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——————————— Wednesday 21, August 2019 ———————————

Les factures des ex de Matignon

Frais annexes liés aux anciens présidents de la République, aux anciens Premiers ministres et aux anciens ministres de l'Intérieur : 8 millions d'euros/an, minimum.

Matignon vient de publier le coût, pour 2018, des moyens mis à la disposition des anciens Premiers ministres, en réponse à une question écrite de la députée LRM Bénédicte Peyrol (« JO », 30/7). Surprise : leurs factures de voiture, de chauffeur et de secrétariat ont connu des évolutions un brin contradictoires depuis le dernier recensement, effectué pour l’année 2014.

Connu jadis pour son goût de l’apparat et du protocole, Edouard Balladur (1993-1995) semble s’être converti à une austérité relative : Sa Courtoise Suffisance ne coûte plus à l’Etat que 69 000 euros, contre 87 000 euros voilà cinq ans.

En revanche, François fillon (2007-2012) n’a pas beaucoup réduit sa note de frais : elle s’élève toujours — malgré son embauche dans le groupe financier Tikehau Capital — à 103 000 euros, contre 113 000 euros en 2014.

La socialiste Edith Cresson (1991-1992) voit, à l’inverse, sa facture flamber, passant de 43 500 à 90 400 euros par an. L’augmentation est moindre pour Jean-Pierre Raffarin (2002-2005) et pour Dominique de Villepin (2005-2007), qui franchissent pourtant la barre des 110 000 euros annuels.

Quant au record (143 400 euros), il appartient à Bernard Cazeneuve, dernier Premier ministre de François Hollande. Ce chiffre, qui paraît logique vu la date récente de son départ de Matignon, devrait baisser au fil des ans.

Du moins, en principe…

Plutôt qu'un concours "kika consommer le plus", je préfère avoir connaissance du montant total. Allons chercher nous-même l'information. On constate que la même députée a obtenu les frais liés aux anciens ministres de l'Intérieur et aux anciens présidents de la République. Les frais de protection et de conducteur des anciens présidents de la République n'ont pas encore été communiqués à la députée. Les frais de protection des anciens Premiers ministres ne semble pas apparaître dans la réponse à la question.

Au total, le total des frais annexes liés aux anciens présidents de la République, aux anciens Premiers ministres et aux anciens ministres de l'Intérieur s'élève à 8 millions d'euros annuels au minimum (voir la remarque ci-dessus sur les chiffres que nous n'avons pas (encore)).


Anciens Premiers ministres (2018)

Autos (entretien, péages, carburant)

  • Mme Edith Cresson : 5 392 €
  • M. Edouard Balladur : 16 507 €
  • M. Alain Juppé : 4 982 €
  • M. Lionel Jospin : 12277 €
  • M. Jean-Pierre Raffarin : 12 060 €
  • M. Dominique de Villepin : 6 389 €
  • M. François Fillon : 20 506 €
  • M. Jean-Marc Ayrault : 9 634 €
  • M. Manuel Valls : 9 266 €
  • M. Bernard Cazeneuve : 14 166 €
  • Achat nouveau véhicule (pour qui ?) : 28 636 €
    TOTAL : 139 815 €

Personnel (1 assistant + 1 conducteur)

  • Mme Edith Cresson : 85 080 €
  • M. Edouard Balladur : 52 599 €
  • M. Alain Juppé : 55 472 €
  • M. Lionel Jospin : 84 030 €
  • M. Jean-Pierre Raffarin : 105 935 €
  • M. Dominique de Villepin : 104 419 €
  • M. François Fillon : 82 798 €
  • M. Jean-Marc Ayrault : 92 786 €
  • M. Manuel Valls : 78 486 €
  • M. Bernard Cazeneuve : 129 242 €
    TOTAL : 870 847 €

Total

  • Mme Edith Cresson : 90 472 €
  • M. Edouard Balladur : 69 106 €
  • M. Alain Juppé : 60 454 €
  • M. Lionel Jospin : 96 307 €
  • M. Jean-Pierre Raffarin : 117 995 €
  • M. Dominique de Villepin : 110 808 €
  • M. François Fillon : 103 304 €
  • M. Jean-Marc Ayrault : 102 420 €
  • M. Manuel Valls : 87 752 €
  • M. Bernard Cazeneuve : 143 408 €
  • Achat nouveau véhicule (pour qui ?) : 28 636 €
    TOTAL : 1 010 661 €


Anciens ministres de l'Intérieur (2018)

12 ex-ministres de l'intérieur sont choyés. La réglementation prévoit la protection des anciens premiers ministres. Est-ce pris en compte dans ces chiffres ? Mystère.

