La nouvelle révolution zapatiste démarre en 1983 autour d’un petit groupe de cinq personnes qui vit en autosuffisance dans la jungle et fédère autour de ses combats politiques les communautés indiennes des villages alentour pour constituer une avant-garde révolutionnaire. Vent debout contre le néolibéralisme qui ravage alors le pays, leurs revendications sont multiples : protection des populations indigènes, révision de la constitution pour mettre fin à la réforme agraire et permettre l’accès à la propriété sociale de la terre, égalité hommes-femmes, lutte contre la baisse du cours du café qui appauvrit les agriculteurs... Au-delà, leurs revendications mâtinées d’utopie touchent à la démocratie, l’éducation, la santé et l’alimentation.
En 1993, la décision est prise en assemblée de sortir de la clandestinité et déclencher la guerre contre le régime mexicain. Quatre mille cinq cents indiens en armes prennent quatre villes du Chiapas dans la nuit du 1er janvier 1994. Un cessez-le-feu est négocié moins de deux semaines plus tard avec le Président Salinas, sans que l’autonomie de la région ne soit reconnue par l’État mexicain.
Dès le départ, le mouvement se définit en opposition aux autres guérillas du continent : ils ne souhaitent pas réutiliser leurs armes autrement que pour se défendre et prônent la non-violence (si une cinquantaine de zapatistes sont tués pendant les évènements, on ne compte que trois morts dans l’autre camp, un bilan singulièrement bas pour un mouvement révolutionnaire). La bande dessinée occulte cependant un fait moins glorieux : l’insurrection suscite des déplacements de populations indigènes sur les terres occupées. Vingt mille personnes, à ce jour, n’ont pas récupéré leurs terres, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes vis-à-vis des intentions affichées par le mouvement.