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  • Monnaie numérique de banque centrale dont euro numérique

    Actuellement, nous manipulons de la monnaie scripturale (sur notre compte bancaire, notre carte de débit / crédit, etc.), émise et gérée par les banques commerciales, et de la monnaie fiduciaire (pièces et billets) émise par la banque centrale et distribuée physiquement par les banques commerciales. Les monnaies numériques de banques centrales (MNBC, et CBDC en anglais), dont l'euro numérique (aka digital euro, ou e-euro), sont, en quelque sorte, des monnaies fiduciaires dématérialisées, donc émises et gérées, in fine, par des banques centrales (ex. : la Banque centrale européenne, BCE, pour l'e-euro). Il en existe plusieurs dans le monde.

    J'avais vu passer ce sujet sur les rivières de shaarlis dès 2023, quand la Commission européenne a proposé son projet de Règlements en la matière, mais c'était trop lointain / futuriste et, surtout, ça sentait bon le complotisme (j'ai récemment lu que les complotistes seraient ceux qui complotent, pas ceux qui dénoncent un complot, alors que ces premiers sont bien des comploteurs ou conspirateurs, et les seconds, des complotistes) : « Great Reset » (dont je n'ignore pas l'origine : forum de Davos 2020), « EURSS », ton et projections alarmistes / catastrophistes, exagérations, sources douteuses (vidéos très courtes pour un sujet complexe, source que j'ai déjà chopée en train de pipeauter sur les sujets que je maîtrise, etc.), et association à des infos inexactes et sans trop de rapport (comme la prétendue clôture de 86 millions de comptes bancaires au Vietnam ‒ sur 101 millions d'habitants 🤡️ ‒ en lien avec l'obligation d'une vérification d'identité forte voire biométrique pour détenir un compte). Donc j'avais laissé tomber. Exagérer n'est pas informer ni convaincre.

    J'ai décidé de m'y replonger vu l'imminence du débat au Parlement européen sur le projet de Règlement en question (on annonce un vote dans les prochains mois). Forcément, le terrain reste autant miné, avec chacun son bullshit : à la prétendue souveraineté économique prêchée par les officiels répond une inondation de vidéos courtes, Shorts, Instagram, Tiktok, etc. au titre alarmiste (fin de la liberté financière, le plan secret, ils veulent vous contrôler, c'est pire que ce que l'on craignait, etc.) de vidéastes qui prétendent sauver le monde par leur génie et leur clairvoyance… mais uniquement dans des vidéos courtes au titre putaclic… 🤡️ Bref, une grande prudence est de mise.

    Au final, j'ai l'impression qu'il s'agit d'une énième tempête dans un verre d'eau.



    Je rappelle d'où je parle. J'utilise très peu ma carte bancaire, car je trouve les espèces plus pratiques et, accessoirement, moins traçables. Je n'ai jamais utilisé les cryptomonnaies (ex. Bitcoin), car, hors spéculation, j'ai spontanément douté de leur caractère émancipateur et de leur accessibilité au plus grand nombre, moi compris, sans recourir à des intermédiaires qui annihileraient tout l'intérêt et qui auraient des obligations légales (ça n'a pas manqué), et que, tout comme les portes-monnaie électroniques à-la-Moneo y a 20 ans, j'y voyais une complexité et des dépendances techniques inutiles et inacceptables pour simplement acheter ma bouffe (ordi, électricité, Internet, infrastructure technique de zinzin, etc.). Ça ne me vient même pas à l'esprit d'utiliser quelque chose d'aussi complexe, donc fragile, pour payer ma pitance. Chaque panne d'un réseau bancaire (dernier exemple en date : août 2025) rappelle l'incongruité d'une telle démarche. J'aime les choses simples.

    Tu l'auras compris : sans même parler de vie privée, l'euro numérique ne m'intéresse pas, j'y suis opposé, pour les raisons que je viens de développer.