Moyens humains, véhicules, frais de transport, d'hébergement et de restauration + véhicule Nicolas Sarkozy :

  • Valorisation masse salariale (hors heures supplémentaires) : 2 683 783 €
  • Valorisation moyens engagés en matière de véhicules : 325 614 €
  • Valorisation frais de mission : 207 614 €
  • Valorisation […] des heures supplémentaires créditées : 1 249 850 €
    TOTAL : 4 466 861


Anciens présidents de la République (année non précisée)

Personnels (max 7 collaborateurs + 2 agents, 3 collaborateurs + 1 agent après 5 ans)

  • M. Valéry Giscard d'Estaing : 416 012 €
  • M. Jacques Chirac : 193 232 €
  • M. Nicolas Sarkozy : 533 900 €
  • M. François Hollande : 514 083 €
    TOTAL : 1 657 227 €

Locaux (loyer + charges + frais généraux)

  • M. Valéry Giscard d'Estaing : 293 612 €
  • M. Jacques Chirac : 30 899 €
  • M. Nicolas Sarkozy : 293 991 €
  • M. François Hollande : 253 294 €
    TOTAL : 871 796 €

Anciennes fonctions dont déplacements (pour un président et un collaborateur)

  • M. Valéry Giscard d'Estaing : 815 €
  • M. François Hollande : 37 000 €
    TOTAL : 37 815 €

Total

  • M. Valéry Giscard d'Estaing : 710 439 €
  • M. Jacques Chirac : 224 130 €
  • M. Nicolas Sarkozy : 827 891 €
  • M. François Hollande : 804 377 €
    TOTAL : 2 566 838 €

Cela n'inclut pas les frais de protection et de conducteur.



Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.

2001, l’odyssée de Méluche

Suite de Mélenchon se moque de la justice (suite). Méluche, attaqué en diffamation, se dérobe aux convocations de la justice. Également attaqué pour non-respect de la LCEN, il est condamné en juillet 2019. Le chèque envoyé au plaignant est siglé France Insoumise. Forcément, l'avocat de Méluche assure que c'est une avance de trésorerie pour éviter un recouvrement forcé durant les vacances de son client. Lol…

Le camarade Jean-Luc Mélenchon est, depuis sept ans, le héros intrépide d’un feuilleton de grand style pour spécialistes du droit de la presse et de l’immunité parlementaire. Tout commence à l’automne 2012 lorsque, rentrant ébloui d’un voyage au Venezuela, Méluche traite sur son blog de « terroriste repenti » et de « tueur repenti » le journaliste du « Monde » Paulo Paranagua. Celui-ci avait osé écrire des articles critiques sur le régime de Chavez.

Journaliste d’origine brésilienne, Paranagua l’attaque en diffamation au pénal mais ne peut le poursuivre au civil, faute de mention du directeur de la publication de son adresse sur le blog de Mélenchon.

Or cette première procédure en diffamation a été déclarée prescrite au terme d’un véritable jeu du chat et de la souris qui a duré plus de trois ans, les juges d’instruction, épuisés, n’ayant jamais réussi à coincer le camarade député Méluche pour le mettre en examen ! Ce dernier s’était dérobé à cinq convocations, obligeant les flics à se déplacer plusieurs fois (« Le Canard », 7/6/17).

Il suffit de se dérober aux convocations en attendant que le délai de prescription s'écoule ? Ça me semble un peu trop facile. N'y-a-t-il pas eu un raté chez les juges ou une contrainte non-utilisée par lesdits juges ?


