Ci-dessous, quelques causeries qui se complètent et que je trouve très intéressantes. Liberté, politique, histoire, philosophie du droit, spiritualité.
-
Nous ne sommes pas le pays des libertés, sauf à des rares moments (ex. : 1880-1920, grandes lois, et encore, voir la persécution non nécessaire des cathos après 1903, l'interdiction aux religieux d'enseigner, l'expulsion de 40 k religieux dont les Chartreux de la montagne de Voiron, etc.). État policier et administratif. Valse sur la liberté d'expression entre le Révolution et 1881. Lois des suspects (de laquelle sont inspirées les assignations à résidence de 2015-2017), loi sur le sacrilège, contrôle administratif permanent depuis la Révolution, etc. Attendre 1971 pour vérifier la validité d'une loi au regard de la déclaration des droits de 1789 (au motif qu'il n'y a rien de supérieur à la volonté populaire incarnée par le législateur, cf. vidéo suivante ci-dessous)… Peine de mort, bagne, colonies, droits des femmes, etc. Voir aussi la 3e vidéo ci-dessous, à partir de la 54e minute ;
-
Recul de la substance des libertés : elles ne sont pas uniquement individuelles (se déterminer dans sa propre vie), elles sont nécessaires pour construire un sujet politique libre qui, par son choix libre, légitime ses dirigeants. Elles ont été grignotées. Exemples habituels : rétention de sûreté (aucune possibilité de rédemption), consultation de sites terroristes (délit d'opinion), interdiction individuelle de manifester (l'État choisit ses amis) ;
-
Crise des catégories juridiques :
- Le contrôle de l'intention de commettre un acte l'emporte sur l'acte (fin de l'innocence a priori) ;
- Création d'un temps exceptionnel (terro, urgence, sanitaire, etc.) qui justifierait l'abandon des grands principes (alors qu'ils sont aussi là pour régir ce qui sort de la normale, et que les temps ont toujours été difficiles, et que si on les abandonne face à la contrainte, c'est qu'on n'y croit pas vraiment) ;
- Pro-éminence de la police administrative a priori sur la police judiciaire a posteriori ;
- Crise de la loi : partir du fait pour écrire une loi répressive au lieu de fonder l'ordre sur la préservation de libertés jugées importantes (dit autrement : nous ne produisons plus de norme visant à dicter ce qu'il convient de mettre en œuvre pour produire de bons effets, mais uniquement du fait, de l'interdiction), ce qui a pour effet de fétichiser le juge (au point où on se met à tort à le considérer comme le gardien des libertés alors que ce rôle revient à la Constitution) et de renforcer son pouvoir d'interprétation de textes larges et flous au lieu de restreindre ce pouvoir par des textes clairs et précis.
-
Crise du raisonnement constitutionnel :
- Dire que la sécurité est la 1ère des libertés nous conduit à penser qu'il n'y a pas eu de période plus libre que la Palerme de Mussolini (dissolution de la mafia) ou le Moscou de Staline (la sécurité y était totale) ;
- Les humains sont portés à abandonner leur liberté, donc il faut en développer le goût, c'est-à-dire en finir avec la peur, car la liberté suppose la douleur, l'inconfort, etc. (d'une expression ou d'un comportement déplaisant), c'est ce qui nous fait avancer (au travers des affrontements, des guerres coloniales, etc.) ;
- Le juge, notamment constitutionnel qui, incertain de sa légitimité (au motif que le Parlement, émanation du Peuple, aurait forcément raison), biaise son jugement en affirmant, par exemple, que tels critères sont trop imprécis pour interdire valablement à un citoyen de manifester alors qu'il devrait dire que l'interdiction individuelle de manifester est contraire à la déclaration des droits ;
- Hésitation politique constante entre droit technocratique (cf. la loi qui raisonne en fait plutôt qu'en catégories ou en droits à préserver) et l'hystérie populaire.