    Tempête dans un verre d'eau car l'euro numérique sera complémentaire car logé sur un compte plafonné et rechargé via un compte bancaire classique. On retrouve cela dans le mandat du Conseil de l'UE (co-législateur, ministres de chaque État) pour les palabres législatives à venir. Les calculs de la BCE montent un plafond à 3 000 €, notamment en cas de fort engouement. Ce montant sera modulé par le seul Conseil de l'UE, donc ça craint (tout autant que les trouzemilles trucs que le gouvernement français peut changer seul par décret, arrêté, ou ordonnance). Mais, cela met à mal les postulats d'opposants fondés sur une incitation par le versement en euro num des prestations sociales, puis du traitement des agents publics, puis… Ce plafond est une nécessité structurelle, comme ceux des livrets d'épargne, pas une disposition transitoire en vue d'un effet cliquet, j'y reviendrais.

    De plus, le projet de Règlement e-euro fait partie d'un paquet législatif (un lot d'actes législatifs ; pratique courante, il y a eu des paquets Télécom, des paquets protection des données personnelles, etc.) qui contient aussi un Règlement sur le cours légal des espèces et sur l'accès au cash, notamment face à la diminution drastique du nombre de distributeurs de billets (1, 2). Ouiiii, je suis naïf, c'est forcément uniquement faire passer la pilule. La jurisprudence de la Cour de justice de l'UE (CJUE) oblige aussi l'acceptation des espèces, avec de possibles dérogations nationales, que le Règlement vient légèrement cadrer, donc ça contraint les reculades futures.

    Bref, à court terme l'euro numérique ne va pas me tomber dessus, je pourrais y échapper, et je n'ai pas le pouvoir d'influencer les politiciens ou mes concitoyens, donc… Il appartiendra à chacun d'approuver ou non l'euro numérique par ses actes. Dans les sondages, la carte bancaire est le moyen de paiement dominant depuis 2024, et les usages d'espèce sont plafonnés depuis longtemps (particulier -> professionnel : 1 000 € depuis 2015, 3 000 € / 20 000 francs depuis fin 1999, 50 000 francs fin 1998, 150 000 francs depuis 1990, etc.), d'où j'entrevois une potentielle insincérité et un possible opportunisme chez les opposants à l'e-euro.



    Le principal risque identifié par les opposants est que l'euro numérique pourrait être une monnaie programmable. Le projet de Règlement européen, y compris amendé par le Conseil, dit l'inverse, donc, si le débat législatif maintient cette disposition, ce que j'estime hautement probable, la CJUE pourra sabrer une pratique nationale ou européenne inverse, mais, c'est techniquement possible. (Attention à ne pas confondre avec une transaction conditionnelle, qui est déclenchée automatiquement quand une condition est remplie, comme un paiement à la livraison, fonctionnalité que l'on retrouve dans les smart contracts de certaines chaînes de blocs.)

    La notion de monnaie programmable regroupe deux caractéristiques distinctes : une date d'expiration de la monnaie (= monnaie fondante) et un fléchage des usages (= monnaie marquée). Aucune n'est nouvelle. Un grand nombre de monnaies locales complémentaires sont fondantes. Le fléchage, ça se nomme conventionnement sécurité sociale ou titres-restaurant, ou tout remboursement ou avance sur justificatif ou situation (prime rénov', complément de ressources AAH, allocs CAF pour des lardons, colonies de vacances aux frais de la municipalité, les prestations des Comité sociaux et économiques des sociétés commerciales, etc.). Je ne dis pas si c'est bien ou mal, notamment je déteste les titres-restaurant, et la Sécu n'est pas le système collectif de soins auquel j'aspire, mais ça existe, on baigne dedans, et l'ensemble représente un montant cumulé bien plus élevé que le plafond envisagé de l'e-euro, donc il faut relativiser, nous vivons massivement sur de l'argent fléché.