Le parti paiera

Neuf mois plus tard, le 14 novembre 2016, Mélenchon récidive sur son blog et traite Paranagua de « provocateur » et de « muse dela CIA »… Paranagua l’attaque de nouveau, procédure toujours pendante à ce jour. Mais il l’assigne aussi pour défaut de mention du directeur de publication sur son blog, « L’ère du peuple ».

Cette fois, Mélenchon a bien comparu, le 15 mai, dans cette procédure annexe. Et il a été condamné, le 10 juillet, à verser 1 euro symbolique et 2 000 euros pour les frais exposés. Le journaliste plaignant a ensuite reçu, le 30 juillet, un chèque réglant ce qui lui était dû.

Or ce chèque — de 2 001 euros, tout de même ! — a été émis sur le compte de La France insoumise, ouvert à l’agence de Massy (Essonne) du Crédit coopératif.

En clair : c’est le parti via ses filiales qui a réglé la facture de Jean-Luc Mélenchon. Cette solidarité avec le chef est émouvante.

Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.

La gestion au radar de l‘enquête policière sur Steve

Usage de lacrymos et de LBD pour disperser une Fête de la musique, 8 personnes tombées à l'eau, présence de poulets de combats, un commissaire adepte de la force, ordre de cesser l'usage de la force pas respecté, non-respect des règles de l'art en matière de maintien de l'ordre… Pas mal.

Une com’ catastrophique, un flic sacrifié par sa hiérarchie, un travail bâclé par la police des polices, des témoins oubliés, un corps retrouvé là où on ne l’attendait pas…

« On connaît le nom du condamné, mais pas encore la date de son exécution. » Dixit un flic nantais à propos du commissaire qui commandait la calamiteuse opération policière sur les quais de la Loire, le soir de la Fête de la musique.

Pour tenter de faire oublier la désastreuse gestion médiatique qui a suivi la mort par noyade, dans la nuit du 21 au 22 juin, de Steve Maia Caniço, un jeune animateur périscolaire de 24 ans, le ministère de l’Intérieur ne semble avoir d’autre choix que de couper des têtes. Le patron de la police de Nantes, qui, il y a moins de deux mois, a été décoré de la médaille de la Sécurité intérieure, est désormais dans la ligne de mire de sa hiérarchie, laquelle lui reproche d’avoir agi sans discernement.

BAC avec mission

Le commissaire Chassaing a dérogé à la sacro-sainte règle en matière de maintien de l’ordre : ne jamais disperser une foule à proximité d’une étendue d’eau, encore moins de nuit quand la zone, dépourvue d’éclairage, est plongée dans le noir. Qui plus est à coups de lacrymogènes, de grenades de désencerclement et de balles de défense… Dans le mouvement de panique provoqué par les détonations et les nuages de gaz, 11 personnes sont tombées à la baille.

Cette gestion musclée des événements n’a pas étonné au sein de la police nantaise, où le commissaire traîne une réputation d’homme à poigne adepte de la manière forte.

En septembre dernier, il avait mis sur pied une BAC en tenue constituée quasi exclusivement de poulets de combat, au point que des policiers locaux s’étaient inquiétés de la création d’une unité « tontons macoutes » (sic). Le syndicat de gardiens de la paix SGP Police FO avait même tiré la sonnette d’alarme Place Beauvau. Or, parmi la vingtaine de policiers qui sont intervenus sur le quai Wilson à 4 h 00 du matin figuraient de nombreux membres de la fameuse BAC en tenue.

Fait aggravant, sept minutes après les premiers tirs de lacrymo, voyant que la situation s’envenimait, le directeur par intérim de la sécurité publique, qui, derrière les écrans de contrôle de la salle de commandement, supervisait les opérations, donnait l’ordre à Chassaing d’arrêter les lacrymos. Peine perdue. Vingt-cinq minutes plus tard, le patron des flics du département était contraint de réitérer lui-même son ordre sur les ondes. Un dysfonctionnement que l’IGPN, la police des polices, relate avec beaucoup de pudeur dans son rapport. Présenté par Edouard Philippe le 22 juillet — au lendemain de la découverte du corps de Steve — comme dédouanant les forces de l’ordre, la publication de cette enquête a jeté de l’huile sur le feu. Il faut dire que le rapport des bœuf-carottes collectionne aussi les oublis. Nulle trace des souvenirs de plusieurs témoins clés, comme l’a souligné « Libé » (1/8).

