[…] Tout se passe comme si un même billet de 10€ (au sens de l’objet physique, nécessairement unique) pouvait avoir une infinité de numéros de série, et que c’est à ces numéros de série qu’on attribuait de la valeur, et potentiellement des valeurs différentes à chacun. […] l’objet associé à un NFT est généralement un objet numérique, dont la rareté n’existe donc pas puisqu’il est transmissible par copie
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Bref, un titre de propriété n’a aucune valeur dans l’absolu si il n’y a pas une autorité tierce qui le fait appliquer, et lui donne par là même sa valeur.
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l’association d’un objet à un NFT ne se fait généralement pas directement sur la blockchain pour des raisons techniques (pour les objets physiques — montres de luxe, œuvres d’art, etc. — c’est évident ; et les objets numériques sont trop volumineux pour ça). […] Ce qui est stocké sur la blockchain est en fait le plus souvent un lien vers une page web qui pointe à son tour vers l’objet associé au NFT. Ce qui signifie qu’on perd toute idée de décentralisation […] le NFT lui même est sujet au risque de pointer vers un lien mort dans le meilleur des cas (par exemple si le site de la plateforme disparaît ou change d’adresse).
+ https://grisebouille.net/pourquoi-tant-de-nft/ :
Car le tour de force, c'est de décorréler totalement la propriété d'usage de la propriété privée. L'intronisation de la propriété privée capitalistique « classique » avait déjà réalisé cette décorrélation dans un sens, puisqu'on peut avoir l'usage d'un bien sans en être propriétaire (lorsque l'on ne possède pas l'appartement dans lequel on habite et pour lequel on paie donc un loyer, par exemple). L'inverse devient vrai avec les NFT : on peut maintenant « posséder » quelque chose au titre de la propriété privée sans en avoir l'usage exclusif, voire même sans en avoir l'usage tout court. Autant les propriétaires d'un appart' peuvent récupérer l'usage de leurs biens à échéance des baux, autant les gogos qui auront acheté les biens de John Lennon en NFT n'ont pas la plus infime chance d'y poser un jour le moindre doigt.
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En cela, les NFT réalisent un vieux rêve du capitalisme : de l'argent et du capital générable sur du rien, et donc sans limite. Les NFT se résument à des titres de propriété dépouillés de tout ce qui va habituellement avec. De fait, ils ne peuvent avoir d'autre usage que la spéculation. Même l'idée première qui est de lier intrinséquement UN objet à UN certificat NFT ne tient pas la route cinq secondes : absolument rien n'empêchera Julian Lennon d'émettre 10 NFT sur la même guitare de papounet. Je vais même vous dire : rien ne vous empêche de le faire vous-même, puisque ce certificat est totalement décorrelé de la possession physique et de la propriété d'usage de l'objet.
Disons que les NFT donnent cette possibilité (de générer du capital sur du rien sans limite) à tout le monde, car c'est déjà le cas quand le volume d'actions échangées pour des matières premières couvre plusieurs fois la production mondiale, par ex. (ça signifie bien que l'essentiel des actions n'est pas lié à des patates).