Un prof d'anglais d'un IUT nous avait fait travailler sur ce topo de Jobs.
J'ignore pour quoi je ne l'ai pas partagé ici plus tôt… D'autant que je l'ai revisionné de temps à autre depuis. (Je n'ai aucun problème avec Jobs, j'ai toujours ouvertement affirmé que j'admire le commercial, le styliste, son attachement à l'expérience utilisateur, mais que je déteste l'enfermement des utilisateurs / personnes qu'il a contribué à impulser ‒ ça n'allait pas de soi à l'époque dans le milieu de la tech ‒ et à façonner, ainsi que le sous-développement de ses qualités humaines ‒ pour rester poli.)
Il s'agit donc d'une causerie de Steve Jobs lors de la remise des diplômes à l'université de Stanford en juin 2005.
Elle est axée autour de trois thématiques.
1) Connecting the dots. Je suis d'accord avec le principe sous-jacent, mais en désaccord avec l'aspect mystique (les tripes, le karma, la destinée, la vie relierait automagiquement les points). Je préfère penser qu'il faut élargir ses expériences et compétences tout en restant fidèle à ses valeurs, et les combiner entre elles d'une nouvelle manière (c'est la définition de l'intelligence). La fidélité à des valeurs choisies permet de garder le cap, de ne pas se disperser. Sous cette condition, tout apprentissage peut être utile même s'il semble inutile au premier abord, comme la calligraphie pour Jobs. Un peu comme Hermione Granger dans Harry Potter qui, parce qu'elle a étudié un maximum de sujets, est en capacité d'influer sensiblement sur les événements, notamment dans le tome 7. On peut donc relier les points en amont, préparer son itinéraire. Relier les points en aval, c'est souvent sélectionner les seuls faits qui vont dans le sens de ce que l'on cherche à asséner. Exemple : dans une biographie, une vie devient un destin hors du commun par un choix soigneux des faits qui font du sujet une grande personne. Je ne partage pas l'idée selon laquelle les ordis n'auraient peut-être pas eu de jolies polices de caractères sans Jobs : de toujours, plusieurs personnes travaillent simultanément sur les mêmes inventions (exemples, pénultième point).
2) Love and loss. Persévérer dans ce qu'on aime faire, réessayer, ne pas se résigner. L'accomplissement découle du boulot bien fait et à fond, qui n'est possible que si l'on aime ce que l'on fait. J'en suis convaincu. À juste titre, Jobs nuance en invoquant l'intuition et le cœur : ne faire que ce que l'on aime. Je nuance en rappelant que Jobs a dû faire des détours et qu'il a connu des traversées du désert (ex. : période NeXT ou partager le dortoir d'amis et ne pas manger à sa faim durant son étude de la calligraphie). Ce n'est qu'après coup qu'il peut parader sur le thème « c'est fou ce que ça m'a été utile », mais, à l'instant T, il ne devait pas aimer sa situation. Bref, il ne suffit pas d'insister, il faut s'adapter.
3) Death. Je n'ai jamais accroché au slogan « Vivre chaque jour comme si c'était le dernier ». Simplement parce que si j'avais la certitude de ma mort imminente, je ne lancerais pas de projets, puisque je ne les verrais pas aboutir, et je ferais des choses exceptionnelles (mettre mes affaires en ordre) et/ou déraisonnables (sexe de folie, vengeance, etc.). Jobs pose un critère : s'il n'aimait pas ce qu'il faisait durant trop de jours consécutifs, il savait qu'il fallait changer des choses dans sa vie. Après combien de jours ? Au final, qu'a-t-il changé de significatif (après tout, il a passé sa vie chez Apple) ? Je suis d'accord que la mort permet le changement (c'est un classique), que nous n'avons rien à perdre, que nous avons déjà tout perdu, que la vie est courte, qu'il faut vivre sa vie en suivant son intuition, son courage et son cœur et en étant imperméable aux dogmes et opinions d'autrui. La phrase finale, tirée du Whole Earth Catalog, m'a toujours marqué : « Stay hungry, stay foolish ». On pourrait discuter la signification : insatiable d'écraser autrui ou insatiable de connaissances et/ou d'augmenter sa capacité d'influer sur sa vie (c'est aussi ça le pouvoir, être en capacité de faire) ? Au regard de l'orientation du Catalog, je ne pense pas me tromper en retenant la deuxième. Phrase rigolote : « même ceux qui veulent aller au paradis ne veulent pas mourir ». :D