Recherches en eau trouble

Egalement passé à la trappe, le témoignage… du commandant des CRS, arrivé sur les lieux avec ses hommes à 4 h 45. Il mentionnait dans son compte rendu d’intervention ce qu’il avait précédemment entendu sur les ondes. En particulier que des gens étaient tombés à l’eau. Même empressement minimal pour retrouver un autre témoin présent sur le quai Wilson et auteur d’un signalement sur la plateforme de l’IGPN. Les fins limiers se sont contentés de lui adresser un mail et, sans réponse de sa part, ont laissé tomber leurs recherches.

Enfin, il y a cette équipe de secouristes de la Protection civile qui, présente à 4 h 13 sur le quai, explique (« Le Monde », 6/8) n’avoir ressenti aucune agressivité de la part de la foule, demeurée calme jusqu’à ce que la dispersion policière, accompagnée d’un épais nuage de lacrymo entremêlé de bruits d’explosion, « crée un mouvement de panique impressionnant ». Dès lors, leur sang n’a fait qu’un tour quand ils ont lu dans le rapport de l’IGPN : « Aucun mouvement de foule n’avait été constaté, et aucun témoin non policier entendu n’avait observé de personne en panique ou en train de courir. »

Partiel, voire partial, le rapport de l’IGPN ne dissipe pas le mystère sur les circonstances de la noyade du jeune Nantais. Après qu’il a adressé un SMS à un ami pour lui dire qu’il rentrait car il ne se sentait pas bien, son téléphone a cessé, selon l’IGPN, de fonctionner à 3 h 36, soit environ une heure avant la charge policière. Un élément qui laisserait le champ libre à d’autres scénarios, comme celui d’un malaise et d’une chute accidentelle avant que les poulets pointent leur nez.

Et donc ? Ça change rien à l'usage disproportionnée de la force et aux 8 personnes tombées à l'eau (ce qui tend à renforcer l'idée selon laquelle Steve est aussi tombé à la baille).


D’autant que, à en croire les pompiers, trois personnes ont chuté dans l’eau avant l’intervention des flics. Et que l’emplacement du corps, plus de 1 km en amont du quai Wilson, intrigue les enquêteurs. « Soit c’est la marée qui a fait remonter le corps, soit il est tombé à un autre endroit », explique l’un d’eux. La disparition de Steve n’a pas fini de susciter des remous.

J'ajoute les propos suivants, qui, selon le même Canard aurait été tenus par le Premier sinistre devant ses proches après sa conférence de presse du 30/07/2019 : « L'utilisation de grenades lacrymogènes et de LBD pour mettre fin à une Fête de la musique, ça pose quand même question. »

Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.

Il n’y a pas que du fer dans les épinards…

Les épinards contiennent un simili-stéroïde qui décuple les muscles, l’ecdystérone. :O La légende de Popeye n'est donc pas totalement usurpée. :D Les épinards sont aussi farcis au chlorpyrifos, un insecticide + perturbateur endocrinien

Que ne ferait-on pas pour garder la première place du podium… La France est la championne de l'épinard en Europe, avec 24 500 tonnes produites par an. Pour que cette production potagère tricolore ne soit pas boulottée par les cochenilles, le ministère de l’Agriculture autorise nos maraîchers à pulvériser un insecticide interdit sur toutes les autres cultures depuis trois ans. Une drôle de dérogation puisque, à l'époque, les toxicologues avaient estimé que la neurotoxicité du chlorpyrifos, de son petit nom, était beaucoup plus maousse que ce qu'ils pensaient, même a faible dose.

