes qu'il faut mettre au frais. Et ainsi de suite. Au final, je parviendrai à ranger ma table au bout de 2 pénibles heures.
Si je demande à mon copain de ranger la table, il va juste ranger la table. La serviette va rester par terre. Les légumes vont pourrir sur le plan de travail. C'est ainsi que ma copine J., qui, en allant se coucher, demande à son conjoint : « Tu pourras sortir le biberon du lave vaisselle quand il aura fini ? » trouve, au premier réveil nocturne, le lave vaisselle ouvert, avec juste le biberon sorti et tout le reste encore à vider.
En fait, ce que disent nos partenaires, en nous demandant de leur indiquer les tâches à faire, c'est qu'ils refusent de prendre leur part de charge mentale.
[…]
Et alors que les femmes accèdent de plus en plus au marché du travail, elles restent malgré tout les seules responsables du foyer.
Quand nous devenons mères, cette double responsabilité nous explose au visage. Car 11 jours après l'épreuve de l'accouchement, notre partenaire va retourner au travail. Et ça lui semblera normal. Durant cette période, tout en récupérant de nos sutures entre deux nuits entrecoupées, nous allons intégrer mentalement tout le nécessaire pour gérer un bébé : le choix d'une nounou, l'achat des vêtements, les rendez-vous médicaux et la préparation des repas. Et à la reprise du travail, nous entrerons dans un rythme si infernal, qu'il sera moins épuisant pour nous de continuer à faire toutes ces choses, que de batailler avec notre partenaire pour qu'il en prenne sa part. Voilà comment on trouve des pères d'enfants âgés de plusieurs années, qui ne savent toujours pas où leur acheter des vêtements, quoi leur préparer à manger, la date du prochain vaccin ou même le numéro de la nounou.
Alors, c'est sûr que rien ne nous oblige à faire toutes ces choses. Le problème, c'est que quand on arrête, ça pénalise toute la famille.
Bon. Alors je sais déjà ce que certains vont me dire : « C'est pas vrai, moi je fais la moitié des choses à la maison. ». Hé bin, je vais vous dire, tant mieux (mais confirmez quand même avec votre partenaire). Que ça soit comme ça chez vous ne change rien au problème : statistiquement, ce sont encore en grande majorité les femmes qui gèrent le foyer : d'après l'INSEE, les femmes consacrent encore 2,5 fois plus de temps aux tâches ménagères que les hommes. Et si cet écart diminue avec le temps, ce n'est pas parce que les hommes en font plus mais parce que les ménages les plus aisés externalisent ces tâches, le plus souvent en les déléguant à des femmes immigrées et précaires. On ne peut pas vraiment dire que ça soit une bonne solution.
Pour changer les choses, il me semble évident que les hommes doivent apprendre à se sentir responsables de leur foyer. Il serait déjà bien utile que les pères revendiquent le droit d'être auprès de leur famille dans les premiers mois de leur enfant. Pour l'instant, seules les féministes réclament l'allongement du congé paternité, sans grand succès d'ailleurs.
Pour moi, c'est un problème bien plus vaste que le cadre d'un foyer de personnes hétéros (mais ce n'est pas pour autant que ça minimise le problème ou qu'il ne faut pas chercher à le résoudre) : on a la même problématique dans nos associations. Essaye de participer à un hackerspace, soit un lieu autogéré, et tu constateras que c'est toujours les mêmes qui doivent se taper le ramassage des emballages de pizzas et l'administratif relou. Lieu autogéré mais où la merde incombe toujours aux mêmes personnes. Même chose dans une association : c'est toujours les mêmes personnes sur qui reposent les tâches ingrates. Et toute nouvelle personne qui débarque dans l'asso sort « comment puis-je aider ? ». Tu peux répondre la liste des projets en cours et tout ce que tu veux, tu auras les réponses-type : « ça, ce n'est pas pour moi », « ça je comprends pas », « ça, je comprends mais je ne vois pas comment l'exécuter ». Au final, très peu de personnes se sentent concernées par le projet associatif. Le seul moyen de faire bouger les lignes, c'est d'interroger les membres genre « toi tu sais faire ça, tu ne voudrais pas t'occuper de telle action ? ». Et vlam, t'es devenu-e un-e chef-fe du projet « vie associative de l'asso bidule ». Et en face de toi, tu n'as plus des membres, mais des exécutant-e-s. Si tu oublies quelque chose, ça ne se fera pas et le reproche tombera sur toi : bah ouais, c'toi qui organise le taff des gens donc t'es responsable, normal. Ho, une charge mentale.
C'est le même problème dans nos taffs : on passe notre temps à dire du mal des chef-fe-s de projets et des chef-fe-s. Mais d'un autre côté, nous sommes majoritairement incapables de nous prendre en main, de prendre en main la responsabilité partagée de la société dans laquelle nous taffons. Hé ouais, être chef-fe, c'est du boulot (charge mentale), suffit pas de se commander un nouveau gratte-dos en ivoire payé avec le sang des salarié-e-s. Le trip « tout le monde autoentrepreneur » de Sarko (ou la startup nation de Macron), c'est choupi mais nous n'y sommes mentalement pas prêt-e-s, en grande majorité.