-
Origine de ce recul et de ces crises :
- Perte de confiance dans le projet des libertés publiques. La fraternité ne désignerait pas de prime abord la solidarité sociale, mais la nécessité de la liberté de l'autre qui permet de créer, à travers un sujet politique libre, une société politique cohérente autour de la préservation de la liberté. Ne plus croire en cela entraîne la revendication de son droit individuel ou communautaire (ex. de mon cru : rallonger ad-vitam la prescription pour les violences sexuelles), telle la jouissance d'une propriété personnelle, par des micro-sociétés en lutte pour leur identité propre avec un État répressif en arbitre distributeur de droits-cadeaux (victimaires, mémoriels, de réparation, additionnels aux autres, par rapport à d'autres catégories de citoyens) à ses sujets, à tour de rôle. Donc la mort de la société politique. Voir aussi le point culte des droits de la 3e vidéo ci-dessous ;
- Nous ne savons plus traiter le Mal irréductible (meurtre, terrorisme, émeute, pédophilie, fraude fiscale, etc.). Soit on traitait ça par un esprit religieux optimiste (la loi transforme l'humain et le conduit à sa rédemption) œuvrant pour une société meilleure (idée très judéo-chrétienne), soit par l'idée, fondée sur la raison, que le progrès social incessant va réduire les injustices disponibles et donc le Mal disponible que l'on circonscrira dans une fenêtre acceptable. Nous avons abandonné les deux et préférons exfiltrer vers les marges de la société ceux qu'on considère être le mal. C'est l'idée de la déchéance de nationalité : il est inconcevable que ces gens soient des nôtres, de notre identité politique, de notre société des Purs insusceptible de commettre de tels actes ;
- Déséquilibre des institutions (voir aussi la 3e vidéo ci-dessous) : le quinquennal (et pas que) a mis fin à tout contre-pouvoir valide, laissant au citoyen le choix entre la rue (manif', émeutes, etc.) ou le juge (plaintes sur le traitement de la pandémie), car il ne peut plus contrôler ceux à qui il délègue son pouvoir.
-
Que faire ? Abroger les verrues législatives qui ont rogné les grands principes (cf. ci-dessus), regonfler le parlement qui devrait s'interroger sur la portée de ses lois plutôt que d'être un serviteur de l'exécutif ou de se prendre pour un juge (commissions d'information ou d'enquête à gogo), et développer les droits fondamentaux actuels (donc numériques).
-
Réduction des garanties de la personne (procès équitable, etc.) = préjugé pessimiste sur autrui au profit d'une prétendue efficacité (cf. réduction du Mal irréductible dans la vidéo précédente) ;
-
L'anarchiste se moque du principe / de la norme au profit d'une efficacité immédiate (adaptation à la situation, pourrait-on dire) ;
-
Une civilité parfaite contrôlée par l'État (contrôler l'expression, l'information, la manifestation, etc.) va à l'encontre du chemin personnel placé, par la religion judéo-chrétienne puis par notre système politique, au-dessus de tout au prix de l'errance, de l'erreur (ce propos me heurte, cette émeute est douloureuse, je me suis planté dans mes choix, etc.). Ce rêve (de la civilité parfaite) est une fausse paix pour s'éviter un combat individuel spirituel avec le Mal qui vise à se perfectionner et à perfectionner la société ;
-
Révolution française : passage d'une société du commandement (roi incarnant Dieu c'est-à-dire un absolu, un référentiel), de l'ancien ordre des choses, vers une société du projet politique.
- Dimension pré-totalitaire du rêve d'un État / gouvernement visant à réaliser le Bien du Peuple en étant l'instrument de la volonté générale incarnée par le législateur, qui rend une opinion dissidente inutile et qui favorise le sécuritaire / le contrôle administratif. Modèle de Rousseau plutôt que Montesquieu / Voltaire. Ces derniers voient l'abus dans le pouvoir et souhaitent limiter les possibilités de contraindre le citoyen (uniquement le juge judiciaire, sur des infractions et peines définies, proportionnalité, etc.) ;
- Passage d'un souverain divin unifié (placé là par Dieu, prétendument) à un souverain populaire divisé par essence (ceux qui n'ont pas voté pour lui / son projet, ceux qui soutiennent la royauté, naissance de la droite et de la gauche, etc.), ce qui engendre une instabilité du système politique (liée à ce manque de confiance / légitimité) renforcée en période d'inquiétude et qui nous amène à passer par des régimes dictatoriaux (les deux Napoléon, Vichy, De Gaulle) et/ou à rechercher une prétendue et vaine (ce n'est pas l'objet de notre système politique, cf. débat parlementaire dans la vidéo ci-dessous) union / rassemblement nationale (dans l'idée que le souverain ne soit plus divisé pour incarner la nation), et dont l'outillage sécuritaire est un indice.
-
Vision sur l'immigration : asile (critères de la convention de Genève), opposé au No Border (qui reviendrait à considérer les personnes comme des animaux migrateurs), assimilation (pour, précisément, sauvegarder ce qui ferait notre attrait, c'est-à-dire notre système politique des libertés, le chemin individuel, etc.), comme si notre système était intrinsèquement supérieur au leur (c'est bien pour cela qu'ils choisissent la France, non ?), et que leur arrivée chez nous n'était pas des circonstances tenant plus à l'exercice du pouvoir par leur tyran du moment qui les force à s'arracher à leur terre (l'essentiel des déplacés au sens de la Convention de Genève le sont dans des zones géographiques limitrophes).