En effet, cette substance, qui appartient a la sinistre famille des organophosphorés, ces gaz de combat mis au point pendant la Seconde Guerre mondiale, est désormais soupçonnée de dézinguer un neurotransmetteur crucial pour le développement du cerveau chez l'enfant. Raison pour laquelle neuf pays européens ont interdit l’usage du chlorpyrifos dans les vergers et les potagers, qui en étaient massivement aspergés. Itou en France, sauf, donc, pour les épinards. A l’Agriculture, on jure que les conditions d’utilisation ultra-strictes garantissent l'absence de résidus dans les feuilles. Il n'empêche, si la quantité totale vaporisée dans l'Hexagone a presque été divisée par 63 depuis 2016, on en utilise encore aujourd'hui 2,6 tonnes par an, épandues pour l'essentiel en Bretagne et en Provence-Alpes-Côte d’Azur. N’en déplaise aux producteurs d’épinards français, la Commission européenne envisage d’interdire l’insecticide une bonne fois pour toutes et pour toutes les cultures.

Il faut dire que les études toxicologiques sont de plus en plus accablantes. Une équipe de chercheurs du CNRS et du Muséum national d’histoire naturelle vient ainsi de découvrir que le chlorpyrifos est, en prime, un perturbateur endocrinien susceptible de provoquer des retards mentaux chez les bambins dont les mères ont été exposées pendant la grossesse. N'en jetez plus…

Une bonne nouvelle, quand même, pour les mangeurs d'épinards frais : a défaut d'être farci de fer — on en trouve nettement moins qu’on le prétend —, le légume popularisé par Popeye recèle une substance aux pouvoirs anabolisants, l’ecdystérone. Après avoir constaté à quel point ce simili-stéroïde décuplait les muscles, l’Agence mondiale antidopage veut l’inscrire sur la liste des produits interdits. Avant le chlorpyrifos ?

Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.

Réfugiés à l‘économie

La carte bancaire des réfugiés en attente de la paperasse ne permettra plus de retirer des espèces, et une taxe de 0,50 € sur chaque transaction sera appliquée après 25 paiements/mois. C'est trop cool : 1. Ça oriente les réfugiés chez les commerçants qui acceptent la carte bancaire… au détriment des autres. 2) Ça oblige les réfugiés à dépenser plus puisque plein de commerçants n'acceptent pas la carte en dessous d'un seuil ; 3) La limite du nombre de paiements interdit d'aller faire ses courses tous les jours… Où les réfugiés vont-il stocker leurs provisions ? Dans les foyers dépassés ? LOL.

C'est une carte bancaire noire, ornée d’un drapeau français et de l’inscription « Ofii », pour Office français de l’immigration et de l’intégration. Egalement siglée « ADA » (allocation pour demandeur d’asile), elle est remise aux étrangers en attente du statut de réfugié. Alimentée de 6,80 euros par personne et par jour, de 10,20 euros pour un couple ou de 17 euros pour une famille avec deux enfants, elle permet des achats de première nécessité.

Mais, le 5 septembre, ce sera fini ! L’annonce en a été faite fin juillet par un courriel de Didier Leschi, le patron de l’Ofii, adressé à ses « chers collègues » les préfets. Dès le 6 septembre, les retraits d’espèces seront supprimés, les achats limités à 25 par mois et taxés au-delà.

L’Etat manque d’AME

Le maître mot pour guider ces nouveautés ? Economies. L'ADA est dans le viseur du gouvernement. Elle a coûté 410 millions en 2018, et, cette année, les 335,8 millions inscrits au budget sont « bien inférieurs au montant attendu », critique le rapporteur de la loi de finances 2019.

« Ces économies mesquines touchent 130 000 personnes, et l’Ofii a tout décidé sans aucune discussion préalable », s’emporte Florent Gueguen, le directeur de la Fnars, qui fédère les associations œuvrant dans le social. « Les réfugiés ne pourront plus acheter sur les marchés où les produits sont moins chers, beaucoup de commerçants n’acceptent les paiements par carte qu’à partir de 10 euros ! » assène une directrice de foyer.

