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  • Hack2G2 - Benjamin Bayart, Public, privé, politique : Internet au 21ème siècle (2017) - FDN

    Retranscription.

    • Politique : règles communes régissant l'espace public. (Mouais… Même si l'on ne surveille pas la sphère privée, on y impose des comportements. Ex. : je ne peux pas tuer, séquestrer, violer, etc.) ;

    • Définir l'espace public. L'orateur n'est pas sur le terrain juridique, quand bien même il a raison de rappeler qu'une université est un lieu privé qui reçoit du public dans le cadre de sa mission de service public (en réalité, il y a trouzemilles statuts…), mais il a tort d'affirmer que le Code de la route ne s'applique pas sur un parking, car, là encore, il y a plusieurs statuts. L'espace public serait l'endroit où il se produit des événements imprédictibles, dans lequel je suis confronté à des gens auxquels je ne m'attends pas dotés d'un profil sociologique différent du mien, d'un espace partagé malgré moi dans lequel je subis des interactions (on ne va pas dans la rue pour être dans la rue, il y a une finalité). D'où la nécessité d'une règle commune (dans un espace privé, les gens se mettent d'accord entre eux, avec des règles internes, des codes sociaux, etc.) : des comportements dérangent, il faut décider ce qu'on autorise ou non (expression, exhibitionnisme, fumer, etc.) ;

    • Dans le numérique, où est l'espace public ? Pas les sites web (tu viens d'un moteur de recherche, d'un annuaire, d'une recommandation, donc tu sais ce que tu vas y trouver), même Chatroulette (rassemble les habitués, est un espace où tu vas exprès, profils sociologiques identiques, etc.). Pas les réseaux sociaux (en moyenne, on suit des gens qui nous ressemblent, qui ont des intérêts semblables, etc.). Les forums / IRC / timeline globale de Mastodon / 4chan se rapprochent le plus de l'espace public sans en être ;

    • Si l'on peut pas définir l'espace public numérique, définissons l'espace privé. Les surveillances (publiques, privées, sociales) permanentes rendent difficiles d'être seul, donc de définir l'espace privé. L'auto-hébergement est ce qui y ressemble le plus (fief personnel), mais il reste de la surveillance et une possible trahison d'échanges privés par les parties-prenantes. La confiance dans l'intimité numérique est donc toute relative ;

    • L'orateur résume Habermas et la CEDH (voir ici et là) : il faut une certaine intimité, un certain espace privé (comme l'intérieur bourgeois) pour pouvoir développer une pensée critique et produire de la politique dans l'espace public. Mouais… Je ne partage pas l'idée selon laquelle, avant cet intérieur bourgeois, la seule discussion portait sur le fait de savoir si l'on était en conflit avec le voisin… Il fallait régir les relations entre les seigneuries et entre les différentes familles en leur sein ;

    • Si les espaces publics et privés numériques n'existent pas vraiment, comment fabriquer une pensée politique ? Cette dichotomie privé / public est-elle nécessaire pour produire de la pensée politique (l'intérieur bourgeois est-il lui-même la cause ou l'une des causes de la politique moderne ? Le fait qu'un gus le pense est insuffisant) ? Quels effets sociaux cette absence a-t-elle ? Est-ce la cause, ou l'une des causes, de la pensée de meute que l'on observe en ligne (ou est-ce le fascisme qui croît en même temps que les inégalités injustes) ?

    Mes remarques :

    • Je ne partage pas la mise sur piédestal de la rue / de l'espace public AFK. Il y a des quartiers de richous, des quartiers populaires, etc. et on croise peu des uns dans les quartiers des autres, y compris les clodos. Les manifs, les quémandeurs de dons, et les distributeurs de tracts se positionnent à tels endroits à forte affluence. Les clodos idem. Bref, la ville est bien rangée, je sais donc ce que je vais trouver où et éviter les interactions indésirées. De même, la femme que l'on a éduquée pour qu'elle pense qu'elle n'a pas d'avis va aussi être en marge de la rue. Seule une frange sociologiquement typée de la population m'aborde dans la rue… et/ou participe à l'expression publique. Enfin, des profils sociologiques identiques au mien peuvent développer des idées et comportements qui divergent des miens et ainsi me poser problème et/ou me faire réfléchir (ce ne sont pas des femmes noires handicapées et homosexuelles qui ont décidé du flicage de l'espace public, par ex.) ;

    • Je pense que l'espace public ne se limite pas à la rue. Les lieux privés ouverts au public (temporairement ou non) genre les lieux culturels, les objets culturels (livres, médias, etc.), voire les lieux privés à usage pro, participent au moins autant à faire émerger des problématiques, à se confronter à l'altérité et à façonner une réflexion politique que la rue. Un site web n'est-il pas du même acabit ? L'orateur nous dit que l'expression publique des réseaux sociaux ne forme pas un espace public car il y a peu d'imprévu (du point de vue individuel, à cause de la sélection de qui je lis). Pourtant, cette expression publique est régie par la même règle commune que les journaux papier (alors que des espaces privés, numériques ou non, tolèrent des expressions réprouvées) et constitue souvent une pensée de meute… signes de l'existence d'un espace public comme l'orateur le dit en réponse à une question ;

    • Je ne partage pas le constat selon lequel l'effet de meute était moins courant avant la massification d'Internet. La cour de récré, les partis politiques et donc les expressions publiques en sont des illustrations ;

    • Peut-être faut-il arrêter de considérer Internet comme un lieu (virtuel) ? Peut-être faut-il arrêter de chercher une vie politique en ligne ? Une citoyenneté en ligne ? Internet est un outil, l'expression publique des réseaux sociaux prolonge celle AFK, la règle commune (la loi), discutée AFK, s'applique en ligne, etc. Je ne suis pas sûr qu'une vie politique émerge d'Internet et seulement d'Internet, précisément car Internet n'est pas un lieu distinct (je le conçois comme un prolongement). Qu'il influe sur la structure de la société (horizontalité, comprendre versus argument d'autorité, etc.) à long terme, oui. Qu'il permette une plus large participation à la vie politique, oui. Qu'il faille avoir un espace privé (qui aille plus loin qu'un chez moi où stocker mes DCP, sans interactions avec autrui), et un espace public, je ne suis pas convaincu.
    26/10/2023 15:49:07 - permalink -
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