ScienceÉtonnante rappelle que le consensus scientifique est de relativiser la portée de l'expérience de Milgram, car sa configuration spécifique, ajustée, la rend difficilement généralisable, notamment aux crimes Nazis (ce que cherchait à expliquer Milgram, cf. l'introduction de son article de recherche et les sous-titres envisagés de ses livres, et l'expérience se déroule durant le procès Eichmann).
La temporalité pour réaliser la portée de ses actes n'est pas la même (1 h pour Milgram, des années pour les crimes Nazis).
La nature de l'autorité, sa légitimité, diffère également. Celle de Milgram est basée sur l'expertise d'un chercheur qui assure que tout est OK. Le nazisme repose plutôt sur l'autorité d'un chef désigné. Je trouve que ce point est embarrassant, car tout mouvement idéologique a aussi des cautions scientifiques (les Nazis avaient toute une doctrine pour justifier la prétendue supériorité de la race nordique).
D'après les enregistrements des expériences, les sujets de l'expérience n'ont pas obéi aveuglément, ils ont hésité, ils étaient en lutte interne. Les manipulations psychologiques de Milgram (phrases-type des chercheurs) les ont convaincus d'agir, mais, là encore, dans la temporalité de l'expérience. Là encore, je suis dubitatif : l'objectif de l'expérience selon moi était précisément de voir les limites, d'atteindre le cas de conscience. La question est précisément jusqu'à quel point suivre une autorité.
Le cadre est particulier : université prestigieuse, contribution à la science, dans un pays démocratique, etc. Je suis perplexe sur ce dernier point, car des choses bien sombres peuvent aussi intervenir en démocratie, comme la torture de la CIA, ou le colonialisme, ou trouzemilles autres événements.
D'après un questionnaire en fin d'expérience, Milgram a conclu que 44 % des participants croyaient plus ou moins que c'était fictif. Plus ils croyaient en la véracité de l'expérience, moins ils administraient de grosses décharges. (L'info avait pu fuiter, car l'expérience a duré environ 1 an, 24 variations, même si la plus connue, la numéro 5, fait partie des 14 premières pour lesquelles les sujets n'auraient pas été informés de la supercherie en fin d'expérience.)
Le Précepteur soulève deux points intéressants.
Le premier, en prolongement de ScienceÉtonnante : il est normal de suivre une autorité, de faire confiance. La vie en société repose sur ça. On ne va pas, et on ne peut techniquement pas, douter de notre boulanger, médecin, etc. Au final, à mes yeux, l'expérience de Milgram relève de l'ingénierie sociale. Elle exploite une faiblesse de l'humain, c'est bien de l'avoir mis en exergue, mais ça s'arrête là.
Le deuxième, conséquence du premier à mon sens, c'est que cette expérience devrait nous inciter à la prudence, à la compréhension d'autrui, et à l'indulgence : qu'aurions-nous fait à leur place ? Aurions-nous résisté à cette ingénierie sociale prenant en défaut la nécessaire confiance qui doit exister dans une société ? En sommes-nous sûrs ou affichons-nous notre prétendue supériorité morale ? Or l'expérience de Milgram est souvent dégainé pour illustrer la connerie des « gens ».
FabienOlicard romance l'histoire du mouvement de la troisième vague de l'enseignant Ron Jones.
On est quelque part entre Milgram et les Nazis. Il y a à la fois une autorité (le prof), et des comportements de groupe qui ont émergés spontanément. C'est ça qui est intéressant, selon moi.
Malgré le titre putaclic, Fabien en fait plutôt bien la critique, notamment l'absence de sources dignes de foi.
Certains événements sont hautement plausibles, notamment le respect des règles de discipline pour prendre la parole en cours (car, là, le prof est dans son giron d'autorité), que des membres du groupe qui s'inventent un signe de reconnaissance (la 3ème vague) et qui excluent des membres pas assez impliqués afin de préserver l'homogénéité du groupe (= sorte de police secrète), ou bien encore qu'une seule opposition courageuse peut réveiller les esprits, car c'est documenté par ailleurs.
En revanche, je reste très sceptique sur l'essentiel, notamment la durée des événements (d'où tu vois autant ton prof d'histoire en une semaine de lycée ?! ; d'où un prof de lycée fait, tout seul, une telle mise en scène, avec les élèves d'autres classes qui participent à ses cours, comme ça, taktak ?!), la prétendue perte de capacité de raisonnement par la discipline en deux jours de troisième vague, etc.