Le parallèle est vite fait avec l’audit en cours sur l’aide médicale de l’Etat (AME), destinée à financer les soins des sans-papiers. Et ce n’est sûrement pas pour en augmenter le budget de 948 millions ! « En fait, il s’agit de dissuader les réfugiés et les étrangers en général de venir en rendant leur vie invivable », reprend Florent Gueguen. Par exemple, en les envoyant dormir dehors ? Ah non, ça, c’est déjà fait…

Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.

Veolia barbote en eau trouble

Veolia a obtenu en avance les détails d'un appel d'offres en Colombie (sans aucune contrepartie, bien entendu) et aurait versé des pots-de-vin pendant 7 ans aux autorités de Bucarest. Toujours aussi classe, les géants de l'eau et de l'assainissement…

Passées inaperçues, les sanctions prononcées par la Banque mondiale à l’encontre du groupe Veolia ont un goût… saumâtre : le 29 mai, l’institution financière internationale a exclu, respectivement pour deux ans et un an, OTV et VWT Brasil, filiales du géant de l’eau et des déchets, de la « liste des sociétés autorisées à participer à des projets qu’elle finance ».

OTV, leader mondial de l’assainissement de la flotte, et Veolia Water Technologies (VWT) Brasil sont accusés d’avoir commis « des actes frauduleux et collusoires » durant leur participation à l’appel d’offres d’une usine de traitement d’eaux usées à El Salitre, en Colombie. Finalement attribué à un concurrent en 2016, le marché devait servir à améliorer la qualité du rio Bogota et à réduire les risques d’inondation. Mais c’est Veolia qui a pris l’eau…

Yankees en embuscade

« Il n’y a eu aucune allégation de corruption au terme d’une enquête très poussée de la Banque mondiale », proteste une porte-parole de Veolia. Le géant du CAC 40 — 25,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2018 — a seulement obtenu, reconnaît- elle, « un accès prématuré à la documentation de l’appel d’offres via un bureau d’études avec lequel OTV et VWT collaboraient ». Une faveur vénielle…

Dans son rapport annuel 2018, Veolia mentionne en quelques lignes pudiques cette interdiction prononcée par la Banque mondiale. Et n’est guère plus disert sur les menaces d’amendes américaines qui pèsent sur ses comptes. L’organisme de contrôle des marchés financiers (SEC) et le Département de la justice (DOJ) enquêtent sur d’éventuelles violations des lois fédérales américaines dans le cadre d’un dossier de trafic d’influence en Roumanie.

Doté d’un contrat de concession des services de distribution d’eau de la ville de Bucarest, ANB (filiale à 74 % de Veolia Eau) et plusieurs anciens dirigeants, dont deux français, sont soupçonnés d’avoir versé plus de 12 millions d’euros de pots-de-vin entre 2008 et 2015 en contrepartie de décisions favorables des autorités locales.

Malgré l’ouverture d’une enquête préliminaire par le Parquet national financier en 2017 et plusieurs perquisitions menées à Bucarest, à Aubervilliers (siège mondial du groupe) et même à Prague en 2018, rien ne bouge.

Veolia n’a plus qu’à embaucher un spécialiste du désenlisement ?

Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.

Le plus grand marché de France patauge dans l’oseille

J'ignorais que les placiers existent encore pour collecter les droits d'usage des places de marchés… J'ignorais que cela peut être des délégations de service public. J'ignorais que les villes et les délégataires font appel à des caïds de cité pour tenir les marchés. J'ignorais ces extorsions de fond présumées pour conserver sa place de marché. :O

« Vous savez, Mantes-la-Jolie, c’est spécial… » Jérémie Askinazi, directeur général de Mandon-Somarep (leader des marchés de plein air en Ile-de-France), résume de cette formule énigmatique la drôle de partie financière et judiciaire qui se joue au milieu des 350 étals dressés, trois fois par semaine, dans la très populaire cité du Val-Fourré.

Le lieu est stratégique pour la municipalité : ce marché — le plus grand de France — contribue à la cohésion d’une immense « zone urbaine sensible », parfois touchée par des flambées de violence, comme en 2005. Le quartier est également le fief électoral de Pierre Bédier, l’ancien maire LR de Mantes, qui continue de contrôler la ville et le quartier depuis son fauteuil de président du conseil départemental des Yvelines.

