− Et du coup on a perdu quoi comme libertés depuis 97 ?
− D'être jugé par ses pairs pour les faits plus graves. De voir son juge quand il vous incarcère. De ne pas passer plus de 48h en garde à vue. D'avoir ses antécédents pénaux nettoyés quand on s'est tenu à carreau pendant plus de 10 ans. D'avoir une autorisation exceptionnelle de conduire pour ne pas perdre son travail. D'avoir accès au dossier de l'accusation dès le stade de l'enquête pour les faits les plus graves. D'avoir une vie privée puisque l'Etat peut obtenir des mesures intrusives sans juge. De refuser un fichage systématique sur un simple soupçon. De prendre l'avion sans être fiché. D'aider un étranger à faire une démarche pour être régularisé sans être fiché. De donner de l'argent à un ami, un parent, ses enfants sans devoir le déclarer et être fiché. De pouvoir payer en espèces des sommes supérieures à 1000 euros, et parfois 300 euros. Et bientôt de pouvoir facturer nos clients sans informer l'Etat de l'identité de nos clients. Vous avez l'idée ou je continue ?
Je peux rajouter informer l'État des dons aux assos (hors réduction d'impôts et hors intérêt général), la rétention des données de connexion et plus largement la surveillance des communications, les atteintes aux libertés d'aller et venir, de manifester, de grève, ou de réunion, les atteintes à la liberté d'expression (prétendu apologie du terrorisme, etc.), des pans entiers passés du juge judiciaire au juge administratif (comme la rétention administrative de sûreté), la surveillance des déplacements par drones et caméras fixes, les atteintes à la liberté d'entreprendre, notamment via la publicité du registre du commerce et des sociétés, la surveillance du pognon (prélèvement à la source, TRACFIN, accès aux données bancaires par le fisc), les conditions de travail ou de fin de travail (je pense aux indemnités prudhommales, l'élargissement de la détention provisoire et de l'exécution provisoire (t'sais le truc que les droiteux refusent qu'il soit appliqué à leurs champions), etc.
L'État a persisté à s'infiltrer partout pour régir de plus en plus nos vies par des procédures à la con, pendant que lui s'extraie toujours plus du contrôle du juge administratif (je pense aussi aux décisions du Conseil d'État Danthony, Czabaj 2016, et CFDT 2018) et des citoyens.
Dans le même temps, un sentiment d'insécurité toujours plus élevé. Le problème est ailleurs.
Quand Darmanin, ministre de l'Intérieur, se plaint que la Ligue des droits de l'Homme (LDH) n'a pas été pacifique dans son récit de Sainte-Soline et en contestant des arrêtés préfectoraux avant de menacer d'étudier ses subventions… Quand Retailleau, ministère de l'Intérieur, écrit que la LDH « fait le jeu des narcotraficants » en refusant les drones permanents…
Quand Retailleau écrit « l'un des droits les plus fondamentaux sans lequel les autres ne sont jamais garantis : le droit à la sécurité [sic !] », il oublie de dire que l'inverse est tout aussi faux : garantir la sécurité ne garantit par les autres droits.