Une personne a évoqué devant moi une causerie similaire du même auteur, Notre cerveau, ennemi de la planète ? de 2021, mais elle n'est plus disponible à l'URL communiquée. Cette causerie m'a été présentée sous l'angle science contre climat, "encore une raison de rien faire", "encore un mirage avant de crever", etc. Ce n'est pas ce que je comprends de la causerie plus récente pointée par ce shaarli et dont je vais parler. Quand bien même, il y a toujours deux façons de voir les choses : soit justifier le défaitisme par une connaissance, soit tenir compte de la connaissance pour adapter la stratégie. Je m'attendais à la thèse habituelle "l'humain est incapable de planifier" (ha bon ? Jamais les individus, les associations, les sociétés commerciales, les gouvernements ne planifient ?!), j'ai été servi. Mais il ne faut pas s'arrêter à ça.
Il y a au moins deux zones dans le cerveau : le cortex, qui planifie, qui voit au long terme, d'où vient l'intelligence qui nous a permis, entre autres, de modifier notre environnement ; et le striatum, qui est chargé de la motivation, du désir de faire des choses, dans l'immédiat, surtout dans un instinct de survie, via l'injection de dopamine dans le cerveau. (Des humains au striatum endommagé, par un AVC par ex., n'ont même plus envie de rien, y compris de manger.) Il aurait cinq fonctions : manger, se reproduire, acquérir du pouvoir (car + de nourriture et de partenaires sexuels + facilement), limiter les efforts, et trouver de l'information. Il ne connaîtrait pas de limite (tel un chien qui ne sait s'arrêter de manger ? Pourtant l'homme y parvient…). Le problème est entendu : un striatum prévu pour gérer la rareté plongé dans le monde de l'abondance créé par le cortex, ça se passe mal.
Mais, pourtant, le cortex sait juguler le striatum, il y a même un circuit neuronal prévu pour. L'orateur nous rappelle que l'humain a su construire sur le temps long, y compris pour satisfaire notre striatum : élevage, agriculture, architecture, cathédrales, mécanisation, etc. Pour ma part, je constate que tout le monde n'est pas obèse, ne mate pas du porno en permanence, n'est pas sur les réseaux sociaux, etc. L'orateur décrit même très brièvement ce qui semble être des arbitrages internes au striatum, comme la limitation de l'effort qui nous empêcherait de nous lever du canapé pour aller chercher de la bouffe (qui est pourtant un autre besoin du striatum).
Enfin, le cortex cingulaire antérieur cherche le sens dans nos actions.
Que faire ? Éduquer (l'habituel grand remède à tout…). Prendre conscience de cette contradiction interne de notre cerveau. Développer notre patience, résister progressivement aux plaisirs immédiats. Définir des normes sociales (qui seules expliquent que les femmes sont plus altruistes que les hommes, recherchent moins le pouvoir et le sexe, etc. ‒ ha ? donc le striatum se reprogramme sur un temps court et n'est donc pas le problème ?! ‒). Développer un imaginaire / une vision commune.
L'humanité a su définir des cadres du vivre ensemble via des institutions comme les rituels / religions (les 10 commandements : prédire le comportement de nos semblables ; les prières : créer du lien social, de prédire qui pense comme nous et n'est donc pas un danger + créer un espace-temps d'apaisement durant lequel pas grand monde osera attaquer), le savoir (la science prédit mieux qu'un oracle), etc. L'orateur suggère que leur perte d'influence est une des causes du problème, et j'y vois une explication possible du retour du religieux que l'on semble observer sur la dernière décennie.
Au final, je retiens qu'il y a tout ce qu'il faut dans notre cerveau, qu'il n'y a point de « bug humain » (titre d'un des livres de l'auteur), que le problème (y compris l'éventuel dérèglement de l'équilibre entre différentes zones de notre cerveau) est d'origine sociale, qu'il est lié à une organisation sociale qui n'est pas nommée par l'orateur : le capitalisme néolibéral. Le marketing, l'obsolescence, etc., nommés par l'orateur, n'existait pas antérieurement. Bref, une causerie pour pas grand-chose.
Notes critiques prises à la volée :