Le marché du Val-Fourré a vu débouler, le 5 avril, une escouade de douaniers. Bien tuyautés, les gabelous se sont concentrés sur les trois placiers embauchés par Mandon-Somarep pour encaisser les droits d’occupation des commerçants.

Dans ce monde où tout se règle encore en liquide, les soupçons de racket sont récurrents. Et, à Mantes-la-Jolie, les douaniers ont fait bonne pioche. Ils ont trouvé dans les poches des trois lascars d’épaisses liasses de billets d’origine non justifiée.

Déballage contrarié

Spectacle étonnant : deux jours après cette descente, les commerçants ont « spontanément » refusé de déballer leurs marchandises en « solidarité » avec les placiers. Touchante unanimité : en 2015, ils s’étaient déjà mis en grève quand le procureur général de Versailles avait décidé de relancer une vieille enquête sur le marché, déjà motivée par des soupçons de racket.

A l’époque, les investigations n’avaient guère avancé. Cette fois, elles ont progressé à grands pas. Quinze jours après la descente des douanes, les placiers ont été mis en examen pour extorsion de fonds et abus de confiance, avant d’être placés en détention provisoire.

Cette fine équipe était en fonction depuis 2013. A l’époque, la mairie gérait l’affaire en régie directe. Mais, pour faire taire une première rumeur de racket (« Le Canard », 8/6 et 9/7/14), la ville avait fini par confier les clés du marché à Mandon-Somarep. Un contrat assorti d’une curieuse condition…

Piston “atypique”

La société devait s’engager à reprendre deux placiers soupçonnés (à tort ou à raison) de malversations par le parquet. Mais aussi le cadre municipal chargé de superviser le marché. « Une demande très atypique », s’étonne encore aujourd’hui Jérémie Askinazi.

Cette démarche de la mairie — qui déclare au « Canard » ne pas envisager, pour l’instant, de se porter partie civile — interroge les poulets. Il ont reçu des témoignages sur les présumées méthodes expéditives du brillant chargé de mission. Plusieurs commerçants ont raconté — mais sans apporter de preuves — qu’il leur aurait réclamé jusqu’à 15 000 euros pour leur accorder une place dans la nouvelle organisation du marché.

L’homme, accusent-ils, leur aurait demandé de venir à la mairie, en dehors des heures d’ouverture au public, pour verser leur obole. Ils devaient ensuite se rendre dans un bureau situé au 1er étage, où ils étaient —— ont-ils certifié — fouillés soigneusement pour vérifier qu’ils ne portaient sur eux aucun moyen d’enregistrement. L’intéressé nie farouchement. En attendant, nouvelle coïncidence deux camions appartenant à des commerçants mécontents de la gestion du marché ont mystérieusement pris feu le 16 juin dernier. Les poulets, qui voient le mal partout, soupçonnent, cette fois, le petit frère de l’un des mis en examen d’avoir joué avec des allumettes

À croire que l’oseille sauce à la Mantes est devenue un produit inflammable.


Des caïds â la caisse

Pour avoir la paix dans les cités et les marchés qui s’y tiennent plusieurs fois par semaine, les municipalités et les sociétés gestionnaires embauchent, à l’occasion, des petits caïds qui ont l’habitude de se faire respecter, des commerçants comme des clients.

La société Mandon a touché le gros lot à Chanteloup-les-Vignes : porteur d’un bracelet électronique, le placier s’est fait dessouder en 2016 par la gendarmerie lors d’une tentative de vol d’un distributeur de billets. « On est mal tombés, le salarié n’avait qu’un mois dans la boîte », commente sobrement son ancien patron.

Habilités à encaisser les recettes en liquide, certains de ces braves garçons sont réputés mélanger fonds publics et caisse personnelle. Les plaintes sont fréquentes, mais elles aboutissent très rarement : les preuves manquent souvent et les témoins finissent presque toujours par se dégonfler…

Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.

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