    En généralisant, actuellement, notre thune est déjà fondante et nous sommes déjà lourdement incités à flécher nos choix économiques. Je pense, par exemple, au taux d'intérêts de l'épargne pour les pauvres, type livret d'épargne populaire ou livret A, qui ne couvre pas l'inflation (donc l'épargne fond) ou qui fluctue sur consigne politicienne pour inciter à la consommation ou à l'épargne, ou au taux directeur de la BCE qui influe sur l'octroie de crédits et sur le choix de recourir à l'emprunt plutôt qu'à l'épargne pour financer un projet, etc.

    Bref, sur ce grief, certes sérieux, il y a une sur-exagération sur l'euro numérique. Il est porteur des mêmes risques de dérapages politiciens qu'actuellement. Les renforce-t-il ? Avec un compte complémentaire et plafonné, j'en doute. Du point de vue de la logique, l'euro num n'est qu'une implémentation possible du fléchage, donc rejeter le fléchage ne permet pas de retoquer l'e-euro, l'argument est inopérant : en réalité, ce qui ne plaît pas, c'est le fléchage, pas l'euro num. Par analogie, c'est comme critiquer l'architecture d'un fichier de police en ce qu'elle ne serait pas assez sécurisée dans l'optique de retoquer le fichier : ça ne passe pas ailleurs que dans un « débat » entre gens lambdas, car ce sont deux sujets distincts (le fichier, ses finalités, etc. d'un côté ; sa mise en œuvre de l'autre).



    Concernant la vie privée, au vu des objectifs (monnaie de banque centrale), on part sur des comptes ouverts à la banque centrale avec les banques commerciales en intermédiaires de distribution, d'assistance, et de vente de services supplémentaires.

    Néanmoins, j'éprouve une grande difficulté à me faire un avis, car l'architecture et le graphe des relations entre les acteurs ont évolué (donc attention à ne pas baser sa réflexion sur des éléments démodés), notamment sous la pression des autorités de protection des données personnelles (dont la CNIL), et ils sont décrits de manière ambiguë. Notamment, je parviens à peine à discerner qui aura accès à la liste des opérations d'un compte euro numérique. Tantôt ça parle d'euro numérique de gros (pour les échanges entre les institutions financières) et en détail (entre lesdites institutions et la plèbe), ce qui permettrait des comptes totalement gérés par les banques commerciales, mais l'euro numérique de gros n'est pas prêt. Tantôt de comptes ouverts à la banque centrale, couplés aux banques commerciales qui servent d'intermédiaire uniquement pour l'assistance aux clients ou pour vendre des services en sus (ex. : une carte bancaire rattachée au compte euro-numérique). Les autorité de protection des données personnelles évoquent à la fois des comptes locaux et un recueil unique des identifiants auprès de la banque centrale, puis semblent dire que les traitements informatiques relatifs à la LCB-FT seront assurés par la banque centrale, etc. (Sur une partie de ces sujets, lire l'article de la CNIL de mai 2026, postérieur au présent article.)

    Évidemment, l'e-euro sera plus traçable que les espèces, faut pas se mentir. Il y aura forcément une trace numérique. Les autorités de protection des données personnelles appellent la mise en œuvre de l'anonymat pour de petites sommes, mais le Support pool of experts du Comité européen à la protection des données personnelles prévient que c'est très difficile à atteindre (faire le parallèle avec la vérification de l'âge en double aveugle sur les sites web). Pour moi, c'est peine perdue. On nous parle de transactions hors lignes, entre particuliers, blablabla, mais tant que c'est numérique, alors il y aura des traces (sur les smartphones, dont l'appli pourra moucharder à la BCE, ou dont la liste des transactions finira in fine sauvegardée dans les clouds de Google ou d'Apple qui pourront faire l'objet de réquisitions administratives, etc.). À ce jour, les autorités de protection des données s'interrogent toujours si les transactions de faible montant seront exemptés de LCB-FT, c'est dire…

