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Si les « gens qui relaient d'habitude ce genre d'info » en ont « peu parlé », c'est parce qu'il n'y a rien de neuf, que les infos qui circulent sont inexactes, et qu'il y a pire qu'Utiq dans sa catégorie. Énième tempête dans un verre d'eau.
J'ai constaté la présence d'Utiq sur le bandeau cookies d'un site web populaire pour la première fois en 2024. Il en va de même des principaux membres de PURR, l'association de défense de la protection des données à caractère personnel. Donc, j'ai direct suspendu mon jugement lors de l'emballement médiatique de ces derniers mois, comme quand un grand nombre de personnes ont découvert la conservation des données de connexion à l'occasion du décret annuel 2025…
À l'époque, j'avais lu les documents pertinents (politique de confidentialité, CGV, etc.) et je n'avais rien trouvé de substantiel pour hurler au loup, bien qu'il y a des carences, j'y reviendrai.
Vu l'emballement, PURR a organisé, début juin, une réunion, y compris avec des gens qui bossent dans le milieu. Personne n'a compris l'emballement médiatique 2026, les infos sont inexactes, et il y a pire qu'Utiq.
Pour faire court, Utiq n'est actif que sur les sites web sur lesquels on y a consenti. Tu consens à Utiq sur le site X, mais pas sur le site Y ? Ta navigation sur Y n'est pas digérée par Utiq, et Utiq n'y placera pas de pub ni rien. Pareil sur le site web Z qui n'utilise pas Utiq. C'est bien cookie par site + IP. Le profil publicitaire est commun à l'IP, donc tous les utilisateurs derrière, y compris ceux du réseau Wi-Fi pour les invités, alimentent un même profil pour peu qu'ils consentent individuellement site par site, comme il vient d'être dit. Même si le but est bien de réidentifier une personne au gré de ses consentements renouvelés au-delà d'un cookie trop fragile et temporaire, le « profilage nous suit à vie » est tout aussi inexact : le cookie a une durée de vie maximale, et Utiq conserve l'identifiant dérivé de l'IP et du numéro d'abonnement durant 6 mois. Sources : la politique de confidentialité d'Utiq, celle de ton opérateur, et quelques articles de presse moins daubés que la moyenne comme ceux d'Univers Freebox ou de Next (notamment la réponse d'Utiq).
Je prie mes éventuels contradicteurs de bien distinguer ce qui peut être reproché à Utiq de ce qui incombe à l'éditeur du site web qui utilise Utiq. Par exemple, on a signalé à PURR des cas où Utiq, comme l'ensemble des autres traceurs (j'insiste), était activé avant l'expression du consentement dans le bandeau cookies. Cela est indépendant d'Utiq. Idem pour l'utilisation d'Utiq dissimulée par des techniques comme le CNAME cloaking. C'est un mésusage d'Utiq qui incombe à l'éditeur du site web, et qui n'a rien de spécifique à Utiq.
Donc, les fictions où l'ado consent pour ses parents, ou l'invité pour le foyer, etc. sont pipeau. Pareil pour untel consent et quelqu'un d'autre retire son consentement, etc. Le mari qui découvre, par une pub, que sa femme est enceinte ou fait d'étranges recherches, est théoriquement possible, puisque profil commun, mais il y a tout lieu de penser qu'une pondération est effectuée sur la base du cookie spécifique à chacun, en sus d'un seuil (aucun acteur ne propose une pub après une unique recherche superficielle).
Au final, il n'y a pas grand-chose à reprocher juridiquement à Utiq. Ça joue avec les limites de la loi, certes. C'est éthiquement détestable, certes. L'info délivrée n'est pas limpide (que ce soit côté opérateurs ou éditeurs de site web), et elle est noyée dans des bandeaux cookies de plus en plus fourre-tout, donc le consentement n'est pas éclairé, mais ce n'est, là encore, pas spécifique à Utiq, des traitements autant voire plus intrusifs, comme le rejeu de session, sont ou seront noyés dans cette masse d'info imbitable. L'identité de celui qui consent n'est pas vérifiée alors qu'Utiq attend que ce soit en accord avec le titulaire de la ligne et que l'identifiant est dérivé, y fine, des données à caractère personnel dudit titulaire et qu'il lui est rattachable, ce qui revient à manipuler les données d'autrui sans son consentement, mais c'est léger, notamment au regard du nécessaire consentement individuel par site, et que l'adresse IP, rattachée au seul titulaire du contrat de fourniture d'Internet, est déjà utilisée par tout le monde. La désactivation d'Utiq via son consenthub peut empêcher un autre membre du foyer de consentir afin d'accéder à des ressources payantes sinon (= cookies wall), donc impossible d'octroyer son consentement, mais boarf… Rien de substantiel, rien de susceptible de sortir les autorités de protection des données européennes, dont a CNIL, de leur marasme.
Bref, tempête dans un verre d'eau. uBlock origin voire un opérateur éthique, comme ceux de la FFDN, et Utiq n'est pas un problème.
À ceux qui utiliseront le consenthub d'Utiq pour empêcher l'activation du dispositif sur un accès à Internet même si quelqu'un y consent sur un site web, prenez garde : ce n'est valable qu'un an, et ayez conscience que cela pourra empêcher à tout utilisateur de l'abonnement à Internet d'accéder à un site web qui demande de payer ou de consentir.
Enfin, sur son segment de marché, Utiq est le numéro cinq en parts de marché, derrière LiveRamp (racheté par Publicis), ID5, First-ID, etc. Ces autres produits fonctionnent, entre autres, par prise d'empreinte passive (= fingerprinting) et autres méthodes plus agressives, notamment sur mobile. Tout cela, dans la plus grande opacité et la dénégation (de pratiquer le fingerprinting et de tomber sous le coup d'e-privacy). Utiq a eu le défaut d'être la moins opaque. Bref, j'invite à regarder la lune plutôt que le doigt : c'est tout le marché de la publicité, du profilage, du suivi, des bandeaux cookies, etc. qui est pourri, au-delà d'Utiq, au-delà de ses quatre concurrents directs.