    Ceci dit, n'idéalisons pas le monde actuel : l'usage des cartes bancaires en France, c'est CB, Visa, Mastercard, American Express, et, surtout, les banques commerciales qui voient les transactions. L'e-euro, c'est BCE au lieu de banque commerciale. Les portes-monnaie à-la-Moneo ajoutent la traçabilité des petites transactions. On peut aussi parler du volume massif des signalements à TRACFIN de la moindre transaction jugée suspecte avec une sensibilité au pet de mouche près, par l'ensemble des institutions financières par peur de voir leur responsabilité engagée au titre de la LCB-FT. Je précise que la granularité du flicage aux produits / services achetés n'est possible que par l'ajout, par le commerçant, d'infos supplémentaires dans les échanges bancaires, et que ça semble ne pas se pratiquer dans l'UE grâce au RGPD (source). Du coup, ça met à mal le fléchage craint par les opposants à l'e-euro : l'allocation de rentrée scolaire (exemple le plus couramment donné) peut être légitimement dépensée dans plusieurs types de magasins, y compris des généralistes qui proposent des fournitures scolaires et du matériel de haute technologie.



    La Commission européenne vend l'euro numérique sur la souveraineté et comme remède à la fragmentation des moyens de paiement au sein du marché unique européen (son dada). Dit autrement, il s'agit de faire la nique à Wero, Google Pay, Apple Pay, et aux velléités comme Libra de Meta (abandonné depuis 2022, soit après le lancement du projet euro num en 2020/2021).

    Entre du Stripe / Paypal ou de l'e-euro, pourquoi pas ce dernier (et encore…) ? Mais, c'est une mauvaise solution à un vrai problème : ce qui pousse les prestataires de paiement européens à exclure des acteurs économiques, dont les associations loi 1901 dans leur collecte de dons, les poussant vers Stripe ou Paypal, c'est la LCB-FT. Il suffit d'adoucir cela, et pouf, plus besoin d'e-euro.

    Parler de souveraineté quand on signe le Data Privacy Framework (DPF) et quand les sites web institutionnels de l'UE sont derrière Amazon… Paye ta décence.



    Je constate que les banques commerciales sont vent debout contre l'euro num. Elles craignent un gaspillage de moyens (thune, temps, etc.), et un déport massif de leurs clients, donc moins de frais de tenue de compte et moins de fonds pour constituer leurs réserves obligatoires en garantie des crédits qu'elles octroient, d'où le plafonnement des comptes e-euro. Cela contredit les auteurs de courtes vidéos sur Internet qui affirment que l'un des buts de l'e-euro est de nous priver d'épargne afin de nous faire vivre à crédit (ce qui profiterait aux banques commerciales), etc. Un équilibre est nécessaire.

    D'autres scénarios catastrophes me semblent improbables.

    Le coup d'une inflation ciblée sur la monnaie scripturale et/ou fiduciaire matérialisée afin de forcer l'adoption de l'euro num ne me semble pas possible puisque l'e-euro sera une énième modalité, un énième format d'une même monnaie, l'euro. C'est dans le projet de Règlement. Comme s'il était possible, actuellement, de cibler l'inflation sur l'euro fiduciaire pour obliger l'euro scriptural plus fliquant.

    Pour la même raison, je ne crois pas à l'insignifiant euro numérique comme vecteur d'une reprise en main publique de la finance ou, a minima, de la création monétaire.

    La fiscalisation de « l'argent de poche » et ses exemptions, dons < 1 500 €/an/personne = aucune déclaration, présents d'usage, location airbnb, vente Le Bon Coin, gains issus de la spéculation dans les cryptomonnaies ou simples transferts entre personnes, etc., n'a pas attendue l'euro numérique.



    Mai 2026 : article détaillé de la CNIL. La réglementation en discussion ne sera adoptée avant l'an prochain. Présentation de l'architecture technique envisagée à date et l'interaction des différents acteurs. Il faut faire fi du blabla autour de la numérisation inéluctable et de la force de l'euro qu'apporterait l'e-euro, mais le reste est très intéressant.

    27/04/2026 20:15:18 - permalink -
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